Les aspirations des femmes sont-elles les mêmes en Orient et en Occident? Le livre "Décoloniser le féminisme" y répond (VIDÉO)

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Les aspirations des femmes sont-elles identiques partout dans le monde? Existe-t-il une forme d'universalisme féministe? Quelles sont ses caractéristiques? Ses travers? Les réponses à ces questions et bien d'autres font l'objet du livre de la philosophe tunisienne Soumaya Mestriri "Décoloniser le féminisme".

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La philosophe a débattu de son ouvrage lors d'une table ronde organisée par l'association culturelle "Sentiers Massarib" en partenariat avec le Centre d'études de Carthage (VIDÉO CI-DESSUS).

"Décoloniser le féminisme": Quelles significations?

Soumaya Mestriri a commencé par débroussailler le terme "décoloniser", "un terme marketing" mais qui rend compte d'une grande partie du livre, reconnaît-elle.

"Décoloniser, c'est d'abord porter un diagnostic, reconnaître ce qu'il a d'orienté, de subjectif, de particulier dans le féminisme majoritaire 'mainstream', afin de démolir certains préjugés purement construits par ce courant", a-t-elle expliqué.

L'intellectuel pointe de doigt les insuffisances de ce féminisme "élitiste, qui se prétend universaliste mais qui est réellement hégémonique et impérial dans le sens qu'il tend à importer des paradigmes du Nord vers le Sud sans tenir compte de la spécificité de ce dernier".

Soumaya Mestrir décrit ce féminisme comme étant "vertical", "maternaliste" par analogie au paternalisme du patriarcat qu'il dénonce. Il est porté par des féministes qui veulent imposer leurs valeurs à toutes les femmes, croyant qu'elles savent mieux ce qu'il serait le mieux pour elles.

Le véritable féminisme

Le véritable féminisme brisera cette verticalité. "C'est quand on sera capable de voir la différence, de comprendre l'autre. On est toutes des femmes mais on est toutes différentes, on n'est pas obligées de se ressembler, ni de se comprendre entièrement, on a le droit de garder chacune sa part d'ombre. On n'est pas amenées également à se retrouver l'une dans l'autre mais l'essentiel est de se retrouver soi-même".

Le féminisme doit être différentialiste, partant du fait qu'"il y a pas La Femme avec un F majuscule mais des femmes; des noires, des ouvrières, des lesbiennes, etc. Elles subissent toutes une matrice de dominations, avec un s au pluriel, qui se décline différemment suivant les femmes et leurs vécus". À ces dominations, il n'y a pas une solution unique mais des solutions.

La philosophe prône également l'égalité dans la différence. Le but étant de ne pas ressembler à l'homme mais d'être son égal.

Écartant toute tentative s'ostraciser le féminisme occidental, Soumaya Mestiri explique que son entreprise de déconstruction vise autant l'Orient que l'Occident.

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Qu'en-t-il du féminisme en Islam?

La philosophe explique qu'il n'y a pas en Tunisie un féminisme musulman mais "des femmes islamistes uniquement (...) on ne peut pas dire qu'elles sont féministes". Le féminisme musulman est plutôt porté par la diaspora (...) qui tend à déconstruire le texte sacré en faisant une exégèse du texte coranique et parfois des hadiths pour démontrer que contrairement à ce que l'on pouvait croire, ce texte n'est pas patriarcal mais ce sont les interprétations, le fiqh en vigueur à l'époque classique qui a fait croire à ça en le subvertissant".

Et d'ajouter: "Ce féminisme échoue dans sa tâche de s'attaquer aux problèmes réels des femmes croyantes ordinaires, celles-ci sont les cibles des courants islamistes à travers les télés satellites et autres".

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