Détenus d'Al Hoceima: "Ce n'est pas le moment d'entamer une grève de la faim", clame Mohamed Ziane (ENTRETIEN)

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ME MOHAMED ZIANE
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JUSTICE - Ancien ministre des Droits de l'Homme, Me Mohamed Ziane, avocat au barreau de Rabat, assure la défense de plusieurs détenus membres du mouvement populaire du Rif. Parmi ses clients, Nasser Zefzafi et son cousin Mourad Zefzafi qui a écopé, mercredi, d’une peine de 18 mois de prison ferme, à l’issue d’un procès marathonien au tribunal de première instance d’Al Hoceima. Dans cette interview, Me Ziane livre ses impressions, ses constatations, mais aussi ses craintes quant à l’évolution que pourrait connaître la situation dans la région.

HuffPost Maroc: Vous avez assisté au procès des 32 détenus, mercredi, au tribunal de première instance d’Al Hoceima, puisque vous y assuriez la défense de Mourad Zefzafi. Comment avez-vous vécu ce procès?

Me Mohamed Ziane: Je me suis senti comme dupé. Le procès s’était ouvert mercredi dans l’après-midi. Une trentaine d’avocats y ont assisté et un millier d’autres se sont inscrits à la défense. Un juge unique devait statuer et au fur et à mesure que se prolongeait le procès, je me disais que la fin serait vraisemblablement une relaxe pour l’ensemble. En fait, c’était une erreur de ma part. Mon client fait partie des 25 condamnés à la prison ferme. Il a écopé de 18 mois de prison ferme.

Que pensez-vous des sentences?

Pour ces jeunes entre 18 et 25 ans, il est certain, pour moi, que le caractère moral de l’infraction n’existe pas. De 15 jours à 3 mois de prison au maximum, ce sont les peines qui auraient été prononcées dans ces cas-là dans d’autres pays. On ne peut les inculper que de trouble à l’ordre public, mais pas de rébellion! C’est trop et ce verdict est contre le droit naturel. Je n’encourage pas un quelconque délit, mais je constate seulement que les inculpations dépassent la réalité.

Avez-vous constaté des cas de tortures?

Il y a eu usage de violence, mais pas de torture. Il est certain, pour moi, que la violence physique et verbale a été utilisée à l’arrestation, au transfert, dans les commissariats et au cours des interrogatoires à l’encontre des détenus. Déjà au cours de l’instruction, mon client Mourad Zefzafi est arrivé à l’audition avec les paupières fermées. Et au procès, il avait encore du mal à ouvrir son œil gauche. Les traces de tuméfaction sont bien nettes. Les coups de poings et de pieds, les matraquages et les insultes, ces violences sont inacceptables! Ce sont des comportements d’antan! Le parquet, en constatant l’état de Mourad Zefzafi, au cours du procès, a déposé une plainte contre X pour usage de la violence au cours de la procédure.

Comment se prépare la défense de Nasser Zefzafi?

Je lui ai rendu visite. Nasser Zefzafi a le moral et il attend de s’expliquer. L’instruction de l’affaire reprend la semaine prochaine. Les auditions pourraient probablement avoir lieu au cours des dix premiers jours de juillet. L’affaire tarde parce qu’elle compte une vingtaine de détenus sans compter ceux qui accompagnent Nasser Zefzafi. Et, au fur et à mesure, d’autres dossiers s’ajoutent. Je vais probablement défendre d’autres détenus comme Mohamed Jelloul et Chakir El Makhroute.

Une information circule sur une éventuelle décision des détenus d’Al Hoceima d’observer une grève de la faim. Qu’en est-il réellement?

Non, il n’y a pas de grève de la faim. Ce n’est absolument pas le moment de le faire. Je leur ai déconseillé de le faire. Nous ne sommes qu’au tout début d’un procès et les détenus doivent trouver la foi pour faire face à cette épreuve.

Vous vous déplacez souvent à Al Hoceima, non seulement pour remplir votre devoir d’avocat, mais aussi pour rencontrer les familles des détenus et les jeunes du "Hirak". Comment la situation évolue-t-elle, selon vous?

Chaque soir, de 5 à 6 arrestations ont lieu à Al Hoceima et à Imzouren, toujours pour trouble à l’ordre public et rébellion. La situation va s’envenimer tant que la contestation n’a pas guéri. Je ne dis pas que le gouvernement doit répondre à toutes les revendications des contestataires, mais ouvrir un dialogue avec eux pour élaborer un plan à mettre en place dans la mesure du possible. Le Maroc a appris la leçon du Printemps arabe et a assimilé ses conséquences par des réformes urgentes et nécessaires. Mais dans ce cadre précis, le gouvernement refuse de rencontrer les membres du Hirak parce que pour lui, le Hirak n’existe pas structurellement même si sa présence est latente et patente. Le gouvernement refuse de reconnaître le Hirak.

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