Le premier iftar de l'histoire de la Maison Blanche a eu lieu en 1805 en l'honneur d'un Tunisien, Sidi Soliman Mellimelli

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Photo d'illustration | Monticello.org
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La première "rupture du jeûne" de l'Histoire de la Maison Blanche a été organisée en l'honneur d'un Tunisien et ce en décembre 1805.

Le président américain de l'époque, Thomas Jefferson avait, début décembre, invité une poignée de politiciens pour un dîner à la Maison-Blanche. Chose qui était rare, ce dernier ayant l'habitude d'organiser des diners d'affaires avec certains députés qui commençaient généralement à 15h30, rapporte le Washington Post.

Mais le dîner prévu pour le 09 décembre 1805 était différent. En effet, "le dîner sera à table précisément au coucher du soleil" stipulait l'invitation.

Pourquoi donc Thomas Jefferson a-t-il changé ses habitudes?

La raison se trouve être la présence d'un envoyé spécial tunisien aux États-Unis, Sidi Soliman Mellimelli, qui était arrivé au pays de l'Oncle Sam une semaine auparavant, au milieu du conflit que menait alors l'Amérique avec les pays de ce qu'on appelait "la côte des Barbaresques", qui représente aujourd'hui le Maghreb.

En effet, Sidi Soliman Mellimelli pratiquait le jeûne durant le mois saint de Ramadan, et Thomas Jefferson par respect pour son hôte retarda le dîner à l'heure du coucher du soleil, moment auquel les musulmans sont appelés à rompre le jeûne.

Cette décision de Thomas Jefferson est rentrée dans la postérité, certains historiens la qualifiant de premier iftar de l'histoire de la Maison Blanche. D'autres voient même la décision d'organiser des iftars à la Maison Blanche (comme le veux la tradition à la Maison Blanche depuis une vingtaine d'années) comme un hommage à la liberté religieuse chère au Père Fondateur rapporte le Wahsington Post.

Jefferson était-il au courant que Mellimelli jeûnait?

La question mérite d'être posée. Selon les mémoires de John Quincy Adams, 6eme président des États-Unis, invité ce jour là: "J'ai dîné chez le président, en compagnie de l'ambassadeur de Tunisie et de ses deux secrétaires" note-t-il avant d'ajouter: "Sur l'invitation, le dîner devait être sur la table précisément au coucher du soleil - on est au milieu du Ramadan, pendant lequel les Turcs jeûnes lorsque le soleil est au-dessus de l'horizon. Ils ne sont arrivés qu'une demi heure après le coucher du soleil, et immédiatement après avoir salué le président et les personnes présentes, ils ont proposé de se retirer pour fumer une pipe".

Selon le Washington Post, Mellimelli intriguait John Quincy Adams qui dans ses mémoires notait sa différence avec les autres "Turcs", lui qui portait une barbe et sentait le tabac à rosette, alors que ses secrétaires ne portaient que des moustaches.

"Ses manières sont courtoises, mais nous étions tous incapables de converser avec lui, sauf par l'intermédiaire d'un interprète", a écrit Adams.

Que faisait Sidi Soliman Mellimelli aux États-Unis?

Envoyé spécial de Hammouda Pacha, alors Bey de Tunis, Sidi Soliman Mellimelli a été envoyé pour résoudre la crise entre Tunis et les États-Unis après que ces derniers aient capturés des navires tunisiens qui tentaient de passer outre le blocus imposé à la Libye par les États-Unis.

Menaçant les États-Unis de guerre, Hammouda Pacha y a envoyé Sidi Soliman Mellimelli pour négocier la restitution des navires .

Accueilli aux frais des États-Unis, Mellimelli et ses 11 assistants ont logé à Washington, Jefferson pensant que la vente des cadeaux envoyés par le Bey suffiront à les couvrir.

Parmi les revendications de Mellimelli, des "concubines", ce qui fera dire à Jefferson que la paix avec "les barbaresques" était tellement plus importante qu'il pouvait "passer outre le comportement inapproprié (de Mellimelli) et de ces ministres".

Il a même été surnommé "le lion de la saison" dans certaines soirées mondaines de Washington.

Personnage atypique et coloré, il était surpris de la liberté sociale dont jouissaient les femmes aux États-Unis mais également fasciné par les tribus amérindiennes qui y vivaient. Il interrogea un jour des indiens sur leur prophète: Est-ce Mohammed, Moïse ou Jésus? leur demanda-t-il. Quand les indiens lui répondirent qu'il n'en avaient pas, croyant seulement au "Grand Esprit", il les aurait traité de "vils hérétiques".

Le voyage de Mellimelli à Washington prit fin en Mai 1806.

La réception d'une lettre "bizarrement amicale" du Bey fit dire à Thomas Jefferson que le rapport fait par Mellimelli a été jugé favorable par Tunis.

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