Le Maroc veut poursuivre ses efforts de budgétisation en vue de réduire les inégalités hommes-femmes

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Rafael Marchante / Reuters
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ÉCONOMIE - En 2002, le Maroc mettait pour la première fois en œuvre une initiative de budgétisation sensible au genre. Une première action "qui a mis trop de temps à être appliquée et a été diluée au fil du temps", a constaté le directeur du Budget au ministère de l'Économie et des Finances, Fouzi Lekjaa, lors d'une réunion à Rabat sur la question. Mais depuis 2016 et le vote de la loi organique sur le budget, un coup d'accélérateur a été accordé à cette initiative.

Ce mardi 13 juin, le ministère de l'Économie et des Finances, en collaboration avec ONU Femmes, a organisé une réunion avec les secrétaires généraux de plusieurs ministères. Le but: leur présenter les initiatives qui seront prochainement mises en place par le Centre de l'excellence pour la budgétisation sensible au genre (BSG). Créé en 2013 au sein du ministère de l'Économie et des Finances, ce centre "est une plateforme de développement d'expertise, de gestion des connaissances et de mise en relation des différents intervenants dans le domaine de la BSG à l'échelle nationale, régionale et mondiale."

"Il faut éviter la logique du slogan et du 'faire semblant', ça ne tiendra pas la route. On a assez perdu de temps. La loi organique arrive cette année, avec des axes, et il ne nous restera que deux ans pour boucler l'initiative. La finalité de tout cela est de chercher l'approche la plus efficace", a expliqué M. Lekjaa à une assemblée de directeurs généraux issus d'un dizaine de ministères.

onu femmes

"On ne va pas réinventer la roue. Il y a une expérience internationale, des initiatives nationales et des ministères qui ont travaillé dessus depuis une dizaine d'années. L'idée est d'initier un procédé continu de travail en s'appuyant sur tous ces atouts", a ajouté le directeur du Budget, devant une table composée en grande majorité d'hommes. Un détail qui n'a échappé à personne. "On parle du nombre faible de femmes à des postes de direction, il suffit de voir autour de cette table", a souligné M. Lekjaa.

À l'occasion de cette réunion, nous avons interrogé Nadia Benali, directrice nationale du Centre d'excellence de la budgétisation sensible au genre, pour revenir sur le rôle de ce centre, sur la définition de la budgétisation sensible au genre et comprendre pourquoi cette initiative, lancée en 2002, n'a pris effet qu'en 2016.

HuffPost Maroc: Que représente concrètement cette budgétisation sensible au genre?

Nadia Benali: La budgétisation sensible au genre est un ensemble de techniques qui a pour objectif de produire des données statistiques et budgétaires fournissant un état des lieux pour le financement de l'égalité entre les sexes. Cela ne rentre pas seulement dans le cadre des relations hommes-femmes, mais également dans celui de toutes les catégories sociales de la population, les enfants, les populations du monde rural ou les personnes en situation difficile.

Cette budgétisation a été intégrée l'an dernier. On a commencé à travailler avec différents départements ministériels comme l'éducation nationale, la formation professionnelle, la culture, la jeunesse, les sports... On en a comptabilisé une dizaine où l'exercice est plus facile car ils sont déjà sensibilisés à la BSG et disposent déjà de données statistiques désagrégées par sexe. Et dans leur propre stratégie sectorielle, la notion de l'égalité entre les sexes est très présente.

Nous avons réparti ces ministères en trois catégories: les départements qui se prêtent à l'exercice, les départements qui s'y prêtent mais avec une difficulté technique et les départements qui se prêtent difficilement à l'exercice BSG.

Quelle sera votre action dans les deux ans à venir?

L'exercice va continuer en 2018 avec beaucoup plus d'approfondissement pour les départements anciens. Nous intégrerons aussi onze nouveaux départements ministériels, qui oeuvrent dans les domaines productifs tels que l'agriculture, la pêche, la justice ou dans le secteur lié à l'équipement. On va leur montrer les outils et les méthodes pour intégrer la BSG et les coacher pour qu'ils nous proposent eux-mêmes des indicateurs et des actions sensibles en genre.

Et on finira en 2019 avec le dernier lot qui est un peu plus compliqué avec des méthodes beaucoup plus approfondies, pour prendre en considération leur spécificité. Ce dernier lot concernera le ministère de l'Intérieur par exemple, le ministère de l'Equipement et du Transport, et le département en charge des Droits de l'homme. On aurait aimé avoir la défense nationale aussi mais pour des raisons de sensibilités, on est en attente.

Pourquoi cette budgétisation lancée en 2002 n'est appliquée que depuis 2016?

C'est le résultat d'une disposition de la loi organique des finances, l'article 39, qui met l'accent sur la nécessité de l'intégration du genre dans les projets, actions et indicateurs. Comme a dit le directeur du Budget, une loi organique a la force d'exécution. Par la force de la loi, nous sommes dans l'obligation de réaliser cette disposition de l'article 39.

Nous avons fait une réforme de la loi organique depuis 2015, dans la progressivité. Nous avons commencé par revoir le budget des départements ministériels, leur donner plus de signification, reproduire la finalité de la création du département ministériel. À partir de 2016, on a été dans l'obligation de retravailler concrètement sur cela. Autre changement important, l'affiliation du centre à la direction de Budget. Avant, il était sous la tutelle d'une autre direction qui se charge des études et qui n'avait pas la force dont dispose la direction du Budget pour concrétiser ce programme, il n'avait ni l'influence ni la technicité. Depuis, ce travail est devenu beaucoup plus facile, et à long terme c'est une action que l'on peut concrétiser.

En 2017, tous les départements ministériels sont passés à une transition de la présentation de leurs budgets et on mis l'accent davantage sur leur performance que sur l'activité quotidienne. Après cette première opération, on est capable de travailler sur différents programmes et déceler là où on a la possibilité d'intégrer le genre à travers un certain nombre d'outils que l'on mettra en place.

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