Maroc: La "marche des bougies" de la CDT a bien eu lieu

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SYNDICATS - La "Marche des bougies" de la Confédération démocratique du travail (CDT), organisée dans plusieurs villes du Maroc, a finalement été tolérée par les autorités. C'était le cas du moins à Casablanca, où les militants et syndicalistes, chacun avec une bougie à la main, ont commencé à se rassembler vers 22h, peu après la prière d'Al Ichaâ, non loin du siège régional du syndicat à Derb Omar.

Le cortège, qui comptait notamment Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), aux premiers rangs, a démarré environ une heure plus tard en direction de la Place des Nations unies. Les forces de l'ordre étaient présentes mais ne sont pas intervenues.

Le bureau exécutif de la CDT avait, en effet, appelé lundi les sections locales concernées par les décisions d’interdiction à "ne pas renoncer au droit de recourir à toutes les voies du militantisme exprimant les revendications de la CDT, tel que stipulé par la loi". Mardi, ce sont plusieurs dizaines de retraités, syndicalistes et militants qui ont répondu à l'appel.

Si la date choisie rappelle un triste évènement, celui de la mort d'au moins 600 personnes lors de la répression sanglante d'une grève générale contre la hausse des prix des denrées alimentaires, les revendications scandées par les manifestants concernaient plusieurs chantiers dé réforme, à commencer par la retraite.

Salaires, retraites, liberté de grève...

"Nous sortons aujourd'hui pour protester contre la politique gouvernementale de notre pays. Nos revendications concernent l'augmentation des salaires et la revue à la hausse de l'âge de départ à la retraite, entre autres. Les salaires doivent atteindre un minimum de 4.000 dirhams pour que le citoyen puisse avoir une vie digne de ce nom", déplore Hajjar Mohamed, retraité, militant syndical et ancien détenu politique, dans une déclaration au HuffPost Maroc. "Le gouvernement actuel n'est que le prolongement de ceux l'ont précédé, exécutant les recommandations des fonds monétaires internationaux et mettant à mal le pouvoir d'achat du citoyen".

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"Nous sommes là ce soir pour rendre d'abord hommage aux détenus politiques de 1981, mais aussi pour faire entendre nos revendications sociales qui concernent le travail, la santé et l'éducation. Ces revendications étaient déjà exprimées en 1981 et subsistent toujours en 2017", regrette de son côté Amina Khalid, une "citoyenne marocaine" venue apporter son soutien.

Du côté de la CDT, l'heure est grave. "Nous avons une série de revendications urgentes. Parmi elles, la garantie des libertés syndicales, la réintégration des ouvriers licenciés, la suppression de l'article 288 du Code pénal parce que c'est avec cette arme que le patronat attaque souvent les travailleurs, la généralisation du SMIG, l'application de la Moudawana du travail et la fin de la hogra sur la classe ouvrière et le peuple marocain en général", nous déclare Abdelahamid Hassoun, membre de la section locale de Casablanca de la CDT, qui ajoute par ailleurs que "plusieurs autres dossiers" inquiètent également la centrale syndicale marocaine.

Pour répondre à toutes ces revendications, la CDT demande l'instauration d'un "dialogue ouvert" entre les centrales syndicales et le gouvernement .

Soutien total avec le Hirak

"Le dialogue social est inexistant depuis cinq ans maintenant, dans tous les secteurs. Le nouveau gouvernement a exprimé certes ses intentions de le reprendre, mais on attend de l'action", fustige Houair El Alami Khalid, membre du bureau exécutif de la CDT. "Les salaires stagnent depuis 2011, les acquis sociaux sont en danger... Les marches organisées aujourd'hui dans tout le royaume font partie du mouvement de protestation entamé par la CDT il y a plus de six ans. Nos revendications visent en premier lieu les politiques gouvernementales et la corruption qui sévit encore dans les institutions".

La CDT apporte également son soutien au mouvement du Hirak."Nous avons déjà exprimé à plusieurs reprises notre soutien total avec tout le Hirak social, que ce soit dans le Rif ou ailleurs dans le Maroc. Ce sont des revendications légales et compréhensibles. La CDT réclame aussi la libération de tous les détenus interpelées dans le cadre du hirak", a-t-il assuré.

L'article 288 du Code pénal

Est puni de l'emprisonnement d’un mois à deux ans et d'une amende de 200 à 5.000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement, quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses, a amené ou maintenu, tenté d'amener ou de maintenir, une cessation concertée du travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail.

Lorsque les violences, voies de fait, menaces ou manœuvres ont été commises par suite d'un plan concerté, les coupables peuvent être frappés de l'interdiction de séjour pour une durée de deux à cinq ans.

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