"On ne va pas réinventer la roue", prévient le chef du gouvernement face aux conseillers

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EL OTHMANI
Moroccan Prime Minister Saad Eddine el-Othmani arrives at the Moroccan Parliament in Rabat, Morocco April 19, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | AIC Press
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PARLEMENT - Incohérence, chiffres contradictoires, inefficacité des programmes sociaux, retard dans la lutte contre le chômage... Malgré l'absence de la majorité d'entre eux, les conseillers présents n'ont pas épargné le chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, ce mercredi, lors de la séance plénière mensuelle aux questions relatives à la politique générale du gouvernement.

Portant sur "L'efficacité des politiques de travail, de la lutte contre la pauvreté et de la protection du pouvoir d'achat des citoyens", et sur "la stratégie de développement du milieu rural et des zones montagneuses et forestières", cette séance a été le premier oral du chef du gouvernement dans la deuxième Chambre du parlement. Face aux conseillers, M. El Othmani a choisi d'être réaliste et de reconnaître d'emblée qu'après 42 jours, le gouvernement n'a pas encore "mis son programme sur les rails" et qu'il ne présentera donc que "ses ambitions".

L'industrie pour absorber le chômage

Sur le premier volet, qui a suscité le plus d'intérêt auprès des conseillers, le chef du gouvernement a souligné que le chômage représente "notre première préoccupation" affirmant que le gouvernement compte s'y attaquer en boostant l'offre d'emploi. Et à ce propos, M. El Othmani a précisé que le gouvernement a élaboré "une vision générale" de l'action qu'il aura à entreprendre et dont "le pilier sera la lutte contre la pauvreté et la protection du pouvoir d'achat des citoyens". "Les uns et les autres sont liés", déduit-il, rappelant que la question de la création d'emploi et la préservation de ceux existants reste intimement liée à la croissance économique.

"Malgré nos efforts déployés ces dernières années, le taux de croissance de notre pays n'a pas atteint le niveau lui permettant de faire le saut qualitatif que nous ambitionnons pour réduire le chômage, surtout chez les jeunes", reconnait-il. Et de souligner que les efforts du gouvernement, notamment en ce qui concerne l'amélioration du climat des affaires, a permis de générer environ 90.000 postes en moyenne annuelle, durant la dernière décennie.

Le gouvernement d'El Othmani compte énormément sur l'industrie pour lutter contre le chômage. Le chef du gouvernement a ainsi précisé que le Plan d'accélération du développement industrielle, lancé en 2014, sera appuyé afin que le secteur de l'industrie parvienne à augmenter sa part du PIB de 9 points et à créer 500.000 postes d'emplois. "À ce jour, la stratégie industrielle a réalisé 89% des objectifs du Plan, ce qui représente 144 milliards de dirhams des exports. Et les contrats permettront de générer 173.000 postes d'emplois dans le cadre d'accords d'investissements signés entre 2014 et 2016".

"On ne va pas réinventer la roue"

Pour M. El Othmani, l'actuel gouvernement ne fera que suivre la politique de son prédécesseur. "On ne réinventera pas la roue", déclare-t-il, soulignant que le gouvernement activera des mesures qui ont tardé à voir le jour et examinera les failles d'autres pour en améliorer l'efficacité. "Nous allons continuer à promouvoir l'économie sociale et solidaire à travers des projets générateurs de revenus en vue de promouvoir l'emploi au niveau local", promet-t-il. Et d'ajouter que ce secteur connait une dynamique particulière: 16.000 coopératives ont été créées jusqu'à fin 2016, les associations actives dans le domaine ont atteint un chiffre de 117.000 au titre de 2016 contre 45.000 en 2009. "Les coopératives représentent une source de revenus importante. Elle compte 450.000 adhérents et emploient 25.000 personne avec un capital de 6 milliards de dirhams", explique le chef du gouvernement.

El Othmani a, par ailleurs, annoncé qu'un observatoire national du marché du travail devra bientôt voir le jour et que les organismes de médiation comme l'Agence nationale de la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) ou d'autres structures privées devront faire l'objet d'une évaluation visant à améliorer leurs rendements. Il a également insisté sur l'importance de renforcer des programmes d'auto-emploi et d'impliquer plus et mieux les entreprises à organiser des formations au profit des lauréats.

Et pour accompagner cette amélioration à laquelle aspire le gouvernement, El Othmani a souligné que le Code du travail devra être adapté aux normes internationales, permettant d'assurer à l'employé les conditions nécessaires "d'un travail décent" quel que soit sa nature. Il a précisé que l'accès au marché de l'emploi pour les personnes handicapées est également sur la liste des prérogative, ainsi qu'une loi organique relative aux conditions et aux procédures d'exercice du droit de grève et une loi relative aux syndicats professionnels. "Nous mènerons les débats dans le cadre d'une approche participative", assure-il en s'adressant aux représentants des syndicats à la Chambre des conseillers.

Les doutes des conseillers

Les conseillers, opposition et majorité, ont témoigné de leur crainte de voir le chômage s'envenimer. Abdelaziz Benaazzouz, du PAM, a fait allusion aux manifestations que connait Al Hoceima, imputant leur origine au chômage. "Le chômage est la véritable Fitna dormante qui s'est tout d'un coup réveillée à Al Hoceima", lance-t-il, précisant que la présentation faite par le chef du gouvernement sont "décevantes". Il a proposé la création d'une caisse de garantie de l'emploi des jeunes. "On ne vous demande pas de réinventer la roue, mais de la changer", dit-il.

Représentant le groupe PJD, Abdelali Hamiddine a recommandé au gouvernement d'adopter une approche de veille pour assurer le suivi des projets et programmes et faire de la création de postes de travail une condition sine qua none.

Abdellatif Ouammou, coordinateur du Groupe de travail progressiste, estime, quant à lui, qu'il faudra au gouvernement consentir plus d'efforts: "Nous avons besoin de traiter le problème par un électrochoc". Pour Ouammou, le retard accusé par les gouvernements à traiter le chômage a permis au secteur informel de prendre une grande ampleur. "Un Marocain sur deux travaille dans l'informel, alors que nous vivons la révolution numérique", fustige-t-il.

Driss Radi, qui préside le groupe de l'UC a pour sa part souligné que le chômage a besoin de mesures urgentes et d'un budget conséquent. "Il faut procéder à la révision du budget public et consacrer la plus grande partie à l'emploi. Les parlementaires et les hauts fonctionnaires pourraient aussi apporter leur contribution".

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