La presse papier marocaine est-elle en danger?

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MÉDIAS - La presse écrite marocaine, une petite entreprise qui connaît la crise? C'est ce que semble indiquer les derniers chiffres de l'Office de justification de la diffusion (OJD), qui confirme la tendance: la diffusion des journaux papiers au Maroc baisse progressivement depuis le début des années 2010.

Une chute qui impacte davantage les journaux arabophones, même s'ils restent les plus lus dans le royaume. Ainsi, un quotidien comme Al Massae, un des journaux les plus lus au Maroc, est passé de 113.000 journaux diffusés en 2010 à un peu plus de 47.000 en 2015, soit une perte de presque 60% du lectorat. Assabah également est passé de 60.000 journaux diffusés en 2010 à 32.000 en 2016, soit une baisse de presque 50%.

La concurrence du web

Pour la directrice de l'OJD Asmae Hassani, la principale raison de cette baisse est "la concurrence des journaux électroniques". "À mon sens, ces derniers bénéficient de deux avantages concurrentiels décisifs: d'abord, ils proposent généralement des contenus gratuits - à l'exception du Desk - et les contenus sont proposés en temps et en heure".

En effet, l'année 2010, qui a vu le début de la chute du lectorat des journaux papiers, coïncide avec l'émergence au Maroc de la presse électronique avec la création de journaux en ligne comme Hespress, qui réunit tous les jours 1,5 million de lecteurs.

"Bien sûr, les 1,5 millions de lecteurs de Hespress ne proviennent pas tous du Maroc. Toujours est-il que si l'on considère la période ayant fait suite à l'entrée en fonction de l'OJD au Maroc, aucun titre marocain n'a jamais connu un tel éclat", explique Asmae Hassani. Des chiffres jamais égalés par aucun quotidien marocain.

Les journaux francophones accusent le coup

Du côté de la presse francophone, les baisses enregistrées sont moins importantes. En témoigne la diffusion de titres comme Aujourd'hui le Maroc, parti de 7.700 journaux diffusés en 2010, à 2.000 seulement en 2013, avant de repartir à la hausse pour atteindre aujourd'hui plus de 5.000 journaux diffusés.

Une stagnation qui s'explique notamment par le fait que le lectorat marocain de ces journaux est bien moins important que celui des journaux arabophones: "le lectorat est aujourd'hui majoritairement arabophone", précise la directrice de l'OJD. Certains titres de la presse francophone voient néanmoins le nombre de leurs lecteurs augmenter, comme l'hebdomadaire La Vie Eco, qui est passé de 15.600 journaux diffusés en 2010 à 16.000 aujourd'hui, après une légère baisse au cours de la décennie.

L'Officiel a également vu une légère augmentation de sa diffusion, de même que Version Homme qui a connu une augmentation de 4,3%. Asmae Hassani explique cela par le fait que "les titres de presse magazine à centre d’intérêt résistent mieux". Autrement dit, les médias de niche s'en tirent à meilleur compte.

Le journal accusant une des baisses les plus importantes reste l'hebdomadaire TelQuel, qui a perdu presque la moitié de son lectorat de 2010 (il est passé de 20.000 magazines diffusés à 9.300 en 2016), ainsi que Maroc Hebdo, dont la diffusion totale est passée de 9.500 à 4.500 sur la même période, également victime de la concurrence des médias en ligne.

Vers une disparition de la presse écrite?

Des chiffres qui inquiètent les professionnels des médias et qui amènent certains à se demander si la presse papier ne sera pas amenée, à long terme, à disparaître.

"La presse, c’est avant tout le contenu, et lui ne disparaîtra pas", souligne Asmae Hassani. "Je pense que le papier survivra, mais pas dans le format que nous connaissons aujourd'hui, c'est-à-dire, dans beaucoup de cas, des supports uniquement informationnels. Il faudra à mon avis favoriser les formats longs qui donnent lieu à de véritables articles de fonds, notamment des analyses, des reportages, des enquêtes, etc". En effet, pour elle, les journaux ne peuvent déjà plus concurrencer l'instantanéité des journaux électroniques.

"L’industrie de la presse, comme de nombreux autres secteurs, est en pleine transformation digitale. Plus que de transformation, on pourrait parler de révolution… Il faut que les éditeurs soient au cœur de cette révolution et prennent leur destin en main", conclut-elle.

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