La crise dans le Rif pousserait-elle les jeunes Marocains à fuir vers l'Europe?

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IMMIGRATION - Les événements à Al Hoceima ont-ils eu un impact sur les tentatives d'immigration illégale des Marocains vers l'Espagne? C'est en tout cas la question que se posent certaines associations de défense des migrants. Car depuis quelques jours, les migrants qui embarquent dans des canots de fortune pour traverser le détroit de Gibraltar ne sont plus seulement des Africains subsahariens, mais aussi beaucoup de jeunes Marocains, rapporte la presse espagnole.

Selon Helena Maleno, membre de l'association "Caminando Fronteras/Walking Borders" et chercheuse spécialisée dans l'immigration et la traite des êtres humains, plusieurs centaines de Marocains auraient tenté la traversée au mois de juin, indique-t-elle au HuffPost Maroc. Samedi dernier, sur 224 personnes arrivées sur les côtes espagnoles à bord de cinq bateaux, seules 9 étaient des Subsahariens.

Selon les services de secours maritime espagnols, qui diffusent très régulièrement sur leur fil Twitter des images des embarcations clandestines arrivant en Espagne, 38 Marocains auraient débarqué à Barbate, en Andalousie, le 15 juin. Plusieurs autres photos publiées ces derniers jours montrent des jeunes "d'origine maghrébine" à bords de bateaux pneumatiques, sans que leur nationalité ne soit toutefois précisée.

"Nous constatons une recrudescence de jeunes Marocains qui tentent la traversée. Même les migrants subsahariens sont étonnés de voir beaucoup de Marocains dans les embarcations, et nous demandent ce qui se passe en ce moment au Maroc", explique Helena Maleno, qui précise qu'il s'agit surtout de jeunes, beaucoup d'adolescents, qui fuient parfois de nuit.

Selon elle, les mesures de sécurité pour empêcher les passages clandestins auraient néanmoins été renforcées ces derniers jours, notamment à l'occasion de l'Aïd el-Fitr.

Le ministre de l'Intérieur espagnol, Juan Ignacio Zoido, a lui aussi confirmé l'arrivée "massive" de Marocains sur les côtes ibériques. Quarante mineurs d'origine marocaine ont ainsi débarqué ces derniers jours à bord de deux petits bateaux sur la côte de Tarifa. Ils ont été placés dans des centres d'accueil à Jimena et Gibraltar, en raison de la saturation des centres de détention des étrangers (CIE) à Algeciras et Tarifa.

"Nous connaissons un afflux important de migrants, en particulier en Andalousie, dans les zones de Tarifa et Motril", a déclaré le ministre lundi 26 juin lors d'une conférence sur l'opération "passage du détroit" (OPE) organisée par la société espagnole de radiodiffusion Cadena SER. "Les centres de détention des étrangers sont saturés en raison de cet afflux massif", a-t-il admis.

Difficile néanmoins pour le moment de faire le rapprochement direct entre le soulèvement populaire dans le Rif et ces tentatives d'immigration clandestine. "Pour l'instant, nous constatons cette hausse du nombre de Marocains qui traversent clandestinement vers l'Espagne, mais on ne peut tirer de conclusions hâtives", indique Mehdi Alioua, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université internationale de Rabat et président du Gadem (Groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants).

Selon lui, l'été est en effet traditionnellement une période propice à l'immigration clandestine. Le retour à la hausse de la croissance économique espagnole et la fin relative de la crise pourraient également expliquer ce regain d'intérêt pour la péninsule ibérique auprès des jeunes Marocains. "Il faudra voir à la fin de la saison les chiffres exacts sur le nombre de Marocains arrivés en Espagne cet été, et savoir d'où ils viennent exactement", explique-t-il.

"Le passage illégal de Marocains vers l'Espagne continue, même s'il est en baisse depuis une dizaine d'années. Nous sommes focalisés sur ce qui se passe à Al Hoceima et dans le nord du Maroc depuis quelques mois, mais l'immigration de jeunes du Rif a toujours existé", rappelle-t-il.

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