Al Hoceima: Amnesty International et HRW demandent une enquête sur les cas de violences policières

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NASSER ZEFZAFI
Le leader de la contestation du Rif, Nasser Zefzafi, la 18 mai 2017. | Youssef Boudlal / Reuters
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DROITS HUMAINS - Les ONG Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) ont publié jeudi 22 juin un communiqué commun dans lequel elles appellent les autorités marocaines à faire la lumière sur les allégations de violences policières formulées par le leader de la contestation dans le Rif, Nasser Zefzafi.

"Les autorités marocaines devraient enquêter sur les allégations crédibles de violence policière contre Zefzafi et s'abstenir de déposer plainte contre des personnes qui protestent ou s'expriment de manière pacifique", a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW.

Selon l'ONG de défense des droits humains, Nasser Zefzafi, qui fait partie du groupe d'au moins 127 manifestants et militants emprisonnés depuis le début des manifestations à Al Hoceima, a demandé un examen médical pour dénoncer les abus policiers dont il aurait été victime avant de comparaître devant le procureur le 5 juin.

Mais aucune suite n'a été donnée à sa demande, pour le moment, selon l'un de ses avocats, Abdelaziz Nouaydi. Cela "suscite des inquiétudes quant au respect par le tribunal de son devoir d'enquêter sur les allégations de violence policière", estime HRW.

La police a arrêté Nasser Zefzafi le 29 mai dans un village à environ 50 kilomètres d'Al Hoceima, trois jours après qu'il a interrompu le prêche du vendredi dans une mosquée de la ville.

Vers 6h30 ce jour-là, une douzaine de policiers de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) ont arrêté Zefzafi et deux autres militants, Fahim Ghattas et Mohamed Haki, qui se trouvaient avec lui. Selon la version de l'avocat du leader de la contestation, "la police a brisé des meubles et des fenêtres et a agressé les trois hommes même s'ils n'offraient aucune résistance".

Points de suture

Nasser Zefzafi avait une blessure de 1,5 centimètre sur le crâne, une autre sous l'œil gauche et des bleus sur son dos, selon son avocat. La police aurait, ensuite, insulté les trois hommes dans des termes vulgaires, les pressant de crier "Vive le roi!" et les qualifiant de "séparatistes".

Emmené à Casablanca, Zefzafi aurait reçu des soins médicaux, notamment des points de suture sur le crâne, et la police lui aurait donné des vêtements propres pour remplacer ceux tachés de sang.

Mercredi 21 juin, 22 associations rassemblées dans la Coalition marocaine des instances des droits humains (CMIDH) ont publié un rapport pour dénoncer la "répression" menée contre les manifestants, évoquant des arrestations "abusives" et des "cas de torture".

"Les témoignages que nous avons recueillis montrent que les forces publiques sont intervenues avec une violence exagérée. (...) Des matraques, des bombes lacrymogène et des jets d’eau ont été utilisés", indiquent les membres de la commission dans leur rapport.

"Nous avons appris que certains détenus portaient des traces de tortures dont ils ont été victimes notamment dans les commissariats (…) Le délégué du ministère de la Santé nous a déclaré que l’hôpital préfectoral Mohamed V a reçu 19 détenus pour des soins", précise la commission d’enquête.

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