Les premiers Homo sapiens sont bien plus vieux qu'on ne le pensait (et vivaient au Maroc)

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PHILIPP GUNZ
Les premiers Homo sapiens sont biens plus vieux qu'on ne le pensait (et ne vivaient pas là où on le croyait). | PHILIPP GUNZ, MPI EVA LEIPZIG
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SCIENCE - D'où venons-nous? A cette question, il existe de multiples réponses, métaphysiques et scientifiques. Pour ces dernières, elles varieront en fonction du spécialiste interrogé. Un biologiste affirmera que nous sommes issus de micro-organismes unicellulaires. Un astrophysicien de poussières d'étoiles. Un paléontologue aura lui tendance à dire qu'Homo sapiens a émergé en Afrique de l'Est, il y a 200.000 ans.

Cette dernière affirmation se base sur les plus vieux fossiles connus de l'espèce humaine. Mais des chercheurs affirment, dans deux études publiées ce mercredi 7 juin dans Nature, qu'Homo sapiens est bien plus vieux que prévu. Ils ont en effet découvert les fossiles de cinq individus, accompagnés d'outils en pierre, sur le site de Jebel Irhoud, au Maroc.

En utilisant plusieurs techniques de datation, les auteurs estiment que ces Homo sapiens ont vécu il y a environ 300.000 ans (entre 280.000 et 350.000, plus précisément). "Nos résultats contestent le consensus actuel qu'Homo sapiens a émergé il y a 200.000 ans en Afrique de l'Est", a affirmé lors d'une conférence de presse Jean-Jacques Hublin, paléontologue français à l'institut Max Planck et auteur principal des deux études.

Des hommes, mais primitifs

Attention, Homo sapiens ne veut pas vraiment dire homme moderne, rappelle le chercheur. "C'est notre espèce, mais il a des différences, notamment dans la forme du crâne et donc du cerveau et de son organisation", précise-t-il. Pour autant, les spécimens découverts à Jebel Irhoud sont bien plus proches de l'homme moderne que de toutes les autres espèces d'hominidés, comme l'homme de Néandertal. Les auteurs ont pu arriver à ces résultats notamment en analysant un crâne et une mâchoire très bien préservés.

Ainsi, si on croisait un de ces fossiles, vivant, dans la rue, il aurait quelques signes physiques distincts, notamment au niveau du crâne. Sauf avec un chapeau, auquel cas, il serait "impossible de les distinguer".

L'évolution des premières formes d'Homo sapiens vers celle que nous connaissons aujourd'hui a été graduelle, avec des mutations qui ont notamment affecté le développement du cerveau. Cela, c'est ce qu'affirment déjà les récents travaux de paléogénétique publiés ces dernières années. Selon ces analyses, l'homme moderne n'avait pas émergé d'un coup, il y a 200.000 ans en Afrique de l'Est. L'éloignement avec les autres espèces cousines de l'homme aurait commencé il y a plus de 500.000 ans.

La fin du "jardin d'Eden"

La découverte de Jean-Jacques Hublin et son équipe conforte donc cette hypothèse. "La dispersion d'Homo sapiens date d'au moins 300.000 ans. Quant à dire où celle-ci a commencé, c'est impossible", explique le paléontologue. En tout cas, c'est la fin de la théorie du "jardin d'Eden", selon laquelle l'espèce humaine aurait évolué uniquement en Afrique de l'Est avant de se coloniser la Terre entière. "Il n'y a pas de 'jardin d'Eden', ou alors c'est l'Afrique dans son ensemble", affirme le chercheur.

Si la question des origines est encore plus ouverte qu'avant, les auteurs ont tout de même une théorie. Selon eux, il y a au moins 300.000 ans, une forme très primitive d'Homo sapiens s'est répandue en Afrique. "Cela a été facilité par le fait qu'à cette époque, il n'y avait pas le Sahara et il était plus simple de se déplacer au sein du continent", précise Jean-Jacques Hublin.

Puis, pendant des millénaires, plusieurs mutations génétiques ont touché certains individus, modifiant l'évolution du cerveau et sa connectivité. Cela a eu lieu petit à petit, sans un grand chamboulement.

"Nous pensons qu'il y a eu une évolution qui a touché différentes populations d'Homo sapiens dans différentes localisations d'Afrique. Puis, à certains moments, il y a eu des échanges entre ces populations, en fonction du climat. Des échanges génétiques qui ont permis aux gènes favorables de se répandre, grâce à la sélection naturelle."

Pour savoir si cette théorie s'imposera sur les multiples autres qui divisent la communauté des scientifiques, il faudra de nouveaux travaux et de nouvelles analyses. Et malheureusement, impossible d'étudier l'ADN de ces nouveaux fossiles. Trop vieux et pas assez bien conservés, "un problème général en Afrique", précise Jean-Jacques Hublin. En attendant le coup de chance qui permettra de dénicher un site très bien préservé, la question "d'où venons-nous?" restera sans réponse définitive.

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