Quand Daech s'attaque au patrimoine culturel de l'humanité

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TERRORISME - Depuis près de 900 ans, Mossoul ne s’était jamais endormie sans celle que les Irakiens appelaient “Al Hadba” ou “la bossue”. Mais la ville du nord de l’Irak s’est retrouvée mercredi amputée de ce célèbre minaret penché et de sa grande mosquée Al-Nouri. Si l’armée iraqienne avait annoncé que la destruction de ces monuments historiques était l’oeuvre atroce de Daech, le groupe terroriste, lui, nie toujours cet acte. Pour Daech, la démolition de cette emblème de l’islam serait due à deux frappes aériennes de l’armée américaine.

La mosquée était jusqu’à présent un lieu symbolique pour l’EI puisque son chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, déclaré mort à plusieurs reprises, s’y était désigné, le 4 juillet 2014 après avoir saisi Mossoul, calife ou successeur du prophète Mohammed et donc chef de tous les musulmans.

“Dans l’inconscient djihadiste, cette mosquée est très importante, la détruire ainsi serait incompréhensible", explique au HuffPost Maroc Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des réseaux jihadistes. “Le lieu a une charge historique et symbolique, beaucoup de gens avaient envie de le détruire comme les milices shiites", poursuit-il.

Une vidéo publiée jeudi 22 juin par l’agence de l’État islamique, A’maq, à-travers laquelle Daech revendique ses attaques, montre plusieurs missiles retrouvés entre les pierres restantes de l’édifice sacré. Des interlocuteurs affirment même les avoir vus descendre du ciel et détruire la mosquée. Un d’entre eux insiste sur les croix noires qu’il a aperçu sur ces avions américains.

Des siècles d'histoire réduits en poussière

La destruction de ce monument historique est loin d’être une première pour l’État Islamique, qui s’en prend régulièrement au patrimoine culturel, comme on peut le voir dans la vidéo en début d'article. En janvier 2015, Daech incendie ainsi la plus grande bibliothèque de Mossoul, brûlant ainsi des milliers de livres et manuscrits anciens.

“Daech a une approche radicale de ce qu’est la religion musulmane dans l’interprétation est dans l’application", explique au HuffPost Maroc un responsable du bureau de l’UNESCO à Rabat. “Il lui faut donc éradiquer tout ce qui qui va contre sa vision y compris dans l’islam". Le responsable rappelle d’ailleurs que le plus grand nombre de victimes faites par Daech sont musulmanes et de la même façon, le groupe s’attaque systématiquement à tout patrimoine qui représente d’autres branches de l’islam.

En février 2015, c’est au tour du musée de Mossoul abritant des centaines de pièces datant de siècles avant l’ère chrétienne. Des statues et sculptures sur pierre tels que les taureaux ailés à face humaine qui faisaient plus de deux mètres de haut et dataient du VII siècle avant J.-C. ont été détruites. D’autres objets culturels transportables ont été volés pour être revendus au marché noir.

“Pour les membres de Daech, ces statues représentant des dieux et des déesses sont signe d’idolâtrie", explique Wassim Nasr. "Il en va de même pour les temples et les mausolées puisqu’ils estiment qu’il ne faut pas vénérer les morts.”

Daech s’était en effet attaqué au début de l’année au mausolée et à la mosquée Nabi Younès à Mossoul en Irak, construite en 1226, puis, en mai 2015, aux temples et tours funéraires du site de Palmyre en Syrie. Fiers de leurs exploit, les membres de Daech avait filmé la tragédie. Le site historique qui date du Ier au 2e siècle est sévèrement touchée. D’après le site de l’UNESCO, Palmyre était autrefois un des foyers culturels les plus importants dans le monde. Avec son art et architecture qui mélangeaient les techniques gréco-romaine et les influences perses, la ville était un carrefour des anciennes civilisations.

Pour la seule région de Mossoul, plus de 66 sites archéologiques ont été détruits dont deux inscrits par l’UNESCO au patrimoine mondial. Il s’agit de la cité Hatra, capitale du premier royaume Arabe, et de la cité antique Assour née au troisième millénaire avant J.-C. d’après le site de l’organisation culturelle. La cité antique de Palmyre en Syrie est également inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

“S’attaquer au patrimoine est une arme de guerre pour semer la terreur et pour toucher les gens dans leur identité", explique le responsable au bureau de l’UNESCO. "C’est aussi un objet de propagande. Les attaques sont reprises par tous les médias. Daech est conscient de l’impact qu’ont ces destructions sur la communauté internationale,” poursuit-il.

L’Unesco déplore la destruction du minaret Al-Hadba et de la mosquée Al-Nouri à Mossoul

La Directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, n'a pas manqué de rappeler jeudi dans un communiqué qu'il s'agissait de "sites emblématiques de la ville", déplorant la disparition de ce "symbole d’identité, de résilience et d’appartenance". L’Unesco rappelle avoir contribué en 2012 à la sauvegarde d’Al-Hadba. Plus tard, quelques jours avant l’occupation de Mossoul par Daesh en juin 2014, l’Unesco avait par ailleurs entrepris d’importantes démarches en vue de la sauvegarde et de la consolidation du minaret Al-Hadba. Si les travaux avaient été interrompus avec le conflit, une étude complète sur la conservation du minaret a toutefois été réalisée et pourrait servir à l’avenir, précise le communiqué.

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