Abdeslam Badre, chercheur: "Les jeunes marocains sont conscients de l'importance des sciences"

Publication: Mis à jour:
DR
Abdelsam Badre fait un point sur la situation des sciences au Maroc | DR
Imprimer

ENTRETIEN - Ce 23 juin, Rabat accueille la première édition de la Semaine Africaine des Sciences, une initiative du Next Einstein Forum (NEF). L'objectif: sensibiliser et former les Marocains aux sciences à travers plusieurs activités qui se dérouleront jusqu'au 4 juillet. Abdeslam Badre, docteur spécialiste des sciences sociales, est l'ambassadeur du NEF au Maroc. Entretien.

HuffPost Maroc: Le Maroc a une histoire très longue avec la science...

Abdeslam Badre: Oui, le Maroc a une véritable histoire avec la science. En plus, vous le savez, la première université du monde a été construite à Fès et par une femme. L'idée du Next Einstein Forum et de la Semaine Africaine des Sciences, c'est de trouver le Next (futur) Einstein africain qui, nous l'espérons, sera une femme...

Quelle est la situation des sciences au Maroc?

Il y a deux problèmes au Maroc. Le premier, c'est qu'il y a beaucoup d'activités officielles et individuelles, il y a des institutions qui sont dirigées par l'État, comme les universités et les centres de recherche, mais on n'a pas une vision scientifique globale pour atteindre des buts régionaux, nationaux ou encore internationaux. Il manque une synergie entre les pays et les centres de recherche de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Le travail se fait seulement en individuel alors que la science est un domaine qui a besoin de collaboration.

Quel est le second problème?

Les différentes catégories sociales n'ont pas un accès égal à la science: il y a seulement une petite partie de Marocains qui a la chance et les moyens d'avoir un niveau éducatif intellectuel correct et d'avoir accès à un enseignement scientifique. La majorité des Marocains n'ont pas la possibilité d'avoir accès à la science, il y a un manque d'équilibre.

Le problème vient donc de l'éducation?

Vous le savez, au Maroc, il y a deux types d'écoles: l'école privée et l'école publique. Dans l'école publique, il y a trop de monde, les infrastructures ne sont pas adaptées, la qualité des programmes est à remettre en question. Il y a des classes, par exemple, qui se retrouvent avec plus de 40 étudiants, c'est anti-pédagogique. Les enseignants, aussi, n'ont pas de formations pédagogique et psycho-pédagogique régulières. Les seules opportunités se trouvent dans les écoles de la mission (écoles privées françaises, espagnoles...).

Les Marocains sont-ils en demande de sciences malgré cela?

Les jeunes marocains sont très conscients de l'importance des sciences, même ceux qui n'ont pas la possibilité d'y avoir accès. Après, il y a quand même des différences entre les villes. Par exemple, le niveau social à Rabat est différent de celui dans certaines villes du sud ou du nord du Maroc. C'est pour cela, d'ailleurs, que je voulais faire la Semaine des Sciences dans des petites villes: pour donner l'opportunité à ceux qui n'ont pas accès aux sciences de découvrir notre programme. Mais cette année, c'est la première fois et l'événement de Rabat est un pilote. J'espère pouvoir mettre ça en place l'année prochaine.

Où se place le Maroc par rapport à ses voisins africains dans le domaine scientifique?

Depuis une dizaine d'années, heureusement, le Maroc a commencé à faire des petits mouvements au niveau de la science. C'est pour ça qu'au niveau de l'Afrique du Nord, il se place en troisième position, derrière la Tunisie et l'Égypte. Le problème, comme je l'ai dit, c'est l'école marocaine. On a essayé de réformer trois fois le système éducatif mais ça n'est toujours pas suffisant. Il reste des efforts à faire.

LIRE AUSSI: