Festival Gnaoua: Une 20e édition toujours dans le vent

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REPORTAGE - Pour le coup d'envoi de la 20e édition, le public était au rendez-vous hier soir à Essaouira. Venus nombreux pour assister à la parade d'ouverture et aux concerts donnés ce 29 juin, les habitants de la ville ont été rejoints par les touristes des quatre coins du monde.

Un couple venu de Genève se dit ravi d'être là à l'occasion de cette édition-anniversaire, même si “nous n'assisterons pas aux grands concerts, car nous sommes fous de musique gnaoua et nous ne venons que pour les soirées traditionnelles”, précisent-ils. Un peu plus loin dans la foule, un jeune Australien échange avec un Marocain établi en Floride, venu spécialement pour l'occasion. Tous deux se réjouissent de la programmation du festival et des bonnes ondes de la ville, “même s'il y a beaucoup de vent”.

“Je viens de France et je suis arrivé ici pour une semaine de kite-surf”, raconte cet autre spectateur venu assister à la parade d'ouverture. “J'ai découvert qu'il y avait le festival Gnaoua en voyant une scène installée sur la plage. Je ne connais pas très bien ce festival qui a l'air très intéressant. J'ai vu que le groupe Gnawa Diffusion était programmé mais je ne serai malheureusement plus là!”, regrette-t-il.

À une distance moins lointaine de la cité des alizés, Tarik et Fatima ont fait le déplacement de Marrakech avec leur petit garçon de 3 ans. “Et aussi avec notre futur bébé”, confie le père en souriant et en passant une main sur le ventre rond de son épouse. “On l'habitue dès son plus jeune âge aux rythmes des gnaouas”, s'amuse le papa. “On ne sait pas encore à quels concerts nous assisterons, mais nous restons jusqu'à samedi soir pour en profiter”, poursuit Tarik. “C'est notre premier festival et nous comptons bien revenir”.

En 20 ans, des souvenirs et le développement d'une ville

Naïma, mère au foyer et fille de la ville, n'est en revanche pas une novice en la matière. Elle dit même être une fidèle du festival depuis son lancement en 1998. “Tous les ans, je suis au rendez-vous pour assister au moins à la parade d'ouverture. Et lorsque je peux confier mes enfants, j'assiste aussi avec grand plaisir à quelques concerts”, ajoute-t-elle.

De voir Essaouira se remplir chaque année est, dit-elle, “une grande source de fierté pour les habitants de la ville”. “Vous savez, on dit que quand Essaouira se remplit, le vent se lève”, dit-elle en riant, tandis qu'autour d'elle, les cheveux et les écharpes se soulèvent au gré des alizés. “Et il ne faut pas oublier que le festival apporte beaucoup à la ville qui s'est développée depuis 20 ans”, ajoute-t-elle reconnaissante.

parade

Dans la foule, alors que les troupes de gnaoua marchent et dansent dans les rues, trois femmes d'une même famille d'Essaouira se réjouissent aussi de cette nouvelle édition, et tentent de se souvenir de celles passées qui les ont marquées. “Il y avait cette parade de marionnettes géantes, c'était magnifique. J'ai aussi un très bon souvenir des concerts à la Sqala, dommage qu'il n'y en ait plus là-bas”, dit l'une d'elles.

Pour gérer la foule, côté sécurité, policiers et membres des forces auxiliaires veillent au grain. Si à l'heure où nous mettons en ligne, les chiffres exacts du dispositif sécuritaire déployé ne nous ont pas été communiqués, une société de sécurité privée précise pour sa part qu'il n'y a pas eu un déploiement plus important que pour les précédentes éditions. “On n'a pas mobilisé plus de monde qu'auparavant, mais on gagne chaque année en expérience et en efficacité”, assure Mohamed Kadouri, directeur général de la société Nord Sud Protection, expliquant ainsi que 150 agents sont là pour assurer la bonne marche de l'événement.

Communion en musique

La soirée se poursuit en musique avec les concerts d'ouverture. Au premier rang, personnalités et invités de marque ont pris place. Autour de Neila Tazi, productrice du festival, André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI et président-fondateur de l'association Essaouira Mogador, Abdeslam Ahizoune, directeur de Maroc Telecom, sponsor officiel de l'événement, Mohamed Sajid, ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l'Artisanat et de l'Économie sociale, Driss El Yazami, président du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), ou encore Jean-François Girault, ambassadeur de France au Maroc.

Un peu plus loin dans la foule, d'autres personnalités sont venues assister à cette édition-anniversaire, à l'instar des peintres Mahi Binebine et Mohamed Mourabiti, du cinéaste Nour-Eddine Lakhmari ou du comédien et musicien gnaoui Fehd Benchemsi.

Après les traditionnels allocutions d'ouverture, place à la musique. À tout seigneur tout honneur, les rythmes gnaoua sont les premiers à investir la scène de la place Moulay El Hassan. Puis arrivent Carlinhos Brown accompagnés de ses musiciens, pour permettre la rencontre des rythmes des gnaoua avec ceux du Brésil. “Un retour aux sources”, dit sur scène Carlinhos Brown, encouragé par les applaudissements chaleureux du public. Il rappelle les racines communes, l'esclavage, une histoire transcendée par la musique. Mieux que les paroles, la magie opère lorsque les voix montent vers les cieux pour mieux se rencontrer et rapprocher les continents.

band of gnawa

La soirée sur la place Moulay El Hassan se poursuit avec le concert du Maalem Abdelkebir Merchane, avant de se clôturer par le concert de Band of Gnawa, groupe reformé une décennie après sa création pour la 10e édition du festival. Dès le premier titre, “Get Back” des Beatles, revisité aux rythmes des crotales des musiciens gnaoua, il règne comme un air de seventies sur la ville.

“Un peu ému parce qu'on sort de scène. On a donné et reçu beaucoup d'énergie”, déclare à l'issue du concert au HuffPost Maroc Loy Ehrlich, cheville ouvrière de ces retrouvailles musicales. “C'est un projet qui est fait pour les anniversaires du festival. On a fait les 10 ans, aujourd'hui les 20 ans, peut-être fera-t-on les 30 ans”, ajoute-t-il esquissant un sourire. Rendez-vous en 2027.

Les concerts à ne pas rater vendredi 30 juin

Scène Moulay Hassan
  • Bill Laurance en fusion avec Khalid Sansi (20h00)
  • Ismaël Lo (21h30)
  • Maâlem Hamid El Kasri en fusion avec Karim Ziad, Vincent Mascart, David Aubail, Maurice Zemmour et Omri Mor (23h30)
Scène de la plage
  • Maâlem Mokhtar Guinea en fusion avec Mogador Band (21h00)
  • Résidence Maâlem Hassan Boussou & Hmadcha avec Aboubacar Kouyate, Laurent Clipet, Alexandre Warnez et Yacou Daniel N'Guessan (22h20)
  • Gnawa Diffusion (00h10)
Borj Bab Marrakech
  • Hindi Zahra (19h00)
Dar Loubane
  • Maâlem Rachid Bentair & Mohamed Koraich (23h00)
  • Maâlem Rachid Hamzaoui, Asmaa Hamzaoui & musiciens Band of Gnawa (00H00)
Zaouia Issaoua
  • Maalem Abdellah Akharraz (23h00)
  • Maâlem Mahmoud Filali (00h15)
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