Entre le mal du pays et l'absence de droits, le calvaire des réfugiés syriens en Tunisie

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REFUGEES SYRIANS TUNISIA
Darrin Zammit Lupi / Reuters
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La communauté syrienne est l'une des plus importantes en Tunisie, a révélé un fonctionnaire du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) au Sud de la Tunisie au HuffPost Tunisie. Ce sont des personnes, parfois des familles entières qui fuient la guerre dans leur pays pour trouver refuge.

Les périples des Syriens pour arriver en Tunisie sont divers entre ceux qui sont entrés depuis la Libye ou l'Algérie et ceux venus légalement mais qui ont élu finalement refuge ici.

Derrière l'ambiance festive de la fête en leur honneur, organisée par le HCR et ses partenaires à l'occasion de la Journée mondiale du réfugié, se cache une réalité morose pour beaucoup. Entre l'envie palpable d'enterrer le deuil sur les airs des chansons orientales et les pas de danse du dabke et les séquelles de la souffrance sur les visages, le fossé est grand.

Autour de l'une des tables se sont rassemblés quelques hommes. À la question autour de leur situation en Tunisie, certains d'entre eux se montrent gênés. Réticents à prendre la parole, ils laissent parler l'un d'eux, un homme d'une soixantaine d'années. En guise de participation à la discussion, des hochements de tête pour approuver le récit de leur ami ou des sourires ironiques.

Visiblement, certains Syriens ont peur de s'exprimer franchement, préférant s'attarder longuement sur l'accueil bienveillant des Tunisiens, seuls les échanges de regards et les sourires complices pourraient tempérer cette image si parfaite.

Le vieil homme finit tout de même par s'autoriser quelques critiques: "Si on ne travaille pas, comment peut-on vivre", lance-t-il. Et d'ajouter: "On vous accueille chaleureusement un jour, deux, mais après il faut bien trouver une solution pérenne et prendre son autonomie".

Mohamed (pseudonyme), en Tunisie depuis un an, résidant dans la banlieue sud du Tunis, explique les difficultés à trouver du travail, "ne parlons pas de la couverture sociale et autres", déplore-t-il.

"Tout est lié. Obtenir une carte de séjour qui nécessite le cautionnement de l'employeur. Faut-il d'abord en avoir un. Si on veut lancer notre propre projet, il faut aussi la carte de séjour. Je ne critique pas la loi tunisienne, elle a sûrement des raisons d'exister mais elle est compliquée pour nous, surtout pour tout ce qui est relatif à la carte de séjour", a-t-il confié.

Pour Fatma et Ayda (pseudonymes), c'est le déracinement qui leurs fait plus de la peine. "On a beau être bien accueillis, cela ne dissipe pas le sentiment de dépaysement. Par exemple, tu oses moins facilement défendre ton enfant mêlé à une bagarre avec des Tunisiens car tu te sens seul, pas chez toi, pas rassuré pour le faire", raconte Fatma, la cinquantaine, vivant à Sfax depuis quatre années.

Ayda, la quarantaine, s'inquiète du fait qu'elle n'aura plus droit à l'aide financière du Croissant Rouge à partir du mois prochain: "J'ai un loyer à payer et trois enfants à charge, où allons-nous partir?", s'interroge-t-elle alarmée.

L'aide attribuée par le Croissant Rouge varie selon la situation de la famille. Pour Ayda, c'est 250 dinars par mois dont la moitié est consacrée au loyer. Travailler pourrait-il être la solution pour elle? "J'habite dans une zone assez sensible à Kairouan, je ne peux pas sortir travailler et laisser mes filles", explique-t-elle.

Non loin, Souhir et Sawssen (pseudonymes) tiennent, elles, à parler, plutôt à transmettre un message: "il faut réouvrir la zone aérienne entre la Tunisie et la Syrie et rétablir les relations diplomatiques", lancent-elles. Et pour cause, toutes les deux issues du Cham, souhaitent faire venir leurs mères, ce qui leur a été refusé par les autorités tunisiennes jusqu'à maintenant malgré leurs multiples tentatives.

"Cela fait cinq ans que je n'ai pas vu ma mère et j'ai un cancer, je souhaite juste la voir avant de mourir, je ne veux rien d'autre", affirme Souhir, émue. Et d'ajouter: "Je n'ai plus rien au Cham, ma maison a été détruite, j'ai perdu plusieurs membres de ma famille. J'ai laissé là-bas une partie de ma vie, de mon histoire et plus important encore j'ai laissé ma mère. Je ne peux pas aller la voir, c'est tellement dangereux pour moi d'y retourner", a-t-elle renchéri.

Si Souhir, Sawssen et Ayda écartent l'éventualité de revenir en Syrie, d'autres l'espèrent beaucoup comme Mohamed: "Je veux retourner dans mon pays. Je reviendrai sûrement en Tunisie mais en tant que touriste, en meilleur état pour prendre l'air et pas comme maintenant", dit-il. Quant à Fatma, elle ne perd pas espoir de pouvoir revenir en Syrie: "J'ai laissé ma maison et une épicerie, j'aimerais bien les retrouver dès que les choses se calmeront", confie-t-elle.

La Tunisie, un pays qui rejette les réfugiés?

Si la plupart des réfugiés en général souhaitent partir en Europe, "il y a des beaux exemples d'intégration malgrè tout", a nuancé le fonctionnaire du HCR.

Et d'ajouter: "Nous oeuvrons pour une dynamique gouvernementale, collective, notamment culturelle qui tend à intégrer ces gens là afin de bâtir une société inclusive, partant du fait qu'on peut être à leur place. Si un jour la Tunisie, on est en guerre et qu'il y a des Tunisiens persécutés, on sera bien content qu'un pays nous ouvre ses portes".

"Ces réfugiés peuvent créer une dynamique favorable comme lancer leurs projets et par ricochet générer des emplois. Il faut juste un terreau pour pouvoir le faire et ce en ayant leurs droits".

fonctionnaire du HCR évoque l'exemple d'autres pays de la région qui ont su établir cette dynamique et en profiter en insistant sur le fait que la Tunisie a les atouts pour le faire: "La Tunisie a une histoire migratoire et a été longtemps un carrefour de beaucoup de peuples. Cette identité, il faut l'assumer", a-t-il conclu.

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