Les 10 enjeux de la visite d'Emmanuel Macron au Maroc

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EMMANUEL MACRON
Philippe Wojazer / Reuters
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VISITE PRÉSIDENTIELLE - Pour son premier déplacement au Maghreb, Emmanuel Macron se rend au Maroc. Il rompt ainsi avec la tradition de ses prédécesseurs qui choisissaient l'Algérie pour leur premier voyage dans un pays maghrébin. Une visite "personnelle", et non officielle, qui intervient un peu plus d'un mois après son arrivée à l'Élysée.

Le président français atterrit ce mercredi après-midi à Rabat, où il sera reçu avec sa femme Brigitte par le roi Mohammed VI. Invité au palais des hôtes royaux, il partagera un ftour avec le souverain mercredi soir, après avoir donné une conférence de presse. Le chef de l'Etat effectue une visite express, puisqu'il rentre jeudi matin en France. Voici dix enjeux à retenir avant ce déplacement.

1. Ne pas froisser l'Algérie

Contrairement à François Hollande et Nicolas Sarkozy qui avaient choisi Alger comme première destination maghrébine de leur quinquennat, le nouveau président français se rend cette fois au Maroc. Pour ne pas froisser l'Algérie, avec qui la France entretient des liens historiquement forts mais tendus, Emmanuel Macron a d'ores et déjà annoncé qu'il se rendrait "dans les toutes prochaines semaines" à Alger pour rendre visite au président Abdelaziz Bouteflika. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron était déjà allé en Tunisie et en Algérie, mais n'avait pas pu se rendre au Maroc, faute de timing. Il avait alors promis de s'y rendre dès le début de son mandat s'il venait à être élu. C'est désormais chose faite.

2. Lutter contre le terrorisme

Bien que le président français ne vienne pas accompagné d'une délégation d'officiels puisqu'il s'agit d'une visite "d'amitié", il devrait sans aucun doute évoquer avec le roi Mohammed VI certains dossiers d'importance, comme la lutte contre le terrorisme. Le Maroc est en effet l'un des partenaires-clés de la France en la matière. Depuis la vague d'attentats qui a frappé l'Hexagone en 2015, les services de renseignement du royaume ont permis à plusieurs reprises de mettre la main sur des membres de réseaux terroristes opérant entre la France et le Maroc. La France a donc tout à gagner à renforcer sa coopération avec son traditionnel allié marocain, qui se positionne également dans la sécurisation de la région du Sahel.

3. Renforcer le partenariat entre la France et l'Afrique

Alors que le Maroc a retrouvé son siège au sein de l'Union africaine (UA) au mois de janvier, et qu'il agit tous azimuts pour renforcer sa présence sur le continent africain, la France pourra désormais compter sur son soutien pour accélérer le "grand partenariat avec l'Afrique" promis par Emmanuel Macron pendant sa campagne. "Il est de notre intérêt d’écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique. C’est pourquoi je veux établir un partenariat ambitieux entre la France, l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique qui renforce nos intérêts mutuels dans tous les domaines: climat, commerce, emploi, innovation, mais aussi sécurité et stabilité", confiait le président français au journal Le Monde pendant sa campagne. Le Maroc pourrait servir de tremplin stratégique pour la France dans la mise en place de ce nouveau partenariat.

4. Eclaircir sa position pour les législatives françaises

La visite d'Emmanuel Macron intervient quelques jours avant le deuxième tour des élections législatives françaises, qui aura lieu le 18 juin. Or, deux candidats se réclamant du mouvement "En Marche!", fondé par le président, sont arrivés en tête au premier tour dans la 9e circonscription des Français de l'étranger, qui englobe le Maroc: le Franco-marocain M'jid El Guerrab et la Franco-algérienne Leila Aïchi. Pour les 50.000 Français vivant sur le territoire marocain, le président devra donc éclaircir sa position concernant ces deux candidats qui courent chacun sous la casquette de la majorité présidentielle.

5. Répondre à la question épineuse de la liberté de la presse

L'une des questions qui sera probablement posée par les journalistes au président français lors de la conférence de presse sera celle de la liberté des médias étrangers, et notamment français, au Maroc. La visite d'Emmanuel Macron intervient en effet au lendemain de l'interdiction de tournage d'une émission de France 24 à Rabat, officiellement pour absence d'autorisation. Au sein de la rédaction de la chaîne publique française, on évoque plutôt une interdiction compte tenu d'une couverture des événements du Rif jugée partiale par le ministère de la Communication.

6. Parfaire la coopération économique

S'il ne devrait pas assister au lancement des travaux de la nouvelle usine PSA - Peugeot Citroën prévu jeudi à Kenitra, le président français pourrait profiter de son passage au Maroc pour évoquer les récents investissements français dans le royaume. Après l'usine de Renault à Tanger, l'annonce de l'implantation du constructeur automobile français PSA à Kenitra avait en effet été saluée par Emmanuel Macron en 2015, lorsqu'il était ministre de l'Economie sous la présidence Hollande. "C'est bon pour le Maroc et pour la France", avait-il écrit sur Twitter. A noter que la France est le premier investisseur au Maroc. Le royaume est aussi la première destination des investissements français sur le continent africain.

7. Faire converger les points de vue autour de la crise du Golfe

À l'instar du Maroc, la France a appelé "à l'apaisement" dans le Golfe après la mise au ban, la semaine dernière, du Qatar par l'Arabie saoudite, le Bahrein, les Emirats arabes unis et l'Egypte pour "financement du terrorisme". Le président français pourrait évoquer avec le roi Mohammed VI les tentatives de dialogue avec les pays du Golfe. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, est en effet en pleine médiation auprès de responsables koweitiens, émiratis et saoudiens à qui il a remis des messages royaux. De leur côté, Emmanuel Macron et son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, ont également eu des entretiens avec les représentants des pays du Golfe. Le Maroc, en tant que partenaire privilégié des pays du Conseil de coopération du golfe (CCG), pourrait ainsi avoir une carte à jouer dans cette crise.

8. Répondre à la lettre ouverte sur l'affaire des réfugiés syriens

À la veille de sa venue au Maroc, des dizaines d'associations maghrébines, mais aussi une trentaine de personnalités de tous bords, de France et du Maghreb, ont écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron afin de l'alerter, entre autres, sur l'affaire des réfugiés syriens coincés depuis deux mois à la frontière entre le Maroc et l'Algérie. "Votre prochaine visite au Maroc peut être une occasion pour faire part aux plus hautes autorités de cet État des inquiétudes et préoccupations quant aux atteintes aux libertés fondamentales et au manque de respect des conventions internationales", écrivent les auteurs de la lettre. Un sujet éminemment sensible, puisque le Maroc et l'Algérie se renvoient la balle sur leur responsabilité dans cette affaire.

9. Se positionner sur le Sahara

L'une des questions qui revient à chaque visite d'un chef d'Etat étranger au Maroc est bien entendu celle du Sahara. Emmanuel Macron, qui doit se rendre bientôt en Algérie, devrait sans aucun doute réitérer la position officielle de la France sur cette question, à savoir celle du soutien à l'initiative de l'ONU qui prévoit la relance des pourparlers et le soutien au plan d'autonomie renforcée. Rappelons que lors de la campagne pour les élections législatives, le mouvement En Marche! avait investi dans un premier temps la candidate franco-algérienne Leila Aïchi pour la 9e circonscription des Français de l'étranger, mais l'a finalement retirée de sa liste officielle après la fuite dans la presse de ses positions pro-Polisario.

10. Renforcer les liens éducatifs et culturels

La visite d'Emmanuel Macron intervient également à un moment où les échanges culturels et éducatifs entre les deux pays sont au beau fixe. Ouverture de campus de grandes écoles françaises au Maroc, comme l'ESSEC, lancement d'expositions sur le Maroc en France, forte présence littéraire marocaine lors du Salon du Livre de Paris, ouverture, par le Maroc, d'un institut de formation des imams en France en 2018... Les deux pays vont désormais devoir poursuivre leur coopération culturelle et éducative, à l'heure où la France fait face au défi du repli identitaire et de la hausse des actes anti-musulmans. Du côté des Français du Maroc ayant scolarisé leurs enfants dans des écoles de l'AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger) ou de l'OSUI (Office scolaire universitaire et international), la question du coût des écoles françaises et les problèmes d'affectation des élèves pourrait bien être remise sur le tapis en cette fin d'année scolaire.

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