Lettre ouverte à Emmanuel Macron avant sa visite au Maroc

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MACRON JUNE 2017
Philippe Wojazer / Reuters
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POLITIQUE - À la veille de la visite d'Emmanuel Macron au Maroc, plusieurs associations et personnalités de la société civile française ont adressé une lettre ouverte au président français.

"À l'occasion de votre visite officielle prévue au Maroc les 14 et 15 juin 2017, nous souhaitons attirer votre attention sur deux questions urgentes auxquelles ce pays est confronté: d'une part, la situation de réfugiés syriens bloqués à la frontière algéro-marocaine ; d'autre part, la répression dont est victime le mouvement social pacifique au Rif, dans le nord du pays", expliquent les auteurs de cette lettre publiée mardi par le journal français l'Humanité.

"Situation dramatique"

Des réfugiés syriens, dont des enfants, sont en effet bloqués à la frontière près de Figuig, depuis le 17 avril dernier. Ils vivent "des conditions extrêmement difficiles" et sont "soumis à des attaques de serpents et de scorpions la nuit", déplore-t-on dans la lettre. "Si certaines personnes semblent avoir quitté la zone, nous vous alertons sur les arrestations qui s'en sont suivies et le renvoi de certaines personnes dans la zone frontalière, y compris une fois leur inscription faite auprès du bureau du HCR au Maroc – ce qui constitue un cas flagrant de refoulement".

Le Maroc et l’Algérie sont pourtant signataires de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés, soulignent les auteurs de la lettre. "En abandonnant depuis plus de sept semaines ces personnes à leur sort, elles se rendent coupables de non-assistance à personnes en danger. Cette situation dramatique n'a que trop duré, et ce, au mépris des plus élémentaires droits humains".

Les associations et personnalités signataires estiment ainsi que "ces réfugiés sont non seulement victimes d'une guerre civile atroce, mais se retrouvent face à un cynisme d'Etat qui les dépasse".

"Vague de répression"

La lettre veut également attirer l'attention du président français sur le mouvement de protestation que connait le Rif depuis plusieurs semaines. "Depuis vendredi 26 mai 2017, une vague de répression, accompagnée par des arrestations massives, s’est abattue sur la ville d’Al Hoceima, puis s’est étendue à d'autres agglomérations du Rif. Ces derniers jours, l’élan de solidarité et de contestation touche toutes les régions du Maroc, où des manifestations pacifiques sont dispersées voire empêchées avec violence".

Le gouvernement marocain "a répondu par le refus de tout dialogue avec les représentants de ce mouvement, voire il a poursuivi et arrêté ses leaders avec plusieurs chefs d'inculpation, dont celui d'atteinte à la sécurité intérieure de l'État", souligne-t-on.

Pour les auteurs de la lettre, la France "pays de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ne peut rester spectatrice de ce déni de droit à l'expression pacifique des populations du Nord comme celles d'autres régions du Maroc".

"Votre prochaine visite au Maroc peut être une occasion pour faire part aux plus hautes autorités de cet État des inquiétudes et préoccupations quant aux atteintes aux libertés fondamentales et au manque de respect des conventions internationales", conclut la lettre qui compte parmi les premiers signataires 25 associations, dont l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), l'Association des Marocains en France (AMF), le Collectif international des sans-papiers migrants (CISPM), l'Association pour la taxation des transactions financière et pour l’action citoyenne (ATTAC), ou encore des associations tunisiennes et algériennes à l'instar du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), ou de Massira, collectif citoyen de soutien aux luttes sociales et démocratiques en Algérie.

Une trentaine de personnalité de tous bords a également rejoint cette lettre ouverte, dont l'évêque français Jacques Gaillot, le poète marocain Abdellatif Laabi, la philosophe marocaine Nadia Tazi, l'essayiste tunisienne Raja Ben Slama, le militant tunisien des droits humains Kamel Jendoubi.

Emmanuel Macron devrait rencontrer mercredi 14 juin le roi Mohammed VI au Maroc, pour une première prise de contact. Une rencontre "simple, rapide et dont le seul objectif est de permettre aux deux chefs d’État de faire connaissance", ont résumé les conseillers du président français dans un briefing à la presse. Emmanuel Macron sera ainsi reçu par le souverain au palais de Rabat, avant de le retrouver le soir pour un ftour donné en son honneur juste après une conférence de presse qui se tiendra en fin de journée. Le président français repartira le lendemain, jeudi 15 juin, dans la matinée.

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