L'artiste plasticien Mostapha Romli dénonce le mariage des mineurs dans son exposition 20-21

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MOSTAPHA ROMLI
Mostapha Romli
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ART - 3 années après “Jihad Al-nikah“, l'exposition qui dénonçait le phénomène de viols au nom de la religion apparu en Syrie, Mostapha Romli, traite d'un autre sujet qui lui tient tout autant à coeur, celui des mariages des mineurs. À travers sa nouvelle exposition “20-21“, l'artiste plasticien marocain fait référence aux articles 20 et 21 de la nouvelle Moudawana, qui permettent aux jugent de déroger à l’interdiction du mariage des mineurs. Des lois qui ont ainsi permis à plus de 102.000 jeunes filles, entre 2004 et 2014, de se marier sans observer l'âge légal en la matière. Une situation insupportable pour l'artiste qui invite le public à la réflexion à travers son oeuvre.

mostapha romli

Quel a été le point de départ de cette exposition?

Ma démarche est une critique, que j’ai toujours voulu constructive, de notre société. Pour moi, la société ne peut avancer que de cette manière. 20-21, c’est un sujet qui me tenait à cœur car c’est une loi qui semble dater d’un autre âge. Dans la tradition arabo-musulmane, marier des filles d’un âge très jeune était monnaie courante et avoir encore aujourd’hui, au Maroc, un texte de loi qui encadre ce genre de pratique est étonnant. C’est pour lancer la réflexion que j’ai choisi ce thème.

Que sont les lois "20-21"?

C’est une forme de dérogation donnée aux juges, qui leur permet d’officialiser le mariage de mineurs – le plus souvent des filles - s’ils estiment qu’elles ont la capacité de se marier. Le problème c’est qu’il y a eu beaucoup d’abus. Des enquêtes ont montré qu’il y avait des jeunes filles de 10 et 12 ans qui n’avaient absolument pas ni la capacité physique, ni mentale de se marier. En faire un thème d’exposition, c’est pour moi une dénonciation de ces abus, afin de donner à réfléchir pour améliorer la vie de ces jeunes filles.

mostapha romli

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Que représente cette images de jeune femme que nous retrouvons sur les oeuvres de cette exposition?

Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’ai été attiré par un phénomène d’évolution des mentalités. Au début du siècle, dans les années 20, circulaient des photos de cartes postales. On y voyait des clichés de jeunes filles de l’Atlas marocain, pris par des photographes que l’on disait orientalistes. Alors qu’en réalité, ces jeunes filles étaient violées. Aujourd’hui, ces photos choquent, le fait de savoir que ces jeunes filles étaient violées a été reçu comme un scandale. Ce qui était normal, voire artistique, il y a près d’un siècle, scandalise aujourd’hui. Je fais le parallèle entre ces photographies et les abus qui aujourd’hui semblent normales au vu des traditions. Il faut également noter que ce sont ces mêmes jeunes filles de l’Atlas qui sont aujourd’hui à la tête des mariages de mineurs et de ce que j’appelle les "viols légalisés".

Les œuvres de cette exposition font actuellement le tour de monde, mais n’ont jamais été exposées au Maroc. Pourquoi?

Les œuvres de 20-21, ont été exposées pour la première fois au Musée des beaux-arts de Cluj, en Roumanie, puis elles ont volé vers la Foundation Building Bridges Art Exchange à Los Angeles, et bientôt elles seront exposées à partir de septembre à Berlin. Mais jamais au Maroc! Malheureusement, les galeries au Maroc sont très frileuses lorsqu’il s’agit de sujets qui ne sont pas très commerciaux et qui en plus établissent une critique de sujets de société. J’aurais aimé présenter mon travail au Maroc, car c’est un sujet qui nous concerne avant tout.

romli

Quelles sont vos sources d’inspirations?

L’actualité est un élément qui m’inspire énormément. Le sujet de la femme est un thème qui me tient beaucoup à cœur. J’essaie de traiter des sujets qui concerne le monde arabo-musulman en partant souvent du Maroc.

Vos deux dernières expositions sont très engagées. Après "Jihad Al-nikah" en 2013, qui traitait de cette pratique médiévale du djihad par le sexe apparu en Syrie, c’est maintenant le mariage et les viols de mineures qui est au cœur de votre inspiration. Avec comme fil conducteur, la femme opprimée dans le monde arabo-musulman. Quel est votre message à travers votre art?

Je crois que la femme dans le monde arabo-musulman a subi beaucoup de pressions et d’injustices depuis des siècles et elle continu encore aujourd’hui à en subir. Je pense qu’il est important que les hommes de nos sociétés se réveillent. Je crois que nous avons beaucoup attendu pour dénoncer toutes ces inégalités et tous ces abus. À un moment, nous n’aurons d’autre choix que de nous réveiller pour faire avancer les choses. Une société, n’importe laquelle, ne peut pas avancer sans l’apport capital que la femme a à lui apporter.

romli

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