Band of Gnawa, des retrouvailles heureuses pour un anniversaire joyeux

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CONCERT - Ils ne s'étaient pas donné rendez-vous dans dix ans, mais ils se sont retrouvés sur scène une décennie après la création de leur groupe, Band of Gnawa, à la faveur de la 20e édition du festival Gnaoua. “C'est un projet qui est fait pour les anniversaires du festival”, dit amusé Loy Ehrlich au HuffPost Maroc. “On a fait les 10 ans, aujourd'hui les 20 ans, peut-être fera-t-on les 30 ans”, poursuit celui qui a initié en 2007 le projet Band of Gnawa, nom du groupe spécialement créé pour la 10e édition du festival Gnaoua, dont Loy Ehrlich a par ailleurs été le directeur artistique pendant 10 ans.

“Ce qui a changé en 10 ans? Pas grand chose”, note Maâlem Said Boulhimas, de nouveau associé avec ses musiciens à ce projet. “Nous interprétons un répertoire similaire, avec quelques morceaux nouveaux”, poursuit le maâlem, qui souligne que Louis Bertignac ne fait pas partie de cette nouvelle formation. “Mais je suis heureux que l'on ait redonné vie au groupe”, tranche-t-il.

Autre rescapé du groupe né en 2007, le chanteur franco-tunisien Akram Sedkaoui dit lui aussi sa joie: “C'est un bonheur d'être là et de se retrouver ensemble. On s'est un peu perdu de vue en 10 ans, chacun a des projets personnels et fait son chemin de vie. Mais c'est la famille, on est heureux d'être à nouveau réunis”. “On a tous pris 10 ans, il y en a pour qui ça se voit un peu plus que d'autres”, ajoute-t-il en souriant, détaillant ces retrouvailles, qui avant la scène, se sont concrétisées par trois jours de résidence à l'Institut français d'Essaouira.

“Comme on se connait bien, ça a pris”, raconte Loy Ehrlich, pour qui reformer le groupe n'était pas forcément une évidence. “Ça l'est devenu car on avait toujours envie de jouer ensemble. Cette 20e édition était l'occasion de nous retrouver”.

Un projet musical et familial. Parmi les membres du groupe, Tao Ehrlich, fils de Loy, était ainsi déjà là auprès de Band of Gnawa lors de leur tout premier concert à Essaouira. Alors âgé de 11 ans, il ne s'était joint au groupe que pour accompagner aux percussions la dernière reprise de la soirée, “Sympathy for the devil” des Stones. Cette année, du haut de ses 21 printemps, sa présence a été plus marquée. “Génération gnawa”, s'amusait déjà en 2007 Neila Tazi, productrice du festival. Dix ans plus tard, sa réflexion prend tout son sens.

Sous le signe du rock

Sur la place Moulay El Hassan, le concert a de nouveau marié l'esprit rock à celui des gnaoua, dans un esprit très inspiré des années 70. Il faut dire que l'inspiration originelle trouve sa source dans le “Band of gypsys” créé par Jimi Hendrix.

“Get back” et “Come Together” des Beatles, “Who knows” de Jimi Hendrix, “Kashmir” de Led Zeppelin, les succès se suivent... et se ressemblent. Sur chaque titre, parties rock et gnaoua se succèdent en des tableaux qui se répondent plus qu'ils ne fusionnent. La formation a délivré une prestation plus qu'honorable, sans jamais atteindre ces moments de grâce auquel le public avait assisté en 2007. “Il y a évidemment encore beaucoup de travail à faire si on voulait continuer de tourner comme un groupe”, reconnait Loy Ehrlich. “Mais ce sont vraiment le côté festif et l'énergie que nous avons essayé de développer”, ajoute-t-il en précisant que si le temps de préparation fut court, tous sont heureux que le concert se soit bien passé.

Preuve en est la réaction d'un public qui n'a pas boudé son plaisir. Les spectateurs ont applaudi et dansé à chaque nouveau morceau, regagnant de l'énergie dans les passages de témoin entre musiciens rock et gnaoua. Quant à la foule hétéroclite, elle ressemble dans sa diversité à s'y méprendre à ce qu'elle était 10 ans auparavant. On y croise Marocains et étrangers, jeunes amateurs de rock fougueux et nostalgiques des années 70 aux tempes grisonnantes, néo-hippies aux tenues baba cool et citadins bon chic bon genre, femmes voilées en jellabas ou aux épaules dénudées et dansant les cheveux au vent, bravant le froid accentué ce soir-là par les rafales de vent.

Seul dénominateur commun, la technologie qui, elle, a rattrapé tout le monde. Au-dessus des têtes, les écrans lumineux de dizaines de téléphones portables mitraillent pour prendre photos, vidéos et, phénomène nouveau si l'on songe à 2007, selfies.

À l'issue du concert, le groupe se retrouve à la sortie de scène pour sacrifier à la traditionnelle session de questions-réponses avec les médias, non sans prendre le temps de poser pour une photo souvenir. Dans une ambiance bon enfant, comme de grands enfants heureux de se retrouver, certains s'amusent en lançant ironiquement des “Merci au Taros”, le restaurant qui surplombe la place Moulay El Hassan et qui a joué un peu trop fort sa musique durant le concert.

band of gnawa

“Un peu ému parce qu'on sort de scène. On a donné et reçu beaucoup d'énergie”, confie Loy Ehrlich. Une nouvelle tournée est-elle prévue, comme en 2007, menant les musiciens sur les routes de France pour présenter leur création originale à un public souvent peu familier de la musique des gnaoua? “Pour l'instant non”, répond Loy Ehrlich. “C'est quelque chose d'éphémère, un peu comme le vent, comme quelque chose qui passe”, ajoute-t-il, non sans préciser que, “sait-on jamais”, le groupe sera peut-être amené à prolonger prochainement les retrouvailles. “Mais c'est avant tout quelque chose qu'on voulait faire pour marquer le coup, pour ces 20 ans du festival d'Essaouira”, conclut Loy Elrlich. Objectif atteint.

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