J.K. Rowling répond à ceux qui exhument le passé controversé de la mosquée de Finsbury Park, visée par une attaque à Londres

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J.K. Rowling à la première de "Fantastic Beasts and Where to Find Them" à Manhattan, le 10 Novembre 2016. | Andrew Kelly / Reuters
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TERRORISME - Comme si Londres n'avait pas assez souffert ces dernières semaines. La capitale britannique a de nouveau été frappée par une violente attaque dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 juin, après qu'un véhicule a fauché des piétons près d'une mosquée du nord de la ville. Un homme est mort et 10 personnes ont été blessées dans ce que le maire Sadiq Khan a qualifié "d'attaque terroriste".

Le conducteur de la camionnette, âgé de 48 ans, a été interpellé et emmené à l'hôpital pour subir une expertise psychologique.

Les témoins de la scène racontent avoir vu la camionnette "foncer délibérément sur les gens". En pleine période de ramadan, de nombreux pratiquants sortaient de la mosquée aux alentours de minuit après avoir prié dans le cadre de l'Iftar, la rupture du jeûne à la tombée de la nuit. Un responsable de l'anti-terrorisme a indiqué que toutes les victimes étaient musulmanes.

Quelques heures seulement après l'attaque, le passé controversé de la mosquée près de laquelle a eu lieu l'attaque était mis en avant par certains médias et internautes, poussant l'écrivaine J.K. Rowling à réagir sur Twitter.

"Que des médias traditionnels tiennent les victimes pour responsables est dégoûtant. La mosquée de Finsbury Park a gagné une distinction pour son combat contre l'extrémisme"

L'auteure de la saga Harry Potter s'indigne notamment d'un titre du Daily Mail, qui insistait sur le fait que la mosquée est celle où un ancien imam, Abou Hamza, prononçait des prêches enflammés. Comme l'internaute ci-dessous, J. K. Rowling y a vu une forme d'accusation et de culpabilisation des musulmans alors qu'ils sont eux-mêmes les victimes de cet attentat.

"Dégoûtant (même si c'est mis à jour): le Mail en ligne tient les musulmans pour responsables de l'attaque sur des fidèles musulmans devant une mosquée"

Un "travail acharné" contre l'extrémisme

Le titre du Daily Mail n'est pas un cas isolé. Sur les réseaux sociaux, certains commentaires comme celui de Tommy Robinson, cofondateur d'un mouvement d'extrême droite, liaient l'histoire de cette mosquée à l'attaque de la nuit.

"La mosquée où l'attaque a eu lieu ce soir a une longue histoire en ce qui concerne la création de terroristes et jihadistes radicaux et la promotion de la haine et la ségrégation"

La mosquée de Finsbury Park était connue, au début des années 2000, pour être un haut lieu des militants islamistes de Londres qui venaient écouter les prêches d'Abou Hamza. Ce prêcheur d'origine égyptienne a été condamné à la prison à perpétuité en janvier 2015 aux États-Unis pour onze chefs d'inculpation liés à une prise d'otages et pour terrorisme.

En 2002, le Guardian relatait que des extrémistes islamistes s'entraînaient au tir à la Kalachnikov dans la mosquée. Des documents diffusés par Wikileaks la qualifiaient de "foyer" pour les islamistes, dont plus d'une trentaine y seraient passé avant de se rendre en Afghanistan.

La direction de la mosquée, fermée entre 2003 et 2005, a depuis changé. Comme l'indique J.K. Rowling, elle a reçu en 2014 une distinction nationale pour son travail sur le vivre-ensemble et contre l'extrémisme. "Votre travail acharné et vos bons résultats, si précieux dans notre communauté, méritent cette reconnaissance", avait estimé le travailliste Jeremy Corbyn, alors député d'Islington où se trouve la mosquée.

Des lettres de menaces avaient toutefois été reçues par la mosquée après les attentats à Paris en novembre 2015.

Deux poids deux mesures

D'autres commentaires ont fait réagir après l'attaque, à l'instar d'une formule utilisée par le tabloïd The Sun, qualifiant l'attaque visant des musulmans de "revanche".

"Scènes choquantes de l'attaque terroriste menée par revanche la nuit dernière à Finsbury Park"

"Ce n'était PAS une attaque en guise de revanche. Ceux qui étaient à Finsbury Park n'avaient rien à voir avec les précédentes attaques. Ils étaient innocents"

"Qualifier l'attaque de Finsbury Park de 'revanche' implique globalement que n'importe quelle personne allant à la mosquée vous a personnellement attaqué d'une manière ou d'une autre. Ce qui est... vous voyez... stupide."

Certains fidèles interrogés par l'AFP après le drame ont dénoncé la lenteur de la police à qualifier l'attaque de terroriste, estimant qu'il y avait deux poids deux mesures. "Les terroristes n'ont pas de couleur, ils n'ont pas de religion, ils ne font partie d'aucune communauté", a estimé l'un d'eux, Adnan Rashid. "Ils ont un état d'esprit, celui de tuer des gens, c'est aussi simple que ça", a-t-il dit.

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