Interdiction de tournage au Maroc: France 24 donne sa version des faits

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Le tournage d'une émission de France 24 interdit au Maroc | France 24
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MÉDIAS - Une émission arabophone animée par le journaliste marocain Jamal Boudouma, correspondant pour France 24 au Maroc, a été interdite de tournage vendredi dernier à Rabat. Cette interdiction intervient à la veille du déplacement du président français Emmanuel Macron au Maroc.

Lundi 12 juin, plusieurs médias annonçaient, un peu avec précipitation, l'interdiction faite à la chaîne publique française d'exercer son activité sur le territoire marocain. L'interdiction aurait été transmise verbalement par le directeur en charge des médias au ministère de la Communication, Abdelilah Tahani, au correspondant de France 24. En cause: l'absence de neutralité de l'émission dans la couverture des événements du Rif.

Le département de Mohamed El Aaraj a cependant fait une mise au point lundi soir, indiquant que France 24 n'était pas interdite. Elle "reste une chaîne accréditée au Maroc, avec la présence d'un correspondant sur place". Le tournage de l'émission "Hadith Al Awassim" ("Le Débat des Capitales") a toutefois bien été interdit le 9 juin à cause du "non-respect de la procédure réglementaire", rapportent nos confrères de Médias24.

Dans un communiqué publié mardi 13 juin, France 24 indique que son émission hebdomadaire itinérante en arabe, qui faisait cette semaine étape dans la capitale marocaine comme chaque mois, "a été contrainte d'annuler son tournage, faute d'accréditation". Et cela "malgré la livraison dans l’urgence aux autorités marocaines de tous les documents requis dans le cadre d’une procédure signifiée à l’arrivée des équipes sur place".

"La direction de France 24 n’a à ce jour reçu aucun courrier officiel, ni concernant ce qui semble relever de nouvelles procédures d’autorisation de tournage au Maroc, ni sur un éventuel motif qui aurait conduit à la non-délivrance de l’accréditation", poursuit la chaîne, qui "déplore certaines rumeurs qui se sont propagées autour de ce tournage annulé, et attend les précisions concernant les formalités administratives à accomplir pour éviter qu’un tel incident se reproduise à l’avenir".

La chaîne française rappelle également "son attachement à la liberté de la presse et à sa ligne éditoriale qui vise à délivrer, sur tous les continents, une information honnête et soucieuse de la pluralité des points de vue".

Selon une source proche de la chaîne contactée par le HuffPost Maroc, l'émission "Hadith Al Awassim", qui existe depuis quatre ans, a été interdite de tourner parce qu'un des correspondants d'une société prestataire de la chaîne n'avait pas d'accréditation à jour pour le tournage. "Il avait son accréditation pour 2016, et avait renouvelé sa demande pour 2017, mais celle-ci tardait à arriver", explique-t-il.

Le ministère de la Communication aurait également appelé d'autres prestataires qui gèrent les "lives" de l'émission pour leur dire qu'ils n'avaient pas le droit de tourner. "Les autorités étaient fâchées avec la couverture des événements du Rif. Pourtant, l'émission était très équilibrée: parmi les invités figuraient Salah El Ouadie, médiateur officieux dans la crise d'Al Hoceima, un journaliste d'Al Massae, un avocat des détenus, et le politologue Abderrahim Manar Slimi, plutôt proche des autorités", poursuit notre source. "On a l'impression que le ministère de la Communication trouve des prétextes pour empêcher l'émission de tourner".

Ce n'est pas la première fois que l'émission de Jamal Boudouma est au coeur d'une polémique. En janvier 2015, les autorités marocaines avaient bloqué l'équipe du journaliste qui tournait dans un hôtel de Rabat un sujet sur l'humour satirique, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo.

La chaîne avait été sommée de donner l'enregistrement de l'émission aux autorités avant sa diffusion qui intervenait en pleine crise diplomatique et judiciaire entre le Maroc et la France.

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