Nouveau scandale à l'université: Un doyen accusé de vouloir censurer une thèse jugée "subversive"

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Un nouveau scandale vient entacher l’image déjà triste de l’université algérienne. Après l’assassinat d’un enseignant en juin par des étudiants, la lettre d’adieu au vitriol du sociologue Nacer Djabi, ou encore l’agression de professeurs au sein de la faculté, il s’agit cette fois d’une accusation de censure d’une thèse de doctorat jugée "subversive".

Dans une lettre adressée à l’opinion publique et publiée le samedi 1er juillet, Leila Sidhoum, maître-assistante à la faculté des sciences politiques et des relations internationales de l’université d’Alger 3, a dénoncé le blocage, "au mépris de la loi et de l’éthique", de sa thèse de doctorat par le doyen intérimaire, Mohamed Khodja.

Le responsable de cette faculté, déjà secouée par une affaire de falsification de notes au profit d’un doctorant en octobre dernier et par un scandale d’agression de professeurs en février, a agi en toute illégalité selon des enseignants.

Intitulée "Le rôle de l’élite au pouvoir dans le processus de transition démocratique en Algérie 1989-2016", la thèse analyse la situation politique en Algérie durant cette période, explique son auteure, en décortiquant les rôles de l’armée, de la présidence et des mouvements islamistes.

Un travail qualifié par les membres de jury d’"audacieux" qui va au fond des problèmes et qui "nomme chaque chose en son nom", selon la lettre de Mme Sidhoum.

Suite à la soutenance le 7 juin dernier, le jury a attribué la mention très honorable à la thèse, sous réserve de supprimer quelques passages "inopportuns". Corrections faites, explique Mme. Sidhoum dans sa lettre, le président du jury a levé les réserves dans un rapport final remis au service de la post-graduation qui l’a transmis au doyen intérimaire.

"Depuis lors, les obstacles et le harcèlement provenant du Doyen intérimaire s’intensifièrent au mépris de la loi et de l’éthique", a affirmé la maître-assistante.

"Les services de sécurité sont au courant"

M. Khodja a d’abord rejeté le rapport final du président du jury pour "des considérations politiciennes et idéologiques", selon Mme Sidhoum. Il a signifié que la thèse était "subversive" et que les services de sécurité "étaient au courant".

Elle affirme que le responsable de la faculté des sciences politiques est allé plus loin et a demandé au président du jury de retirer de la thèse tout ce qui a "trait au président de la République", en présence d’un individu qu’il a identifié comme "membre de la sécurité présidentielle".

"Depuis quand la "sécurité présidentielle" s’immisce-t-elle dans les contenus des thèses de doctorat et dans leur appréciation ?", s’est interrogée Mme Sidhoum.

Selon elle, M. Khodja a également fait retirer la thèse de la bibliothèque. Il est allé même jusqu’à exiger de relire personnellement la thèse et de supprimer tout ce qui aborde l’armée, du président de la République et des mouvements islamistes.

Agissant ainsi, "le doyen piétinant et violant impunément la souveraineté du jury", s’est-elle indignée. Selon elle, ce harcèlement subi depuis plus d’un mois est en représailles à sa solidarité avec ses collègues enseignants agressés par des " étudiants baltaguias" en février dernier au sein de la faculté.

Selon une autre enseignante à la Même faculté, M. Khodja a agi de manière complètement illégale. "Le doyen n'a pas le droit de s'impliquer dans un jury de thèse ou de s'impliquer dans la procédure", a-t-elle expliqué.

"Khorti"

La version des faits de Mme Sidhoum est cependant remise en question par une source au sein de l’administration de la faculté. "La soutenance a eu lieu le plus normalement du monde et le jury a agi en toute indépendance et en suivant la réglementation en vigueur. Si le doyen voulait bloquer la thèse, ça aurait été fait en amont et non en aval.", a-t-on affirmé au HuffPost Algérie.

L’administration, ajoute-t-on encore, n’a pas encore reçu les rapports des réserves émises par le jury lors de la soutenance. "Nous sommes neutres et nous devons veiller à l’application des règles, c’est tout", a-t-on soutenu.

La même source a aussi démenti l’intervention d’un présumé "membre de la sécurité présidentielle". "C’est du khorti. Nous n’avons jamais subi de pression", a-t-on affirmé.

Leila Sidhoum a par ailleurs indiqué avoir alerté sa hiérarchie et la tutelle au sujet de son affaire. Elle a envoyé des lettres au vice-recteur chargé de la post-graduation, au ministre de l’Enseignement supérieur et à la présidence de la République.

Réagissant dimanche 2 juillet à cette affaire, le ministre de l'Enseignement supérieur Tahar Hadjar s'est contenté d'affirmer qu'il s'agit d'une "affaire interne" à la faculté des sciences politiques.

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