Le cinéma tunisien, de "l'Orient fantasmé" à la nouvelle vague: Interview de Christophe Tardieu Directeur Général du Centre National du cinéma français

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Soutenir la production cinématographique tunisienne en pleine ébullition était le slogan de l'annonce de la création d’un fonds bilatéral d’aide à la coproduction d’œuvres cinématographiques franco-tunisiennes ou tuniso-françaises. L'annonce a été faite, le 13 juin, à l'institut français de Tunisie, par le directeur général du Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI), Fethi Kharrat et son homologue français, Christophe Tardieu, directeur général du Centre National du cinéma et de l’image animée (CNC), en présence de l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor.

"C'est une première pour nous Français", a affirmé Olivier Poivre d’Arvor. Et d'ajouter: "Le fonds acte la présence d'une communauté de talents formidable entre les deux rives de la méditerranée". Il a exprimé toutefois son inquiétude face à l'annonce du directeur des JCC, Néjib Ayed, concernant "le retour aux fondamentaux" du festival et "sa focalisation sur le cinéma du sud". "Le cinéma français et européen en général n'est pas étranger au Maghreb, il n'y a qu'à voir l'intensité des échanges entre nous. Une telle déclaration ne rend pas compte de la réalité de nos liens", a-t-il signalé.

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Les détails de nouveau partenariat ont été délivrés devant un parterre composé de plusieurs figures du cinéma tunisien à l'instar de l'actrice et productrice Anissa Daoud, les réalisateurs Hinde Boujemaa, Mounir Baaziz ou encore Mourad Ben Cheikh, le directeur photo Amine Messaadi, le producteur Habib Attia, et de bien d'autres. Beaucoup d'entre eux ont exprimé à cette occasion leur enthousiasme pour ce nouveau puits de drainage du cinéma tunisien face à l'assèchement des ressources dû à l'entrée en compétition pour l'octroi des fonds étrangers -français en l'occurrence- d'autres industries cinématographiques maghrébines et africaines.

L'occasion pour le HuffPost Tunisie de revenir avec Christophe Tardieu, directeur général du Centre National du cinéma et de l’image animée (CNC) sur ce fonds mais également son optimisme vis-à-vis du cinéma tunisien. Interview.

Le cinéma tunisien garde une place de prédilection pour les Français a assuré Christophe Tardieu, au HuffPost Tunisie.

HuffPost Tunisie: Qui pourrait bénéficier de ce fonds?

Christophe Tardieu: Le fonds est destiné aux coproductions de longs-métrages cinématographiques d’une durée égale ou supérieure à 60 minutes. Il est annuellement à hauteur de 460 mille euros (300 de la part des France et 160 de la Tunisie). Le règlement intérieur sera publié très prochainement sur le site du CNC. Une commission composée de trois tunisiens et trois français siègera pour évaluer l'éligibilité des candidatures. À noter que ce fonds ne remplacera pas les autres fonds existants à l'instar de l'aide au cinéma du monde.

Pourquoi la création d'un nouveau fonds?

Nous partageons avec la Tunisie une langue qui véhicule une culture et une communauté de valeurs. Nous tenons à consolider ce qu'on a en commun et qui est porté, entre autres, par le cinéma, un levier essentiel de culture. Ceci fait partie de notre souhait de favoriser le cinéma francophone. La Tunisie en est un pilier important avec d'autres pays comme le Maroc ou certains pays africains.

Le fonds est aussi destiné à encourager cette nouvelle génération qui émerge en Tunisie et qui est prometteuse comme le prouve les nombreux prix reçus par des oeuvres comme "À peine j'ouvre les yeux" de Leila Bouzid ou "Nhabek Hédi" de Mohamed Attia et de bien d'autres.

Qu'est ce qui vous rend aussi optimiste dans votre évaluation du cinéma tunisien?

Ce qui est remarquable chez la nouvelle génération c'est la qualité de l'écriture, sa justesse et son réalisme. Un cinéma qui arrive à parler aux Tunisiens, à peindre leurs contradictions, en phase avec la société, tout en n'étant pas forcément politisé. Cette génération ressemble à la nouvelle vague en France.

Certains considèrent que la dépendance aux bailleurs de fonds étrangers influence l'oeuvre cinématographique, dans le sens où les réalisateurs tunisiens surfent sur le regard exotique de l'étranger sur la Tunisie afin de plaire au marché étranger. La conséquence: le cinéma tunisien a été cantonné longtemps dans les faubourgs de la médina et traitant des sujets bien déterminés. Qu'en pensez-vous?

Sans vouloir porter de jugement sur le travail de l'ancienne génération de réalisateurs tunisiens, il est vrai qu'il y a eu pendant longtemps un engouement pour cet Orient fantasmé. Le fait que nous apprécions actuellement le réalisme de certains réalisateurs tunisiens prouvent que les choses évoluent à ce niveau.

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