Al Hoceima: Le ministère de l'Intérieur veut rassurer les médias étrangers

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Al Hoceima: Le ministère de l'Intérieur veut rassurer les médias étrangers | Youssef Boudlal / Reuters
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MANIFESTATIONS - Alors que les manifestations continuent à Al Hoceima, le ministère de l'Intérieur tente de jouer la carte de l'apaisement auprès des médias étrangers. Un membre du département d'Abdelouafi Laftit, qui a tout de même souhaité parler en "off", a reçu, jeudi 8 juin à Rabat, quelques journalistes travaillant au Maroc pour des agences de presse ou médias internationaux.

Il faut dire que la crise dans le Rif alimente les colonnes de nombreux supports médiatiques hors du royaume et que plusieurs associations internationales de défense des droits humains, comme Amnesty ou Reporters sans frontières, sont récemment montées au créneau pour dénoncer la vague d'arrestations jugées arbitraires de manifestants et de journalistes à Al Hoceima.

"Cela serait irresponsable de laisser la rue sans forces de l'ordre"

Selon le responsable du ministère de l'Intérieur, "l'État ne pouvait pas ne pas réagir face aux violences des manifestations". "Quand il y a des débordements sur la voie publique, c'est l'État qui devient responsable. Nous étions donc obligés d'intervenir", explique-t-il, rappelant l'incident survenu fin mars à Imzouren, près d'Al Hoceima, où des individus de retour d'une manifestation ont incendié une résidence réservée à la police nationale.

"Les autorités sont conscientes qu'il y a un risque d'atteinte à l'ordre public. Aucun État au monde ne laisse planer une telle menace sans la prendre en compte. Cela serait irresponsable de laisser la rue sans forces de l'ordre", a-t-il fait valoir, sans donner néanmoins de chiffres sur le nombre de policiers déployés dans la ville.

Concernant les nombreuses arrestations de manifestants - 87 personnes auraient été interpellées par la BNPJ, les associations parlent d'une centaine -, le responsable du ministère de l'Intérieur a martelé que seule la Justice pourra se prononcer sur ce point. "La responsabilité des uns et des autres devra être déterminée par la Justice, et on veillera à la tenue de procès équitables", a-t-il assuré.

"L'État ne baissera pas les bras, il fera respecter la loi"

La Justice devra également faire la lumière sur de possibles financements et soutiens étrangers, a indiqué le responsable, mettant toutefois en doute l'indépendance du mouvement du Hirak. "Lors d'une manifestation de soutien au mouvement qui s'est tenue à Paris mercredi 7 juin, on a aperçu un drapeau de la pseudo-RASD", a-t-il indiqué. "Il y a quelque chose qui n'est pas sain dans cette histoire. Mais l'État ne baissera pas les bras, il fera respecter la loi".

Par ailleurs, alors que les manifestants demandent depuis sept mois des améliorations économiques et sociales dans la région et la fin de la "hogra", notamment depuis la mort de Mouhcine Fikri, selon le responsable du ministère de l'Intérieur, "plus de 90% des revendications" ont été satisfaites. "Nous avons reçu les doléances des habitants, nous avons rencontré les élus locaux et sommes prêts à dialoguer. Mais certains manifestants ne veulent pas ce dialogue", a-t-il affirmé.

Quant au retard des projets de développement de la région, le responsable a précisé que "l'État n'a pas attendu les manifestations pour agir". "Depuis 2015, nous avons lancé le programme de développement de la province. Il y a certes eu des retards, mais la région est dans une bonne dynamique", a-t-il estimé, rappelant que, contrairement à d'autres régions du Maroc qui connaissent les mêmes problèmes, Al Hoceima a été frappée en 2004 par un tremblement de terre, justifiant ainsi la lente reconstruction de la ville.

Un appel à manifester le 20 juillet

En attendant, la colère des habitants est toujours palpable. Jeudi soir, des affrontements violents entre jeunes manifestants et forces de l'ordre ont éclaté dans le quartier de Sidi El Abed. Selon le porte-parole d'une initiative de médiation lancée par plusieurs associations marocaines des droits de l’Homme, Mohamed Nachnach, "des dizaines de familles (...) souffrent énormément des arrestations en masse. Si ce n’est pas un fils, c’est un frère ou un voisin qui a été interpellé", a-t-il confié au HuffPost Maroc.

Dans la rue, les revendications sociales et économiques ont ainsi peu à peu laissé place à "un appel unanime à la libération des détenus". Le 20 juillet prochain, le "Hirak" entend organiser une manifestation "historique" à Al Hoceima. "Si elle est organisée conformément à la loi, elle sera autorisée. Sinon, on pourra l'interdire", a affirmé le responsable du ministère.

Depuis le 28 octobre, jour de la mort de Mouhcine Fikri, 843 "formes de protestation ont été organisées en toute liberté" à Al Hoceima et dans la province, selon le ministère de l'Intérieur.

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