Tizi-Ouzou: un musée et un mémorial pour le chahid Arezki Louni prochainement à Makouda

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MAKOUDA
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La maison natale du chahid Arezki Louni, sise dans la commune de Makouda, à une vingtaine de kilomètres au nord de Tizi-Ouzou, sera érigée prochainement en musée, assorti d’un mémorial, a-t-on appris du président de l’association des amis de la rampe Arezki Louni Casbah d’Alger.

Cette bâtisse, abandonnée à son sort après l’indépendance du pays, les trois frères Louni étant tous tombés au champ d’honneur pendant la guerre de libération nationale, subira des travaux de restauration en vue de la transformer en musée, a expliqué à l’APS Lounis Aït Aoudia.

Ce projet qui a germé en avril 2010 à l’occasion d’une journée commémorative sur le parcours révolutionnaire d’Arezki Louni, l’un des héros de la bataille d’Alger, guillotiné par l’armée française le 8 avril 1957 à la prison de Serkadji, comporte également la réalisation d’un mémorial en son honneur dans l’enceinte même de la bâtisse.

Le plan de réhabilitation de la maison Louni, ainsi que la maquette de la stèle ont été élaborés dernièrement par un groupe d’étudiants du département d’architecture de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, encadré par deux enseignants, a souligné M. Aït Aoudia.

En vue de concrétiser ce "rêve cher" à l’association des amis de la rampe Arezki Louni de la Casbah, des démarches administratives ont été menées auprès des autorités locales de la wilaya de Tizi Ouzou, notamment la direction de la Culture qui a manifesté sa volonté d’accompagner l’initiative et de contribuer à son accomplissement, a-t-il affirmé.

Les responsables de la daïra et de la commune de Makouda ont également étaient destinataires des plans d’aménagement, de la maquette du mémorial et du dossier y afférent dans la perspective de lancement du chantier qui interviendra dans "les mois à venir", a-t-on appris de même source.

Pour Lounis Aït Aoudia, restaurer la maison natale de ce grand révolutionnaire, connu pour son courage et son dévouement pour la cause nationale, n’est autre qu’un devoir de mémoire et une obligation de reconnaissance envers tous ces hommes et ces femmes qui ont fait de la libération de leur pays du colonialisme barbare une priorité au détriment de leur vie.


Arezki Louni, un combattant de premier rang

Il a rappelé qu’Arezki Louni, né le 26 août 1924, avait quitté Makouda, son village natal, en compagnie de sa famille à l’âge de huit pour s’installer à la Casbah d’Alger. L’esprit patriotique s’est réveillé en lui alors qu’il était encore très jeune. Quand la guerre de libération nationale s’est éclatée en novembre 1954, le jeune homme avait 30 ans et, derrière lui, des années de militantisme farouche au sein du mouvement national.

Il a pris les armes et rejoint le maquis aux côtés de ses frères combattants dans la zone autonome d’Alger, témoigne encore M. Aït Aoudia, relevant que ses amis de lutte ont toujours évoqué un homme courageux et battant qui ne recule devant rien.

En 1957, il participe aux côtés d’autres activistes du Front de libération nationale (FLN) à la bataille d’Alger, avant qu’il ne soit arrêté et emprisonné à Serkadji où il a été guillotiné le 8 avril 1957 à l’aube.

A l’indépendance, et malgré sa disparition, la Casbah n’a pas oublié son enfant prodigue qui s’est sacrifié pour une Algérie indépendante et libre.

Le quartier de la rampe Arezki Louni de cette ville ancestrale d’Alger, n’est que le témoin de la reconnaissance que ses habitants manifestent pour cet homme courageux, né sur les hauteurs du village paisible de Makouda.

La maison Louni, un héritage à préserver

A Makouda, comme à la Casbah, et malgré la distance, l’histoire d’un combat commun lie les esprits. Ici, les villageois ne cachent pas leur fierté de l’engagement de leurs ainés dans la guerre pour l’indépendance du pays. Dans ce hameau qui monte entre de petites ruelles, de vieilles femmes gardent encore des souvenirs douloureux des atrocités coloniales exercées sur les populations. Elles se rappellent aussi des trois frères Louni qui n’ont pas hésité à "déserter" la maison familiale pour mener le combat pour la dignité et la liberté que les Français leur ont confisquées, plus d’un siècle durant.

Le jeune Arezki n’est pas le seul à avoir rejoint le maquis dans cette famille de héros en 1954. Comme lui, ses frangins Amar et Lounes ont aussi donné leur sang pour que les générations futures vivent en paix sur la terre de leurs ancêtres, raconte Farid Louni, dont le père est un oncle du chahid. C’est dire que l’esprit patriotique est inné chez cette famille qui, comme beaucoup d’autres en Kabylie et ailleurs en Algérie, a payé un lourd tribut pendant la glorieuse guerre de libération nationale.

Après quelques minutes de marche sur la montée menant vers le village, une ancienne bâtisse en ruines apparaît en milieu des habitations modernes érigées dans l’entourage. Elle est, d’ailleurs, la seule à garder les aspects de l’architecture traditionnelle kabyle, dans cette bourgade.

Il s’agit bel et bien de la maison Louni de laquelle il ne reste plus que quelques murs qui tiennent encore debout malgré les aléas du temps et de l’abandon. Même si les toits sont complètement effondrés, le lieu sent encore l’odeur de cette vie paisible et de la chaleur humaine qui y régnait.

Les quelques objets laissé à l’intérieur des chambres (Tizegwa) sont encore là. On y trouve de grandes jarres (Tissebalin) qu’on remplissait autrefois d’eau potable, des Ikoufan destinés au stockage de denrée alimentaires et autres outils qui subsistent encore à l’intérieur de cet espace de grande valeur.

En atteignant Takhana (le grenier), Farid Louni désigne du doigt une petite fenêtre ouverte en haut du mur. Vous voyez cette fenêtre ? C’est de là que mon oncle Arezki qui combattait à Alger mais qui venait souvent visiter la demeure familiale au village, s’échappait pour se cacher dans les bois lorsque l’armée française venait à sa recherche.

C’est aussi à l’intérieur de cette même Takhana qu’il rencontrait certains de ses frères de lutte pour s’échanger les informations et coordonner les actions, et qu’il a aménagé une cachette pour son arme, a-t-il ajouté.

En somme, restaurer cette maison historique, en faire un musée et introduire un mémorial, n’est autre qu’un devoir à accomplir envers ces hommes qui ont grandi à l’intérieur mais aussi pour ce lieu qui témoigne de la grandeur d’une guerre et d’un peuple qui s’est uni autour d’une cause juste, a-t-il soutenu, rappelant que toute la famille Louni de Makouda a affiché sa volonté d’accompagner le projet de l’association de la rampe Arezki Louni de la Casbah jusqu’à sa concrétisation.

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