Besma Belbedjaoui : "Le plus grand impact de notre entreprise de recyclage est d'ordre socio-écologique"

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Depuis sept ans, Besma Belbedjaoui, 33 ans, travaille comme entrepreneure à Constantine, à l’est de l’Algérie, dans le secteur du recyclage et de la valorisation des déchets, une filière balbutiante en 2012 dont elle a suivi le développement. Un imprévu l’ayant empêchée de participer au forum du HuffPost Maghreb à Paris sur "Repensez le vivre ensemble" auquel elle était invitée, jeudi 1er juin, elle raconte au HuffPost Algérie son expérience et la création de son entreprise Plasticycle Algérie.

HuffPost Algérie : Quelles sont les activités de l’entreprise Plasticycle Algérie ?

Besma Belbedjaoui : Plasticycle collecte, trie et transforme les déchets plastiques. Ces derniers sont achetés soit auprès de « collecteurs » privés qui stockent et vendent des déchets plastiques soit auprès de centres d’enfouissement technique étatiques. Ils sont ensuite acheminés vers notre usine, installée à Ibn Ziad, à 25 km de la ville de Constantine, qui est équipée de deux lignes de traitement des déchets réalisant le broyage-lavage-séchage ainsi que la granulation des déchets en granulés PET, PP et PE-HD. Une fois transformé, le déchet recyclé est vendu à des clients, le plus souvent dans le secteur de l’industrie.

Cette activité de valorisation des déchets emploie environ cinq personnes en fonction de la demande. Une autre part importante du travail de Plasticycle Algérie consiste à sensibiliser au recyclage différents publics : les industriels auxquels on montre que recycler est économiquement viable, les habitants pour les inciter à trier les déchets ménagers et les écoliers auprès desquels on fait de l’éducation environnementale.

Pourquoi avoir choisi d’entreprendre dans l’écologie et dans le recyclage en particulier ?

Par besoin du marché avant tout. L’Algérie a une demande de matière première et en même temps beaucoup de déchets plastiques. Le pays génère ainsi 16 millions de tonnes de déchets par an et d’ici 5 ans, nos décharges seront saturées. Si on continue à consommer autant d’emballage on va devenir une décharge à ciel ouvert. A défaut de réglementation nationale stricte, tout est sur-emballé en Algérie. Un œuf, par exemple, est emballé trois fois au supermarché. Sans parler du sachet plastique qui est un véritable fléau dans notre société.

Face à cette situation, j’ai donc pensé à recycler les déchets pour en faire de la matière première. D’autant que selon les chiffres officiels de l’agence nationale du déchet, le recyclage et la valorisation des déchets peuvent rapporter 56 milliards de dinars, l’équivalent de 450 millions d’euros, de gains annuels avec une croissance de 3% par an. Mais le marché du recyclage est encore instable et la crise économique qui touche l’Algérie depuis la baisse des prix des hydrocarbures a encore fragilisé la filière.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Une industrie naissante est toujours difficile au début même si l’opportunité est grande. Depuis deux ans, nous subissons en plus les effets de la crise économique avec la baisse de la demande de recyclage. Les industriels qui prenaient notre déchet recyclé n’en prennent plus autant ou plus du tout. Par ailleurs, le prix du déchet n’est pas réglementé ce qui nous fragilise : les collecteurs auprès desquels on achète le déchet fixent eux-mêmes les prix, ce qui entraîne parfois des difficultés d’approvisionnement.

En tant que recycleur, nous avons toujours revendiqué d’être payés pour notre service de traitement des déchets or nous payons pour le déchet. Il faudrait une réglementation nationale du traitement du déchet qui encadre son transport, sa traçabilité et fixe un prix suivant le déchet. Cela permettrait de soutenir et d’encourager l’industrie du recyclage qui est vitale pour le pays et malheureusement en grande difficulté. Beaucoup de micro entreprises dans le domaine ont cessé leurs activités à cause du prix du déchet, du manque d’approvisionnement et de l’impossibilité à vendre les produits recyclés.

Quels sont les résultats de Plasticycle Algérie après quatre ans de fonctionnement?

Plus qu’une réussite économique, c’est une réussite sociale que Plasticycle a réalisé dont je suis très fière. Quand on a créé notre entreprise en 2012 et communiqué sur notre idée de recycler, traiter et valoriser les déchets, personne n’y croyait. Nous étions quasiment les seuls à faire la transformation. Après avoir importé nos machines et commencé l’exploitation, plusieurs personnes dans la région se sont lancées dans le créneau et ont commencé à fabriquer manuellement leurs propres machines de recyclage vers Constantine, Mila et Sétif.

Aujourd’hui, il existe tout un tissu de micro-entreprises dans le secteur. Pas mal de déchets ont commencé à être recyclés à l’est. J’ai été sollicitée par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) pour participer à la création d’entreprises de collecteurs, recycleurs et transformateurs de déchets. Nous avons aussi communiqué auprès du ministère de l’environnement qui a lancé des quartiers pilotes pour le tri sélectif. Cela a permis de lancer le débat sur l’environnement et les énergies renouvelables. Enfin, on a beaucoup travaillé sur Facebook et je reçois toujours des appels de jeunes entrepreneurs qui veulent investir dans le recyclage du plastique, carton, verre, etc. J’essaye de les aider et de leur éviter les mêmes erreurs.

Les retombées sur la société et les idées sont donc importantes. L’impact socio-culturel et socio-écologique est grand et c’est ma principale fierté. Quand je fais des communications, les gens viennent souvent me dire : « Madame, on ne savait pas que le recyclage existait en Algérie ».

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