Le grand déballage de James Comey contre Donald Trump au Sénat (VIDÉO)

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L'ancien directeur du FBI James Comey a accablé jeudi Donald Trump lors d'une audition extraordinaire au Sénat, un moment charnière dans le mandat du 45e président des Etats-Unis, blessé politiquement par la parole de l'homme qu'il a limogé il y a un mois.

"J'estime qu'il m'a limogé à cause de l'enquête russe", a déclaré James Comey après deux heures et demie de questions-réponses d'une rare candeur devant la commission du Renseignement du Sénat. "Le but était de modifier la façon dont l'enquête sur la Russie était conduite. C'est très grave".

James Comey, 56 ans, a blâmé le président pour lui avoir intimé d'abandonner un volet de l'enquête russe sur un proche, Michael Flynn. Il a accusé l'administration Trump de diffamation. Et sous-entendu que le président lui-même était un menteur.

Dans une salle comble, mitraillé par une cinquantaine de photographes, James Comey a raconté en détails, et sans jamais se départir de son flegme, son malaise lors de conversations privées avec le locataire de la Maison Blanche.

Ce grand oral était sa première apparition publique depuis son limogeage le 9 mai, un événement retransmis par toutes les grandes chaînes de télévision américaines, dans la tradition des auditions parlementaires qui ont marqué l'histoire du pays.

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Témoignage de James Comey devant le Sénat
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Les 17 sénateurs assis en face de l'ancien premier flic des Etats-Unis voulaient déterminer si les multiples requêtes présidentielles, formulées en tête à tête dans l'intimité du Bureau ovale ou un salon de la Maison Blanche, représentent une interférence politique et une entrave à la justice, un délit majeur qui a conduit au lancement par le Congrès de procédures de destitution contre Richard Nixon et Bill Clinton.

Il a commencé par répondre que ce n'était pas son rôle d'émettre un avis juridique, s'en remettant au procureur spécial Robert Mueller, qui a repris l'enquête sur la Russie.

Certes, a-t-il dit, personne ne lui a demandé explicitement d'"arrêter" l'enquête menée par le FBI sur les ingérences russes.

Mais il a confirmé que M. Trump lui avait demandé sa "loyauté", alors même qu'il supervisait les investigations sur une éventuelle collusion entre des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle de 2016.

"Mon bon sens me disait qu'il voulait quelque chose en échange de m'accorder ma demande de rester à mon poste", a-t-il dit, alors que son mandat courait jusqu'en 2023.

Mensonges et enregistrements

Il a détaillé la demande de M. Trump d'"abandonner" l'enquête visant le général Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale, visé par une enquête du FBI pour n'avoir pas tout révélé de ses discussions avec l'ambassadeur russe à Washington.

"Je l'ai interprété comme une instruction", a-t-il dit, refusant de jouer sur les mots. "Il est le président des Etats-Unis, seul avec moi, il dit qu'il espère ceci, je l'ai interprété comme une demande de sa part".

"J'étais tellement stupéfait par la conversation que j'en suis resté bouche bée", a-t-il dit aux élus.

Répondant d'une voix posée, parfois avec humour, aux questions précises des sénateurs, il a jugé que les actions du dirigeant américain étaient "très dérangeantes", ne mâchant pas ses mots.

Il a accusé l'administration de l'avoir "diffamé" après son départ, défendant l'honneur du FBI, qu'il dirigeait depuis 2013.

"Ce sont des mensonges purs et simples", a-t-il dit des propos tenus à l'époque, par l'administration et le président lui-même, sur le mauvais état supposé de la police fédérale à son départ.

M. Comey avait dans une déclaration écrite relaté ses échanges problématiques avec M. Trump, et confirmé qu'il avait décidé dès sa première rencontre avec lui, en janvier, de consigner par écrit tous ses échanges individuels avec le président américain, pour les méthodes duquel il ne cache pas son dédain.

"Je craignais honnêtement qu'il ne mente sur la nature de nos rencontres", a-t-il expliqué devant les sénateurs, rappelant qu'il ne le faisait pas sous George W. Bush ou Barack Obama.

"Je peux affirmer avec certitude que le président n'est pas un menteur et, franchement, je me sens insultée par cette question", a réagi une porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders.

L'existence de ces notes, et leur contenu, avaient filtré dans la presse.

M. Comey a révélé qu'il avait en fait demandé à un ami proche, professeur de droit à l'Université Columbia, de les transmettre à des journalistes afin de précipiter la nomination d'un procureur spécial - décision à laquelle le département de la Justice a finalement été acculé le 17 mai.

Donald Trump avait sous-entendu, dans un tweet, qu'il détenait des enregistrements de ces discussions susceptibles de contredire ces notes.

"J'espère bien qu'il y a des enregistrements", a défié M. Comey, sûr de sa mémoire.

Les sénateurs républicains ont vu une contradiction dans son témoignage. S'il était si choqué par le comportement du milliardaire, si un délit avait été commis, pourquoi ne l'a-t-il pas dénoncé? Pourquoi n'a-t-il pas démissionné ?

Et pourquoi ne pas accéder aux demandes répétées du président qui souhaitait que le FBI confirme la vérité, à savoir qu'il n'était pas lui-même soupçonné de collusion avec la Russie?

"D'une part, cela crée un devoir de correction" si la situation devait évoluer, a-t-il répondu. C'est aussi une "pente glissante", selon lui, car pour qui le FBI devrait-il faire une exception à sa règle de mutisme?

Mais les républicains ont été forcés de reconnaître la puissance de la parole précise de l'ancien procureur, qui au fil des années a fâché tant George W. Bush qu'Hillary Clinton.

"C'est une audition-clé dans notre enquête", a conclu Richard Burr, président républicain de la commission. "Nous vous remercions pour votre professionnalisme".

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