Au Liban, le boom des achats des réfugiés syriens dynamise les commerces

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SYRIAN REFUGEES LEBANON
A Syrian refugee shops at a store, which accepts the United Nations' World Food Programme electronic cards, in Beirut on June 14, 2017.Displaced Syrian families in Lebanon are using electronic cards, topped up each month by the United Nations' World Food Programme with $27 per refugee, to do their grocery shopping. / AFP PHOTO / JOSEPH EID (Photo credit should read JOSEPH EID/AFP/Getty Images) | JOSEPH EID via Getty Images
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En trois ans, l'épicier Ali Khiami a multiplié ses recettes par six et s'est acheté un appartement. Les petits commerces au Liban ont repris vie grâce à un boom des achats de réfugiés syriens bénéficiant de cartes de débit distribuées par l'ONU.

Créditées de 27 dollars par mois et par personne grâce à une initiative du Programme alimentaire mondial (PAM), ces cartes sont uniquement destinées aux achats alimentaires.

"Je vendais pour 50 millions de livres libanaises (environ 29.000 euros), contre 300 millions de LL (176.000 euros)" aujourd'hui, confie avec satisfaction M. Khiami, en référence à ses recettes annuelles.

Un autocollant bleu de la PAM --qui a lancé ce projet en 2012 avec quelque 500 magasins partenaires à travers le pays-- est collé sur la vitrine de son magasin, dans le sud de la capitale.

Avec quelque 700.000 réfugiés bénéficiaires au Liban, ce programme est une aubaine pour des petites épiceries qui vivotaient.

"Ce programme a changé ma vie. J'ai acheté un appartement à Beyrouth et j'ai payé les études universitaires de mes enfants", affirme l'épicier de 55 ans qui a aussi embauché six employés supplémentaires.

Selon lui, "les clients libanais achètent moins que les Syriens qui ont des familles nombreuses et consomment plus". Autrefois endetté, M. Khiami se targue de faire environ 8.800 euros de bénéfice par mois contre 2.000 dans le passé.

Adaptation à la clientèle

Le commerçant s'est adapté à sa clientèle: il vend du beurre clarifié, de la halva (une confiserie orientale), et beaucoup de thé, dont "les Syriens raffolent".

Pour les réfugiés, la carte s'avère plus pratique que les coupons alimentaires distribués auparavant, qu'ils devaient dépenser en une seule fois.

Oum Imad affirme se sentir "indépendante" grâce à sa carte, valide cinq ans et qu'elle doit présenter au magasin avec son certificat du Haut-Commissariat aux réfugiés.

Le Liban a été salué à plusieurs reprises pour sa générosité envers les réfugiés syriens --environ un million selon l'ONU, soit un quart de la population--, mais leur présence donne souvent lieu à des commentaires teintés de xénophobie.

Depuis 2015, l'ONU a cessé d'enregistrer les réfugiés venant de Syrie, à la demande du gouvernement libanais.

Pour certains, ces personnes ayant fui la guerre représentent un fardeau pour un pays lourdement endetté, mais pour d'autres, ils contribuent à l'économie à travers leurs achats et la location d'appartements.

Omar al-Cheikh, un commerçant de 45 ans partenaire du PAM depuis quatre ans, a lui vu ses bénéfices mensuels passer de 4.400 à 7.000 euros.

Il affirme toutefois avoir perdu 20% de sa clientèle libanaise dans son commerce à Noueiri, dans l'ouest de Beyrouth. Il raconte qu'un jour, un client libanais énervé de ne pas trouver le produit qu'il cherchait lui a lancé: "Tu ne travailles plus que pour les Syriens maintenant!"

800 millions d'euros

Les échoppes partenaires du PAM revivent non seulement à Beyrouth mais également dans les régions.

"En huit mois, j'ai loué trois nouveaux locaux pour stocker mes marchandises et j'ai ouvert un magasin de fruits et légumes", se félicite Ali Sadek Hamza, propriétaire d'un magasin près de Baalbek, dans la Bekaa (est).

Aujourd'hui, 60% de sa clientèle est syrienne, mais le commerçant de 26 ans affirme avoir conquis également des clients libanais car il "vend moins cher".

Tous les mois, le PAM envoie aux magasins partenaires une liste de prix indicatifs afin d'être compétitifs.

Depuis 2013, les réfugiés syriens ont dépensé près de 800 millions d'euros dans ces magasins, selon l'agence onusienne.

"L'économie libanaise profite aussi du programme du PAM, pas seulement les réfugiés syriens", soutient Edward Johnson, du service de presse du PAM à Beyrouth.

De quoi allécher des entreprises libanaises de plus grande taille: trois chaînes de supermarchés ont passé contrat avec le PAM, comme l'UCCM qui possède 36 magasins dans le pays.

"Notre but est de faire du profit, et en même temps, on aide les réfugiés", explique Sleimane Sleimane, un responsable de l'UCCM.

Pour attirer les réfugiés syriens, les supermarchés de l'UCCM ont choisi de leur accorder une remise de 7%.

"On vend plus, donc on achète plus à nos fournisseurs. Tout cela crée de l'activité économique", se félicite M. Sleimane.

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