Sida au Maroc: Plaidoyer pour l'introduction de l'autodépistage

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SIDA - Au Maroc, où le nombre de décès liés au sida est estimé à 900 par an, tout le monde n'a pas accès aux tests de dépistage. C'est le message qu'a voulu faire passer l'Association de lutte contre le sida (ALCS) en organisant, mardi 20 juin à Casablanca, une conférence sur l'accès au dépistage au Maroc.

Pour l'association marocaine, parmi les raisons derrière ce "fossé", il y a la stigmatisation des porteurs du VIH. Le sida est encore associé au Maroc à des "comportements déviants et une contagion très forte", mais pas seulement.

"Il y a un fort manque de confiance vis-à-vis des structures de dépistage et de soins et les personnes rencontrées relatent des rejets fréquents de la part des médecins. La crainte de non-confidentialité et d’être vu devant les lieux de dépistage contribue également à l’éloignement du dépistage", explique l'ALCS dans une note d'information.

Elargir l'offre de dépistage

Mais surtout, pour l'association, c'est l'offre de dépistage qui existe actuellement au Maroc qui ne suffit pas. "Les expériences internationales, les études faites ailleurs et les recommandations des organisations de la santé le disent. Pour faciliter l'accès au dépistage, il faut qu'il y ait non un seul modèle de dépistage, mais plusieurs parce qu'il y a plusieurs types de personnes qui vont avoir recours à une offre ou une autre, selon leur besoins", explique au HuffPost Maroc le professeur Mehdi Karkouri, vice-président de l'ALCS.

L'"offre classique" de dépistage concerne les centres fixes disponibles, soit dans une association comme l'ALCS ou dans un centre de santé public, avec un médecin qui reçoit les patients pendant les horaires de travail. "Mais une grande partie de la population ne peut pas se déplacer ou aller trop loin, soit parce qu'elle n'a pas les moyens ou de peur qu'elle ne soit mal reçue. Cette personne peut être une professionnelle du sexe, un homme qui a des rapports sexuels avec un autre homme ou un injecteur de drogue qui a peur d'être stigmatisé", poursuit le professeur.

Parmi les solutions proposées par l'ALCS pour y remédier: l'instauration du dépistage démédicalisé pour atteindre les "populations clés", soit celles qui sont le plus susceptibles de porter le VIH. C'est l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a émis des recommandations dans ce sens en 2015, pour la formation de prestataires communautaires qui ne sont ni médecins, ni infirmiers.

Un projet pilote sur le dépistage communautaire a d'ailleurs été réalisé par l'ALCS, en partenariat avec le ministère de la Santé, à Agadir, Marrakech, Casablanca et Rabat. L'expérience avait été faite entre juin 2014 et décembre 2015 et ses résultats ont été "extrêmement positifs" selon l'association avec notamment 100% des bénéficiaires qui ont accepté le dépistage réalisé par les agents communautaires.

Aussi, selon l'ALCS, les bénéficiaires se sont sentis plus libres de discuter de leurs pratiques sexuelles avec des conseillers communautaires.

Autodépistage

L'ALCS prône aussi l'introduction des autotests de dépistage au Maroc, comme recommandé également par l'OMS fin 2016. Aujourd'hui, ils sont autorisés pour utilisation, vente et distribution en Belgique, en République tchèque, au Danemark, en Estonie, en France, en Allemagne, en Italie, en Lettonie, à Malte, à Monaco, aux Pays-Bas, au Portugal, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Ils sont également utilisés clandestinement ou de manière informelle dans de nombreux autres pays.

Leur prix varie, lui, entre 3,5 et 40 dollars américains selon les pays. "C'est facile à lire, à manier, on n'a pas besoin d'avoir un laboratoire", explique Mehdi Karkouri.

"Il y a une certaine tranche de la population qui est très informée sur le VIH, qui connait les risques et qui continue pour une raison ou une autre d'en prendre. Cette tranche n'a pas envie d'aller dans un centre de dépistage, d'attendre 15 minutes sur place. La personne pourrait dans ce cas prendre le test et le faire chez elle à la maison, comme un test de grossesse", conclut Pr Mehdi Karkouri. "C'est un moyen d'élargir aussi l'offre de dépistage".

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