Chiens et chats en danger à Alger

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CHIEN
Elrifk-compassion animaux-الرفق/FB
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Vétérinaire, citoyens, et propriétaires d’animaux se sont rassemblés ce matin 1er juillet devant le siège de l'Epic Hurbal, l’établissement qui gère les fourrières canines au niveau d’Alger-Centre, pour dénoncer des campagnes d'abattage menées par des agents de la fourrière d’El Harrach contre des animaux des différents quartiers d’Alger.

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Depuis plusieurs mois ces derniers ont observé que des agents dans des fourgonnettes capturent régulièrement et sans motif apparent des chats et chiens au niveau des cités. Plusieurs animaux domestiques avec collier et puce d’identification n’ont pas été épargné, dénoncent les protestataires. Pire encore cette chasse se fait souvent de manière brutale et ces animaux sont laissés pour mort, ajoutent-ils.

"Une décision qui vient d’en haut", lance une manifestante. Selon ses dires le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, aurait ordonné de chasser tous les chiens et chats de la ville.

Chacun y va de son témoignage. Une manifestante raconte qu’elle avait perdu son chat dans la cité où elle habite. Après de nombreuses recherches elle décide de se rendre à la fourrière d’El-Harrach dans l’espoir de retrouver son compagnon. "Je leur ai dit que mon chat était perdu depuis à peine deux jours, ils m’ont répondu textuellement qu’il avait été abattu dans les 48 heures. Pourtant le délai d’abattage devrait être de plusieurs jours", rapporte-elle.

Pour comprendre le pourquoi de cette chasse aux animaux, une vétérinaire dont le cabinet se situe au boulevard Krim Belkacem, dit avoir menée sa propre enquête.

"Lorsque les gens de la cité où se situe mon cabinet ont commencé à se plaindre de la disparition de leurs animaux de compagnie, j’ai commencé à m’inquiéter et je me suis donc rendue à la fourrière canine d’El Harrach, ce que j’ai vu est indescriptible", raconte la vétérinaire.

Lieux "piteux" et pratiques "barbares"

Selon une autre professionnelle de la santé animale et organisatrice de ce sit-in, la fourrière ne respecte pas le règlement qui régit ces établissements. Elle rappelle que les animaux ont des droits et les responsables des fourrières doivent prendre soin d’eux. Qu’ils soient malades ou en bonne santé, les employés de la fourrière sont chargés de les nourrir, les nettoyer, et les soigner, assure-t-elle.

"L’Algérie est membre de l’organisation mondiale de la santé animale. Adhérer à cette organisation implique de suivre à la lettre ses directives, et chaque établissement chargé de recueillir des animaux doit se référer à ce règlement", souligne-elle.

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Elle explique que dans le cas où un animal est suspecté de rage toute une procédure se met en place. Ce dernier est recueilli par la fourrière et mis en quarantaine pendant 15 jours.

Si le sujet meurt au bout de 5 jours, des analyses seront réalisées pour confirmer, ou pas le diagnostic. Dans le cas où l’animal est réellement atteint de rage, une enquête est exigée dans la zone où il a été retrouvé afin de s’assurer que d’autres animaux ont été infectés avant de procéder à l’abattage. Malheureusement, ce n’est pas la procédure suivie, déplore cette professionnelle.

Concernant les méthodes d’abattage, elle confie que l’électrocution est interdite par la loi, car elle entraîne une mort lente et douloureuse pour l’animal. Pourtant celle-ci n’est pas prise en compte. “Les animaux sont aspergés d’eau puis électrocutés et la mort survient une demi-heure plus tard suite à un arrêt cardiaque.” ajoute-elle.

Pour sa part, la vétérinaire qui s’est rendue à la fourrière canine d’El-Harrach, décrit un lieu “insalubre”.

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“Les animaux sont maigres et fatigués, entassés les uns sur les autres dans des cages où la plupart meurent de suffocation”, décrit-elle.

Elle ne manquera pas de préciser que les boxes à animaux comptent une centaine de sujets alors que la boxe ne supporte qu’une vingtaine.

Néanmoins ce ne sont pas tous les animaux de la fourrière qui subissent le même traitement. Les chiens et chat de race bénéficient d’un meilleur traitement, puisqu’ils sont destinés à la vente.

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Face à cette situation, elle décide de prendre attache avec la directrice de l’entreprise Hurbal fourrière canine qui gère la fourrière. “Lorsque je me suis entretenue avec cette dame je lui ai exposé le problème et montré les photos prises au niveau de la fourrière. Surprise, celle-ci n’était même pas informé de ce qui se passait dans cet établissement”, souligne-elle.

“Prétextes”, rage et surpopulation

“Comment peut-on parler de surpopulation alors que le vaccin n’a pas été homologué pendant 3 ans. Ces pauvres bêtes meurent chaque jour de faim, d’empoisonnement ou encore de la non-vigilance des chauffeurs”, souligne cette même vétérinaire.

Concernant les cas de rage, cette vétérinaire estime qu’en 2015, seuls 17 cas ont été enregistré au niveau national. Un chiffre dérisoire qui ne justifie pas l’élimination de tous les animaux suspectés de rage.

Des voix s’élèvent sur les réseaux sociaux

L’organisatrice de cette manifestation, qui est également bénévole et militante pour les droits des animaux, gère deux pages sur le réseau social "Facebook" initiées pour lutter contre cette campagne d’abattage.

Il s’agit de "Elrifk-compassion animaux-الرفق " et "ANTI Galoufa Algérie".

“J’invite les citoyens à enrichir la page de photos et vidéo prouvant qu’il existe bel et bien une capture excessive d’animaux. Et de dénoncer les injustices à l’encontre de leurs animaux”, précise-t-elle.

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Cette jeune militante qui est également vétérinaire, a déjà organisé un rassemblement l’an dernier pour attirer l’attention des autorités concernées et remédier à cette situation. Un sit-in auquel ont pris part des citoyens venus de plusieurs wilayas.

Malgré toutes ces initiatives, le problème n’a pas été résolu. Les responsables se “cachent”, selon elle derrière l’excuse de la rage, seulement sans recensement exhaustif des animaux dans la ville, il est difficile de lutter contre cette maladie.

En conclusion elle propose plusieurs solutions notamment la mise en place d’un numéro vert pour signaler les cas de rage, déclarer les animaux recueillis avec photo sur le site de la fourrière, prévenir les habitants du jour et l’heure du passage des agents de la fourrière.

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