Bilan: Le festival d'Essaouira au service de la musique Gnaoua

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MUSIQUE - Le festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira n’a jamais connu autant de succès en 20 ans. Pour cette édition-anniversaire, plus de 300.000 spectateurs ont fait le déplacement jusqu’à Essaouira pour assister aux concerts prévus donnés sur plusieurs scènes. Pendant trois jours, toute la ville était en fête du matin jusqu’au soir pour célébrer la musique ancestrale des gnaoua.

Au bout de vingt ans, le festival, un des pionniers dans le paysage culturel marocain, n’a fait que s’agrandir et évoluer tout en préservant son essence. “Le plus dur, ce n’est pas de lancer quelque chose, mais de le faire durer et maintenir la profondeur de son message,” explique au HuffPost Maroc, Neila Tazi, productrice du festival Gnaoua. “Malgré le succès populaire, nous n’avons jamais voulu dénaturer l’esprit du festival ou céder à une approche commerciale. Nous sommes restés extrêmement fidèles à ce qui fait la force de ce projet: les gnaoua,” continue-t-elle.

L'ouverture à l'international

Ce rendez-vous réunit chaque année des milliers de spectateurs venus des quatre coins du monde venus découvrir ou redécouvrir la musique gnaoua. “ Le festival est une fenêtre qui ouverte dans le monde entier sur la ville d’Essaouira", dit avec fierté au HuffPost Maroc Karim Ziad, directeur artistique du festival et ex-batteur du groupe Gnawa Diffusion.

Le festival a pu cette année attirer un plus large public notamment grâce aux différentes fusions et résidences organisées spécialement pour cet événement. Le public a ainsi pu assister à l’union des rythmes du guembri à ceux du berimbau pendant le concert de l’artiste brésilien Carlinhos Brown et des Maâlems Said et Mohamed Kouyou, ou encore au mariage de la musique gnaoua au soufisme indo-pakistanaise avec Mehdi Nassouli, Titi Robin et Shuheb Hasan.

Ces fusions, comme l'explique au HuffPost Maroc le musicologue Ahmed Aydoun n'altèrent pas la musique des gnaoui puisqu'elles sont destinées à un spectacle "désacralisé et éphémère." "Le danger peut provenir du fait que la transmission des gnaoui vers les nouvelles générations se fasse mal et que les jeunes gnaoui commencent à voir dans les musiques actuelles une expression normale de leur style", prévient-il.

De son côté, Karim Ziad voit en l'évolution de cet art ancestral la possibilité de créer un nouveau style de musique international. “Le niveau de la musique dans le monde a beaucoup évolué et d’année en année, de nouveaux musiciens apparaissent. Et peut-être que dans vingt ans, on inventera à partir de la musique gnaoua, une musique ultra internationale,” déclare-t-il.

Malgré le succès que connait le répertoire gnaoua et la portée internationale que le festival a pu lui offrir, son inscription au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO n’a toujours pas été approuvée. “Ce serait une nouvelle page pour la musique gnaoua qui va s’écrire,” espère Neila Tazi. Avec pu sans cette inscription souhaitée, la valorisation et la préservation de ce patrimoine culturel ne se fera qu’avec une vraie implication de la part de responsables à travers différentes initiatives, en créant par exemple une école de la tagnaouite pour former les nouvelles générations, comme le suggère le productrice du festival. Ou encore, comme le propose Ahmed Aydoun, en entourant cette pratique d'une recherche académique sur les interprétations possible du répertoire gnaoui, mais aussi en effectuant un travail d'organologie pour pouvoir développer les instruments traditionnels utilisés dans la musique gnaoua, tout en conservant leur timbre. En attendant, le festival continue de valoriser à chaque édition ce patrimoine, qui ne demande qu'à bénéficier, souhaite Neila Tazi pour les prochaines années, d'encore plus "de formation, de production, de diffusion et d'exportation de cette musique. C'est ce qu'on peut souhaiter de meilleur à ce festival".

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