Produits impropres à la consommation, absence de campagne de sensibilisation, loi non appliquée... "Consommateurs, vous n'êtes pas protégés!"

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MOROCCO EATING
A vendor sells cakes and chebbakia, a traditional fried honey and flour pastry, to customers ahead of Ramadan in the medina of the Moroccan eastern city of Oudjda August 11, 2010. Ramadan, the Muslim fasting month, had not yet begun in Morocco on August 11 as each state determines when the fast should begin. Muslims around the world abstain from eating, drinking and sexual relations from sunrise to sunset during Ramadan, the holiest month in the Islamic calendar. REUTERS/Youssef Boudlal (MOROCC | Youssef Boudlal / Reuters
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CONSOMMATION - La volonté ne suffit pas pour changer les choses. C’est une déduction amère que fait le président fondateur de l’Association de la protection des consommateurs à Casablanca (UNICONSO), Ouadi Madih. Commentant les cas d’intoxications alimentaires mortelles survenues à Ouarzazate et à Agadir, début ramadan, le militant affiche son inquiétude. "Souvent des produits impropres à la consommation sont écoulés auprès des commerces ambulants que j’appelle dangers ambulants. Il faut que le consommateur en prenne garde, c’est de sa vie qu’il s’agit", prévient Ouadi Madih.

Incidents sans incidences

Pour ce dernier, le consommateur a sa part de responsabilité: "Le consommateur n’est pas averti et, souvent, il ne réagit qu’après coup, quand c’est trop tard", regrette-t-il, faisant remarquer qu’il n’y a pas de campagnes de sensibilisation malgré la gravité de la situation. "La consommation, quel qu’en soit le genre, comporte des risques réels pour la vie des personnes, mais elles ne donnent pas suite à des décisions", constate Madih. Et de citer, pour exemple, les incendies provoqués par des chargeurs: "Comment, après ces incidents aussi terribles, des spots de mises en garde à la télé et/ou à la radio ne sont pas lancés?", se demande-t-il.

Devant un état des lieux aussi alarmant, Ouadi Madih reconnaît que les associations n’ont ni les moyens, ni le pouvoir d’agir. Et pour le prouver, ce ne sont pas les exemples qui manquent. "Bien avant le mois de ramadan, j’ai reçu un courrier électronique d’un consommateur dans lequel il dénonce les agissements d’une société", confie-t-il. La société en question, poursuit-il "mettrait en vente des sachets de fruits secs issus de la contrebande. Malheureusement, l’association n’a pas le droit de mener des enquêtes. Un dossier a donc été adressé au service économique de la préfecture avec une demande l’appelant à faire le nécessaire. Nous n'avons eu aucune réponse à ce jour!", s’exclame-t-il.

Une loi et pas d’application

Il existe pourtant une loi (31-08) sur la protection du consommateur, entrée en vigueur depuis avril 2011. "Elle n’est pas appliquée comme d’autres, et l’administration ne cherche pas à le faire. Il y a 12 départements ministériels qui sont concernés par cette loi et aucun d’eux n’agit pour l’activer (…) On manque de sérieux vis-à-vis de la consommation au Maroc", dénonce Ouadi Madih, estimant qu’il serait peut-être temps de "créer un Hirak des consommateurs".

En cherchant des raisons à cette inertie, le président fondateur d’UNICONSO en trouve une : le manque de moyens. Il n’y a pas que les associations qui en souffrent mais aussi les contrôleurs de l’administration. "Au Grand Casablanca, nous n’avons que deux contrôleurs du département du commerce et sans véhicule. Comment peuvent-ils assurer leur mission?", s’interroge le militant des droits du consommateur.

Quant aux commissions de contrôle qui, chaque ramadan, sont renforcées pour mener leurs inspections sur le terrain, elles gagneraient à être mieux étoffées, estime Madih. "Au sein des commissions qui assurent les contrôles, pas toutes les spécialités sont représentées. Chaque département, organisme ou office fait son travail à part. On aurait aimé avoir une commission rassemblant l’ensemble des intervenants", poursuit le président fondateur d’UNICONSO.

Protection du consommateur, parent pauvre du gouvernement

Rappelant que cette année la protection du consommateur a brillé par son absence au registre des préoccupations annoncées par le gouvernement dans son programme, Ouadi Madih explique que les retards à rattraper sont de plus en plus nombreux. "Certes nous avons une loi, mais elle ne sera complète que si les dispositions en suspens trouvent leur chemin vers la concrétisation", souligne-t-il. Parmi ces dispositions, le droit du consommateur de saisir la justice, ainsi que les associations. "On ne peut pas en tant qu’association saisir la justice parce que le texte d’application conjoint entre le ministère de la Justice et celui de l’Industrie est au secrétariat général du gouvernement depuis trois ans, d’après ce qu’on nous a dit", explique Ouadi Madih.

Un retard de plus. Celui-là concerne le Fonds dédié à la protection des consommateurs, qui devait financer les activités des associations. "Stipulé dans la loi, il n’existe pas. En 2016, le ministère de l’Industrie a annoncé que 10 millions de dirhams allaient être débloqués. Ensuite, on nous a dit que 6 millions de dirhams seraient débloqués en premier. En fin de compte, ce sont 40% de ces 6 millions qui ont été distribués aux 3 fédérations des consommateurs", explique Ouadi Madih. Et de préciser que ces moyens ont permis, au niveau de la Fédération nationale des associations de consommateurs du Maroc (FNAC) dont elle est membre, d’équiper 21 guichets du consommateur à travers le Maroc.

"On a acheté tout le matériel, mais on n’en fait rien parce que le complément budgétaire se fait attendre. Les guichets ne fonctionnent pas et les associations paient le loyer de bureaux sans utilité", regrette Ouadi Madih. Et de préciser que ce retard de paiement est imputé à un audit qui aurait été entamé, fin 2016, et qui devait concerner l’emploi de la première somme reçue.

Pour Ouadi Madih, les associations ont besoin que les consommateurs qu'elles défendent les soutiennent pour avoir un rôle actif dans la mise en place d’un véritable mouvement du consommateur.

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