Réduire l'aide américaine à la Tunisie est "dangereux" pour les États-Unis affirme une ancienne experte du Département d'État

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TRUMP TUNISIA
JONATHAN ERNST/AFP/Getty Images
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Dans une lettre ouverte publiée sous le titre "Nous avons besoin de la Tunisie pour combattre l'État islamique", Sarah Yerkes, spécialiste de la Tunisie et du Moyen-Orient à la Fondation Carnegie Endowment for International Peace mais également ancienne membre de la section Afrique du nord du département d'État américain, appelle le président américain Donald Trump à revenir sur son projet de réduction d'aide financière à la Tunisie.

"Le projet de réduction d'aide financière à la Tunisie proposé par le président américain Donald Trump représente non seulement un égarement du plan de destruction de Daesh, mais pourrait aussi avoir de graves répercussions sur les américains et leurs alliés. Baisser l'aide militaire à un pays en ligne de front avec Daesh est dangereux et mal avisé" affirme Sarah Yerkes à destination de Donald Trump.

Cette proposition de modifier significativement le budget prévu aux aides des pays étrangers est l'un des aspects "les plus troublants" de la politique étrangère de Donald Trump estime-t-elle.

Ce projet de réduire les aides aux pays étrangers réduirait l'aide bilatérale à la Tunisie de 67% et annulerait l'aide financière militaire en transformant celle-ci en prêt au lieu de subvention.

Les États-unis, qui ont fortement contribué au renforcement de la sécurité en Tunisie depuis la révolution de 2011, ont non seulement fourni l'équipement nécessaire à la police et à l'armée, mais ont également formé les forces de sécurité tunisiennes aux techniques de contre-terrorisme. "Cet appui américano-européen a permis à la Tunisie la construction partielle d'un mur frontalier avec la Libye et de réduire ainsi le passage de la contrebande et de clandestins", note Sarah Yerkes.

En 2015, les "États-unis ont accordé à la Tunisie le statut d'"allié majeur non membre de l'OTAN", un statut qui n'a été accordé qu'à 16 autres pays. Cette action devait renforcer le partenariat sécuritaire entre les États-unis et la Tunisie.

"Bien que la Tunisie ne se soit pas confrontée à une attaque terroriste depuis plus d'un an, le pays reste néanmoins vulnérable face à la menace de Daesh en Libye et celle d'Al Qaida en Algérie" indique Sarah Yerkes, avant d'ajouter un autre problème: "les centaines de djihadistes tunisiens qui sont de retour au pays, un problème que le gouvernement doit gérer mais non sans grandes difficultés".

Mis à part l'aide militaire étrangère, la proposition de l'administration Trump prévoit pour 2018 un budget de 14.6 millions de dollars pour le financement des trois autres activités de soutien sécuritaire étranger, une somme jugée "dérisoire" par Sarah Yerkes.

Par rapport au budget de 2017 qui était de 21.4 millions de dollars cela représente une baisse significative "qui n'arrivera surement pas à assurer les besoins de la Tunisie en matière de sécurité; et considérant les challenges que ce pays doit relever, il est clair que l'appui dont il bénéficie doit se maintenir et non être réduit" rapporte-t-elle.

"L'administration Trump et les législateurs américains devraient se soucier de la stabilité et la sécurité de la Tunisie, non seulement parce qu'elle incarne le succès du printemps arabe, mais aussi car l'instabilité en Tunisie représente un danger direct pour les Américains et leurs alliés en Afrique du nord ainsi qu'en Europe" prévient-elle

En mars 2017, Thomas Waldhauser, commandant en chef du Commandement des États-Unis pour l'Afrique (AFRICOM), a affirmé lors d'une intervention devant le sénat américain, qu'une instabilité en Afrique du nord serait la plus grande menace pour les intérêts américains en Afrique à côté de la menace de Daesh en Libye. "Ce serait donc crucial de maintenir l'aide financière et militaire apportée à la Tunisie, car une diminution du budget aura un impact direct sur les capacités de contre-terrorisme du pays".

"Cette approche que veut entreprendre l'administration Trump concernant la Tunisie sera une erreur qui pourrait finir par coûter au contribuable américain bien plus qu'elle ne rapporte, car la Tunisie qui passe par une crise économique majeure ne serait probablement pas en mesure de rembourser les prêts américains qui lui seront accordés", note Sarah Yerkes rapportant les craintes des responsables du département d'État américain "que le passage aux prêts ne pousse les pays comme la Tunisie à se tourner vers d'autres pays comme la Chine et la Russie pour leurs besoins militaires".

"Tourner le dos à ce pays maintenant envoie un signal pour le moins inquiétant: Vaincre et détruire Daesh est une priorité pour les États-unis avant que quelqu'un d'autre n'en paye la factures", conclut-elle.

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