Rachid Badouri: "Le public marocain est un des publics les plus chaleureux que j'ai rencontrés dans ma vie"

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Rachid Badouri revient sur son histoire, sa carrière et son dernier septacle | Camille Bigo
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MARRAKECH DU RIRE - Jeudi 28 juin, l'humoriste québécois d'origine marocaine Rachid Badouri a bouleversé le public. Il participe aussi aux deux Gala Jamel et ses amis. Le Le HuffPost Maroc est allé à la rencontre de cet humoriste qui a su séduire l'Amérique, l'Europe et l'Afrique. Rachid Badouri revient sur son histoire, son dernier spectacle et le "conte de fée" qui l'a amené jusqu'ici.

HuffPost Maroc: Jeudi, c'était comment?

Rachid Badouri: Le spectacle était très émotionnel pour moi. J'ai fait une dédicace à ma mère. Ça a été tellement bien reçu, les gens pleuraient. C'était magique, vraiment c'était magique. Je suis arrivé à une période de ma vie, de ma carrière où je prends beaucoup de plaisir sur scène. Je joue avec les émotions. Ce n'est plus une question de faire rire, c'est une question de les défoncer, de les retourner, comme sur un manège.

Parler de votre maman, c'était une thérapie?

Oui, une énorme thérapie. Mais c'est égoïste parce que je fais payer les gens pour ma thérapie (rires). C'est une thérapie à double-sens: pour moi et pour le public. Beaucoup de gens qui m'ont vu m'ont écrit sur Facebook et m'ont dit, "je vis ce que tu as vécu et grâce à ce que tu me dis, je suis capable de comprendre que ça va passer". L'espoir et la foi c'est tout ce qu'il reste, souvent.

Vous étiez déjà venu jouer au Maroc en dehors du Marrakech du Rire?

Oui, grâce au Marrakech du Rire. Il y a un monsieur qui nous a vus et il nous a programmé une tournée à Rabat et à Casa. C'était exceptionnel.

Est-ce que les débuts au Maroc et en Afrique plus généralement ont été difficiles?

Non, parce que la France m'a vraiment bien préparé pour le Maroc. Je connais un Québécois qui a participer aussi au Marrakech du Rire et pour qui ça s'est moins bien passé. Il a fait Montréal-Maroc. Moi j'ai grandi dans la culture européenne, j'ai eu beaucoup de préparation à Paris. J'ai commencé à m'adapter à la culture européenne qui ressemble beaucoup à la culture du reste du monde de la francophonie.

On le voit avec l'accent qui disparaît...

Ah oui il faut, sinon je parle comme ça et tu vas rien comprendre (accent québécois).

Vous pensez quoi du public marocain?

Je crois qu'il n'y a qu'un seul public avec qui je pourrais comparer le public marocain, c'est le public haïtien. Ils ont le même caractère: ce sont des gens qui veulent rire, qui ont la rage pour rire, qui sont très chaleureux et qui vont le manifester. Ils vont crier, ils vont te lancer un truc. Si on est habitué au public de Paris, on peut être choqué la première fois. Mais c'est un des publics les plus chaleureux que j'ai rencontrés dans ma vie. Et j'en ai fait assez pour comparer, six-sept pays différents!

D'origine marocaine

Pouvez-vous me raconter l'histoire de votre père qui part vivre au Canada?

Mon père est venu s'installer au Canada parce que son ami Hassan se mariait avec une québécoise, Ghislaine. Hassan avait besoin de famille et de témoins pour le mariage. A l'époque, c'était compliqué d'avoir un visa pour traverser. Le seul qui avait ses papiers c'était mon papa, il travaillait en Hollande sur les chemins de fer. Mon père a accepté d'y aller. Par contre Hassan s'est marié en plein mois de février, en pleine tempête. Mon père a dit: "après le mariage je pars d'ici, tu ne me reverras plus jamais dans ce pays". Hassan lui a répondu "reviens au printemps, en été, tu vas voir ce que c'est Montréal".

Mon père est revenu un an ou deux plus tard. Après une semaine, il a écrit à ma mère et lui a dit "c'est ici qu'on va mourir". Et c'est ici que je suis né.

Comment s'est passée l'intégration au Canada?

Elle a été moins dure qu'un autre peut-être parce que j'avais un sens de l'humour très développé, c'était une arme fatale, un mécanisme d'auto-défense très puissant. J'avais du venin moi, si tu m'attaquais je pouvais te sortir des trucs qui te faisaient rire et qui te faisaient honte devant tout le monde. Heureusement au Québec il n'y a pas autant de racisme qu'à Paris. Au Québec, je suis la starlette qui se promène dans les rues et à Paris, les premières fois où je suis venu et que personne ne me connaissait, ça arrivait qu'une dame change de trottoir par exemple.

Vous revenez souvent au Maroc en dehors des spectacles?

Malheureusement, je ne reviens que pour le travail car on manque de temps. Mais ma femme est vraiment amoureuse de ce pays. Ça lui rappelle le sien, la Syrie où il ne reste malheureusement plus rien de la ville où elle vient, Alep. Elle m'a dit: "ça serait bien qu'on s'achète une maison ici". Je lui ai dis: "oui oui, prends la carte bleue et si t'en veux deux on va en prendre deux, au bord de la mer" (rires). Mais elle n'a pas tort, j'aimerais bien m'installer ici, c'est très beau.

Le conte de fées

Comment vous en êtes arrivé à l'humour?

J'étais steward pour Air Transat, une compagnie canadienne. J'ai tout lâché pour vendre des arachides, des noix. D'ailleurs j'avais un badge avec mon nom Rachid, et je vendais des arachides. J'ai eu droit à des blagues à la con. Ensuite, je suis parti travailler dans une grande surface, qui s'appelle Future Shop et là j'en avais marre.

Quand tu as ça en toi, ce besoin de divertir les gens, cette voix en toi t'emmerde jusqu'à la fin de tes jours pour réaliser ton rêve. Et si tu ne l'écoutes pas, ce sont les regrets qui vont rentrer. Je n'arrivais pas à trouver un métier qui me plaisait même quand j'avais ma propre start-up d'événementiel avec mon beau-frère. Je me disais: quel métier va me faire oublier le chèque à la fin du mois? Et j'ai compris que l'humour, c'était vraiment par passion.

Les débuts se sont déroulés comment?

J'ai été le plus chanceux du monde. J'ai vécu un conte de fées. J'ai été découvert quand j'étais au Future Shop. Et ma notoriété est venue au bout de seulement trois mois. Je me rappellerai toujours du 2 avril 2005, sur la rue Saint-Laurent à Montréal, j'ai fait un truc qui a changé ma vie. J'ai participé à un concours, j'écrivais le soir avec mon manager, mon père a fait venir des gens pour remplir la salle, on a tout défoncé. Il y avait deux juges secrets, les soeurs de Gilbert Rozon, fondateur du festival Juste Pour Rire. Elles m'ont dit de les appeler le lendemain, on a participé à un gala et depuis, c'est du non stop.

C'est quand même une consécration de passer du festival d'humour le plus connu au monde au Marrakech du Rire?

C'est une consécration énorme. Ce sont deux festivals très différentes. Juste Pour Rire ne peut pas m'apporter ce que le Marrakech du Rire peut m'apporter et vice-versa. C'est ma mère et mon père. Maintenant, je vise l'anglais, et il n'y a rien de mieux que le festival en anglais Just For Laugh.

On vous a vu dans le film français "Père fils thérapie !", le cinéma c'est un autre but?

Plus que l'humour. Le cinéma c'est le rêve que je veux réaliser. Je ne me reposerai pas tant que ça ne sera pas fait.

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