Initiative civile pour le Rif: "La libération des détenus est une condition pour instaurer la confiance à Al Hoceima"

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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DROITS DE L'HOMME - "Les verdicts sont très lourds". À l’unanimité, une vingtaine de militants des droits de l’Homme dénonce les verdicts prononcés, hier soir, par le tribunal de première instance d’Al Hoceima à l’encontre de 32 prévenus, dans le cadre des manifestations que la ville a connu ces sept derniers mois.

À l’occasion d’une conférence de presse organisée par ces militants, ce jeudi à Rabat, pour présenter l’aboutissement de "l’Initiative civile pour le Rif" qu’ils ont lancée début juin, ils ont tenu à réitérer leur revendication pour la libération de tous les détenus. "Nous ne cesserons jamais d’appeler à la libération des détenus et au retrait des charges qui pèsent contre eux", déclare le militant et universitaire Jamal Bendahman, en réponse à une question du HuffPost Maroc.

25 des 32 accusés ont été condamnés à 18 mois de prison ferme, tandis que 3 ont écopé de 6 mois de prison avec sursis et 4 autres de deux mois de prison avec sursis. "Pour que la tension baisse, il faut libérer les détenus pour redonner confiance au citoyen. Le retour à la normale ne peut alors se faire que progressivement", précise Abdesslam Boutayeb, président du Centre de la mémoire commune pour la démocratie et la paix.

Après avoir effectué une visite à Al Hoceima du 5 au 8 juin, et rencontré les différentes parties dans le cadre de "l’Initiative civile pour le Rif", ces militants ont établi une certitude: la confiance du citoyen en l’État doit absolument être reconquise. "Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti, dont les infrastructures routières assurant notamment le lien avec Taounat. Al Hoceima ressemble à une île isolée", souligne Mohamed Nachnach, coordinateur et porte-parole de l’Initiative.

Que revendiquent les protestataires?

En plus de la libération des détenus, les protestataires estiment urgent la création d’opportunités d’emploi notamment par la création d’une zone franche industrielle, l’appui aux coopératives locales et la réhabilitation de la pêche artisanale. Pour ces militants des droits de l’Hommes, qui ont recueilli près de 20 revendications qualifiées d’ "urgentes" auprès des protestataires, l’heure est venue, pour le gouvernement, de les prendre en considération.

Vis-à-vis de l’Etat, l’Initiative recommande ainsi de "concrétiser les revendications prioritaires" notamment celle liées à l’enseignement, à l’emploi et à la santé. "Il faut arrêter de lancer des accusations infondées contre le mouvement (…) et traiter les revendications comme dans le cadre d’un droit légal", cite Jamal Bendahman en donnant lecture aux recommandations de "l’Initiative civile pour le Rif". Parmi celles-ci figurent également la nécessité d’ouvrir un dialogue entre les représentants du gouvernement, les membres du mouvement de protestation, les acteurs associatifs et les élus de la région. Le but de ce dialogue sera d’élaborer "une feuille de route prenant en compte les programme Al Hoceima Manarat Al Moutawassit" et dans laquelle seront consignés "des engagements concrets".

Ces militants des droits de l’Homme proposent également la création d’un "fonds d’appui d’urgence au profit de la région du Rif" et de mettre en place des projets de reconnaissance de la mémoire collective. A titre d’exemple: la création d’un centre de recherche Abdelkarim El Khattabi.

Par ailleurs, ces militants des droits de l’Hommes appellent les médias à "accomplir leur devoir de contribuer à créer un débat ciblé vers des sujets que partage le pays" et d’éviter "le vocabulaire de la différence dont les conséquences sont néfastes".

Un site pour répondre aux revendications

Pour mieux faire connaitre leur Initiative, ces militants ont aussi lancé une plateforme web. Sur "www.mobadara-rif.ma", ces militants proposent d’assurer le suivi de 41 revendications recueillies auprès des membres du mouvement par le moyen d’une "méthode scientifique et objective" basée sur les déductions auxquelles a abouti l’Initiative. À travers ce site, le degré de réponses favorables apportées par le gouvernement aux revendications formulées est également évalué sous forme de pourcentages.

La défense des détenus pose problème

L’universitaire Mostapha Moâtassim, membre de "l’Initiative civile pour le Rif" a attiré l’attention sur "la mauvaise organisation des avocats de la défense". Pour lui, ils sont de plus en plus nombreux à venir représenter les détenus au point où cela commence à poser des problèmes. "Ils font tous des déclarations et certains se contredisent alors qu’ils représentent le même détenu", regrette-t-il. Et de préciser qu’il est urgent de mettre en place une "stratégie de défense" et de désigner "un noyau dur" et un porte-parole pour mieux communiquer sans que cela ne devienne polémique. "C’est une affaire que suit l’opinion publique", tient-il à rappeler.
Quant aux éventuels cas de torture, Moâtassim affirme que 16 cas ont été dénoncés parmi lesquels figure Zefzafi. "Il ne faut pas confondre torture et traitement portant atteinte à la dignité", insistent ces militants des droits de l’Homme, précisant que des enquêtes seront effectuées par le parquet contre toute suspicion de torture.

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