La venue de Michel Boujenah à Carthage suscite la polémique: "Normalisation" avec Israël pour les uns, "une haine des juifs" pour les autres

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MICHEL BOUJENAH TUNISIA
FETHI BELAID via Getty Images
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La programmation de l'humoriste français d’origine tunisienne Michel Boujenah à l'édition 2017 du festival de Carthage suscite la polémique.

Une lettre ouverte intitulée "Nous ne voulons pas de sionistes, quelque soit leur nationalité, sur nos scènes et dans nos festivals" a été adressée au ministère des Affaires culturelles pour annuler son spectacle.

"Michel Boujenah est l’une des plus grandes figures franco-tunisiennes sionistes qui ont toujours défendu 'Israël', ses guerres et son armée (notamment dans les médias français), lui-même le reconnait et se dit fier d’être sioniste (...) Non seulement le comédien sioniste exprime son admiration, mais il se considère aussi comme une partie du 'peuple israélien' (...)", lit-on dans la lettre.

On y rappelle également que dans la préambule de la Constitution tunisienne l'État s'engage à défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à combattre toutes les formes d’occupation et de racisme, assimilant la venue de Boujenah à "une normalisation" avec Israël.

Les réseaux sociaux s'enflamment

Sur les réseaux sociaux les avis sont partagés entre les pour et les contre. Certains appellent en effet au boycott de l'artiste en arguant que ce dernier est un pro-sioniste et pro-israélien. Alors que d'autres mettent en avant son attachement à son pays natal, la Tunisie, et des multiplient éloges du pays dans les médias français et étrangers.

Quelques personnalités politiques et associatives sont montés aux créneaux sur l'affaire. Pour Farah Hached, présidente du Labo' Démocratique, "si effectivement Boujnah a soutenu la politique criminelle israélienne, alors il est à boycotter. Le boycott est une position des individus et c'est un droit pour chacun de boycotter un spectacle. Qu'il soit juif ou bouddhiste, peu importe. Qu'il soit tunisien ou d'une autre nationalité, peu importe aussi. Qu'il soit blanc ou jaune ou noir, cela n'a aucune importance. Il ne s'agit ni de religion, ni de nationalité, ni de couleur de peau. Il s'agit d'une prise de position politique publique qu'une majorité de tunisiens rejette et ils ont tout à fait le droit d'exprimer ce rejet par le boycott ou même par une manifestation pacifique s'ils le souhaitent, comme le leur garantissent la constitution et la loi de notre pays".

Autre son du cloche du côté de l'association de soutien aux minorités qui explique le refus de Boujenah par "la haine à l'encontre des juifs". "L'appel à boycotter le spectacle de BoujEnah , sous prétexte de lutte contre le sionisme, n'est rien de plus qu'un acte anti-juif quand on sait qu'il s'agit d'un tunisien qui a toujours crié haut et fort son attachement au pays ....je ne suis pas là pour défendre une personne qui de toute façon n'en a pas besoin, ni pour servir un discours mielleux sur la nostalgie et l'attachement au pays comme si le fait d'être d'une confession autre que musulmane nécessitait de faire ses preuves! Ce que je dénonce, c'est ce comportement, disons le, lâche de ceux qui faute d'avoir des gonades pour reconnaître leur haine se cachent sous les jupons d'une excuse passe partout", estime Yamina Thabet, la présidente de l'association.

Idem pour Joseph Krief, figure juive tunisienne, pour qui "Michel Boujenah est la quintessence des Tunes (juifs tunisiens), il est notre ambassadeur le plus fervent, personne ne présente la Tunisie avec autant d'amour et de passion, il ne passe pas dans une émission TV ou Radio sans qu'il ne parle de sa Tunisie, de notre Tunisie. Il nous fait rire et même pleurer en en parlant.
Il représente la Tunisie dans le monde et en donne une image mille fois supérieure a ses détracteurs racistes qui eux en donnent une image nauséabonde".

Ceux qui soutiennent Boujenah avancent qu'il ne faut pas juger un artiste selon ses positions politiques ainsi que plusieurs de ses déclarations d'amour pour la Tunisie comme celle récemment sur le plateau d' "On n'est pas couché'' de Laurent Ruquier sur France 2. En annonçant la date de son spectacle en Tunisie à savoir le 19 juillet prochain, dans le cadre du festival de Carthage, il a déclaré: "Je me bats beaucoup pour que l'on aide la Tunisie. Je trouve que c'est dingue, insensé, irresponsable, fou… de la part des gouvernants européens, français, américains, de ne pas aider la Tunisie financièrement" a-t-il ajouté. "Ce qui est fou, c’est que la Tunisie, c’est ici. La distance Nice-Tunis est plus courte que celle séparant Nice de Paris. Il faut aider la Tunisie". Boujenah a conclu son ode pour son pays natal en affirmant que "La Tunisie, c'est le berceau de l'Humanité".

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