L'artiste tunisien Nidhal Chamekh au cœur de l'exposition "Graphic Witness" à Londres (INTERVIEW)

Publication: Mis à jour:
RGRT
Lucy Dawkins
Imprimer

Nidhal Chamekh vit et travaille entre Paris et Tunis. Explorant différents supports, son travail est influencé à la fois par l’expérience de sa vie en Europe, la culture populaire et la politique moderne tunisienne.

tgt

Il réalise plusieurs expositions collectives et personnelles à Tunis, Milan ou Paris. Ses œuvres sont conservées dans de prestigieuses collections comme le British Museum à Londres, ou la Barjeel Foundation à Sharjah.

Depuis le 18 mai dernier, il présente son travail à la Drawing Room de Londres. Cette exposition collective, intitulée "Graphic Witness" (Témoin Graphique), se poursuit jusqu’au 9 juillet prochain. L’artiste y était également présent dans le cadre de la Drawing Biennial (Biennale du dessin) qui se tenait du 2 mars au 26 avril.

À la rentrée prochaine il participera à la Biennale d’architecture du Frac d’Orléans ainsi qu’à plusieurs projets personnels à l’occasion de la Foire d’art contemporain africain, 1:54 à Londres et de Dream City à Tunis.

gbty

L’artiste se confie au HuffPost Tunisie sur ses projets en cours et à venir :

HuffPost Tunisie: Pouvez-vous nous présenter l’exposition "Graphic Witness"? Quel est son fil conducteur?

Nidhal Chamekh: Avant de faire cette expo, j’étais séduit par le lieu, qui est un centre d’art indépendant lié au dessin, quasiment autofinancé par les artistes.

J’ai rencontré Kate (NDLR : Kate Macfarlane) la directrice de la Drawing Room, lorsqu’elle préparait un livre sur le dessin contemporain, abordant des questions politiques et sociales. Après discussion, elle a suggéré de faire cette exposition à partir de l’idée du livre qui n’est pas encore sorti.

L’exposition traite du rapport entre le dessin et les problématiques sociales. Plus précisément des révoltes des peuples et des sociétés, des manifestations et bouleversements politiques. Il s’agit de montrer comment le dessin essaie d’en témoigner, d’en rendre compte...

grrg

Quelles sont les œuvres que vous présentez?

Je présente trois œuvres, dont un de mes plus grands dessins, réalisé en 2015, et deux petits dessins plus récents réalisés fin 2016.

Le plus grand traite directement de ce qu’il s’est passé en Tunisie, pendant la révolution, les autres sont plutôt liés à la migration et aux réfugiés.

À travers ce grand dessin, je représente un homme qui s’est immolé, qui n’est pas Bouazizi, car il y en a eu pas mal d’autres dont on a jamais parlé. Cet homme s’est immolé devant le théâtre national, une position déjà symbolique. Il était entouré d’un certain nombre de gens et de policiers et au moment où la photo a été prise par un amateur, tout le monde s’est arrêté. L’image en elle-même est très complexe. J’ai décidé de partir de cette image que j’ai augmentée, montée, démontée, etc.

grrg

Vous exposez ici aux côtés d’artistes vivants notables, je pense aux Américaines Lorna Simpson et Andrea Bowers ou au Chilien Eugenio Dittborn. Vos travaux côtoient les œuvres d’artistes qui ont marqués les arts graphiques aujourd’hui malheureusement décédés comme Nancy Spero ou George Grosz qui est d’une autre génération.

Oui, George Grosz qui est une sorte d’idole pour moi. Ce choix de confronter les générations découle, je pense, directement de l’intention du livre.

L’œuvre de George Grosz témoigne ici d’une époque et surtout de ce qu’il a rajouté au mouvement dadaïste, c’était presque le seul à travailler le dessin.

Je pense qu’à travers ce mélange d’artistes, il s’agit d’une note historique, essayant de confronter des œuvres différentes mais ayant la même intention.

Vous êtes aussi le seul artiste tunisien…

Quasiment tous les continents sont explorés, on rompt un peu avec ces représentations où on a généralement 80% d’artistes occidentaux.

La Tunisie m’inspire énormément. Il n’y a rien de mieux que de puiser dans le contexte dans lequel on a vécu.

frg

Le public aura l’occasion d’observer vos travaux à Tunis et en Europe à la rentrée, pouvez-vous nous présenter ces projets?

Je participe à Dream City à Tunis pour la première fois avec une installation assez monumentale dans l’espace public. Le projet de l’événement, qui se tiendra le 4 octobre, est encore confidentiel. Nous serons une quinzaine d’artistes, venus d’Afrique du Sud, du Liban, du Maroc, d’Algérie, de Belgique, à travailler autour du voyage.

Le 14 octobre, la Biennale d’architecture au Frac Centre (NDLR : Fonds Régional d’Art Contemporain de la Région Centre), regroupera une vingtaine d’expositions dans plusieurs villes dont Orléans. L’intitulé sera « Marcher dans le rêve d’un autre ». Je vais essayer de partir de tout ce que j’ai pu rassembler pendant plusieurs périodes. Je suis allé dans la jungle de Calais et j’ai rassemblé pas mal de photos, de dessins, etc. Beaucoup de gens, de bénévoles ont collaboré avec les migrants pour construire une sorte de ville, que je trouvais assez originale, même avant-gardiste. On arrive, dans une situation alarmante, à penser ensemble en créant une nouvelle ville. Il va y avoir plusieurs installations, une vidéo et des dessins.

La Foire 1:54, qui aura lieu du 5 au 8 octobre, a l’avantage de se tenir à Londres pendant la Frieze, elle est à échelle humaine et a su s’imposer malgré sa jeunesse. J’y serai en solo au stand de la galerie Selma Feriani.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.