Quel rôle peut jouer le Maroc dans l'isolement diplomatique du Qatar?

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Reuters
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INTERNATIONAL - Séisme sur la scène politique internationale. Cinq pays arabes ont annoncé lundi 5 juin la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Une décision surprise et radicale que ces pays, Arabie Saoudite, Égypte, Émirats Arabes Unis, Bahreïn et Yemen, rejoints par ailleurs par les Maldives, ont justifié par "le rôle du Qatar dans le financement du terrorisme international".

Une rupture où le rôle de l'Égypte n'est pas à ignorer: le pays et l'émirat étaient en effet en très mauvaise relation depuis le coup d'État contre le président Morsi, issu de la mouvance des Frères Musulmans et soutenu par Doha. Dans cette situation de crise diplomatique inédite, quelle position adoptera le Maroc, à la fois allié de l'Arabie Saoudite et du Qatar?

Une position délicate

La situation diplomatique actuelle dans le Golfe met le Maroc dans une situation délicate avec l'Arabie Saoudite et le Qatar. "Le Maroc a de très bonnes relations avec ces deux États, même s'il a pris quelques distances avec l'Arabie Saoudite", explique au HuffPost Maroc Moussaoui Ajlaoui, politologue et chercheur à l’Institut des études africaines de l’Université Mohammed V- Agdal à Rabat.

Pour ce dernier, le Maroc "risque de se retrouver dans une situation compliquée, car l'Arabie Saoudite et le Qatar peuvent chacun demander à ce que leur allié les soutienne respectivement". Selon lui, le royaume peut trouver cependant une place de médiateur dans cette crise diplomatique: "c'est la solution la plus souhaitable", explique-t-il.

"Le Maroc voudra rester neutre dans cette histoire", pense Mohamed Badine El Yattioui de l'IMRI.

L'analyse du politologue est partagée par Mohamed Badine El Yattioui, docteur en science politique et membre de l'Institut marocain de relations internationales (IMRI). Pour lui aussi, "cette situation peut devenir un vrai problème dans la région, là où le Maroc peut avoir son rôle à jouer, notamment celui de médiateur pour essayer de calmer le jeu entre les deux pays", dit-il. Cependant, le royaume ne devrait pas être directement touché par le tumulte né de cette crise diplomatique, ajoute-t-il, soulignant la position géographique du royaume éloignée du Golfe.

Et si Mohamed Badine El Yattioui ne manque pas de préciser que "l'Arabie Saoudite a bien plus d'investissements au Maroc que le Qatar", il souligne que "le Maroc voudra cependant rester neutre dans cette histoire".

Un rôle de médiateur que sera également appelé à jouer le Koweit, selon Moussaoui Ajlaoui. Le Koweit est ainsi un des seuls pays du Golfe à ne pas avoir pour l'instant suivi la cessation des relations avec le Qatar. "Cette situation va conduire à une recomposition de la carte du monde arabe. La situation de crise entre les Saoudiens et les Qataris n'augure rien de bon", analyse le politologue.

L'Iran au centre des préoccupations de l'Arabie Saoudite

Selon Moussaoui Ajlaoui, la rencontre d'officiels du Qatar avec Kacem Slimani, haute figure de la diplomatie iranienne dans le Golfe, est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase: "Le Qatar a toujours eu des contacts avec l'Iran, mais après le sommet de Riyad, cette rencontre a précipité la réponse de l'Arabie Saoudite et ses alliés". "Les pays du Golfe ont très peur des réseaux iraniens, qui s'installent dans la région", précise-t-il.

Pour Mohamed Badine El Yattioui, "les Saoudiens sont persuadés que si on laisse l'Iran prendre encore plus de place dans la région, leur survie est en jeu. Il ne faut pas non plus oublier le fait que les puits de pétrole saoudiens se trouvent dans des régions à majorité chiite. Et ils voient ce qu'il se passe en Irak et en Syrie, où l'Iran a un rôle politique très important".

"Les Saoudiens luttent pour leur survie", ajoute Mohamed Badine El Yattioui. "Ils ont certes avec cette décision mis en pratique la stratégie anti-iranienne de Trump, mais ce dernier ne va pas rester président éternellement. Ils sont au pied du mur".

Reste que le Maroc pourrait jouer un rôle dans la reprise du dialogue avec le Qatar. Hier soir, le journaliste français et spécialiste du Moyen-Orient Georges Malbrunot tweetait pour indiquer que selon ses informations, "l'émir du Qatar, Cheikh Tamim pourrait se rendre dans les prochains jours au Maroc et en Turquie, alliée de Doha", soulignant que l'émir "chercherait ainsi une médiation dans la crise déclenchée par l'Arabie saoudite qui a décidé d'isoler Doha".

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