Crise d'Al Hoceima : La médiation des associations rendue difficile par les arrestations

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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CRISE D'Al HOCEIMA - Elle l’avait annoncé, il y a quelques jours. Une dizaine d'associations marocaines des droits de l’Homme s'est proposée d’assurer la médiation à Al Hoceima. Elle a ainsi lancé une initiative, le 25 mai, baptisée "Pour faire aboutir les revendications légitimes des habitants du Rif".

Cette semaine, elles se sont déplacées à Al Hoceima pour ouvrir le dialogue avec les membres du "Hirak", les familles des détenus, les représentants des autorités locale et régionale.

Le calme en apparence

Le constat est mitigé. "L’ambiance est moins tendue. Le calme reprend peu à peu à Al Hoceima. La présence policière s’est aussi allégée, mais les arrestations, qui ont dépassé la centaine, laissent les habitants sur les nerfs", explique au HuffPost Maroc, le porte-parole de cette initiative, Mohamed Nachnach.

Un semblant d’accalmie donc qui masque une colère que vivent les foyers à Al Hoceima. "Les dizaines de familles que nous avons rencontrées souffrent énormément des arrestations en masse. Si ce n’est pas un fils, c’est un frère ou un voisin qui a été interpellé", affirme ce militant des droits de l’Homme, relatant les entretiens que les associations ont eu avec les familles des détenus, représentées par une coordination.

Dans les rues, les manifestations se poursuivent, mais plus pour les raisons initiales. "Nous avons constaté que les manifestations se poursuivaient toujours, mais elles sont moins denses et les manifestants sont, en grande majorité, très jeunes avec des personnes de moins de 20 ans. Les revendications sociales et économiques, elles, ont été remplacées par un appel unanime à la libération des détenus", décrit le porte-parole.

Demande à la libération des détenus

Ces associations des droits de l’Homme, qui avaient proposé leur médiation, ont alors décidé d’envoyer une demande pour la libération des détenus dans le cadre des manifestations d’Al Hoceima. "Nous allons envoyer une lettre à l’attention de trois ministres: l’Intérieur, la Justice et les Droits de l’Homme, pour leur demander la libération de toutes les personnes arrêtées à Al Hoceima, y compris Nasser Zefzafi", tient à souligner Mohamed Nachnach. Et d’ajouter: "Les accusations pour lesquelles est poursuivies Nasser Zefzafi font peur. Mais nous avons espoir qu’elles soient retirées, car elles ne sont pas réellement concevables. Par exemple, comment un financement parvenu de l’étranger au profit de Nasser Zefzafi d’un montant de 2.400 DH peut-il servir à financer une révolution?" s’interroge ce militant des droits de l’Homme.

La demande de libération qu’adresseront ces associations, probablement, la semaine prochaine aux trois ministres devrait comprendre un rapport détaillé de la mission qu’elles ont accomplie à Al Hoceima et leurs recommandations étoffées par des articles de loi. Ces associations de droits de l’Homme se disent ainsi convaincues que les manifestants n’ont pas être arrêtés parce qu’ils "ont seulement exercé un droit légitime et d’une manière pacifique".

Une dynamique en signe du changement

Dans le cadre de leur mission de médiation, les associations ont également tenu des réunions avec les élus, conseillers communaux et municipaux ainsi qu’avec le wali de la région. "Nos réunions avec les représentants des autorités locales et régionales se sont très bien passées. Nous nous sommes longuement entretenus avec eux. Le wali s’est montré ouvert au dialogue. Il a été très réceptif et réactif aux doléances des citoyens que nous lui avons transmises. Par exemple, un café dans lequel s’asseyait Nasser Zefzafi et qui a été fermé a pu rouvrir", se réjouit Mohamed Nachnach pour qui les autorités témoignent d’une grande volonté pour redonner confiance aux citoyens.

Nachnach précise, par ailleurs, que les associations ont également rendu visite aux chantiers du développement d’Al Hoceima "Manarat Al Moutawassit". "Nous avons constaté que les travaux sont en cours", assure-t-il. Et d’ajouter que cette visite de terrain a mené les associations au centre d’oncologie qui, ces derniers temps, a fait l’objet de plusieurs critiques, dont certaines disaient qu’il était "hors service". "Nous y sommes allés. L’hôpital est opérationnel et les services sont assurés", souligne-t-il.

Si la région retrouve une vie normale, à en croire ces associations, les familles, elles, vivent dans l’expectative de verdicts qui risqueraient de tomber dans quelques semaines.

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