Incidents d'Al Hoceima: Les députés appellent le gouvernement à libérer tous les détenus du "Hirak"

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AL HOCEIMA
Moroccans take part in a demonstration against official abuses and corruption in the town of Al-Hoceima, Morocco May 31, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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PARLEMENT - Pour désamorcer la crise, il faut libérer les détenus du mouvement populaire du Rif. Les députés étaient ainsi unanimes pour revendiquer la libération des manifestants arrêtés dans le cadre des incidents d’Al Hoceima, lors de la séance hebdomadaire des questions orales de la Chambre des représentants tenue ce mardi 6 juin.

Liberté et légitimité

Les députés ont exprimé leur crainte de voir la crise s’envenimer. "Il faut dépasser l’approche sécuritaire et gracier tous les détenus", lance le député du PJD, Abdellah Bouanou. Les députés du parti à la tête du gouvernement ne partagent pas les choix de ce dernier dans la gestion de la crise d’Al Hoceima. "Le mouvement a été pacifique. Il faut retirer les charges sur les détenus et mettre un terme aux arrestations", estime Bouthaina Karoui, députée Pjdiste.

Le président du groupe PJD à la Chambre des représentants, Driss El Azami El Idrissi, a tenu, quant à lui, à rappeler la légitimité des manifestations d’Al Hoceima précisant qu’elles ont une portée sociale et économique visant le développement de la région. Et d’exprimer le refus catégorique des réactions du gouvernement truffées d'accusations diverses.

Même son de cloche au PAM et à la FGD (Fédération de la gauche démocratique), dont les députés ont également appelé le gouvernement à libérer les détenus d’Al Hoceima. Le groupe du MP a pour sa part estimé urgent la tenue d’une réunion au sein de la commission parlementaire de l'intérieur, des collectivités territoriales et de la politique de la ville pour élaborer une "vision commune" des mesures à prendre.

Pour le groupe du rassemblement constitutionnel, le retard qu’a pris la composition du gouvernement a aussi aggravé la crise d’Al Hoceima en condamnant les communes à l’inertie. Dans ce sens, le groupe du Parti socialiste a précisé qu’il est temps, pour le gouvernement, de réfléchir à la mise en place effective du principe de la régionalisation élargie.

Rif, les élus absents

Le président du groupe istiqlalien de la Chambre des représentants, Noureddine Moudiane, s'est montré pour sa part convaincu que l’origine de la crise du Rif provient de "défaillances démocratiques". Et celles-ci se traduisent par l’absence des autorités locales, communales et rurales, mais aussi des élus de la région, dont il fait lui-même partie. M. Moudiane n’a pas hésité à reconnaître que les élus n’ont pas réussi à remplir leur mission auprès des habitants. Il a aussi souligné que le gouvernement "a fermé la porte du dialogue en procédant à l’arrestation" des membres du "Hirak". "Il faut réfléchir à la libération des personnes arrêtées et ouvrir un dialogue sérieux avec les membres du "Hirak"", a-t-il affirmé.

Le gouvernement se justifie

Face aux interpellations des députés, à leur appel unanime de libérer les détenus d’Al Hoceima, le ministre de la Justice, Mohamed Aujar, s’est dit "surpris" par des députés qui accusent le gouvernement d'appliquer une approche sécuritaire. "C’est un exercice pénal que nous avons mené durant les 6 derniers mois. 45 voitures ont été incendiées et 245 agents de polices blessés", répond-il. Et de préciser: "Nous avons adopté une approche de droit et nous ne serons injustes avec personne".

Pour le ministre de la Justice, les dérapages constatés au cours des manifestations ne peuvent être passés sous silence. "A Imzouren, le 26 mars dernier, 17 personnes dont un mineur ont été arrêtées pour incendie", rappelle-t-il. Et d’ajouter qu’au cours du prêche du vendredi 26 mai, 49 individus ont été arrêtés dont 25 ont été poursuivis et en état de détention et 7 en état de liberté provisoire.

Présentant le bilan provisoire des interpellations, le ministre a précisé aussi que 34 personnes ont fait l’objet d’une garde à vue et 20 d’entre elles ont été présentées au parquet général de Casablanca. 19 individus ont été transférés à la prison de Oukacha, tandis qu’un seul a été mis sous contrôle judiciaire. Les dossiers classés sans suite sont au nombre de 10.

Le ministre a aussi rappelé les faits qui sont reprochés aux personnes arrêtées, précisant que l’État continuera à veiller sur le respect et l’application de la loi.

Dialogue, oui, mais sous conditions

Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, présent également à cette séance de questions orales, a dit regretter le retard que prennent les programmes de développement à être concrétisés. Mais il s’est montré convaincu que leur accélération, aujourd’hui, donnera bientôt ses fruits.

Il a rappelé que le programme "Al Hoceïma, Manarat Al Moutawassit", d’une enveloppe budgétaire de 6,5 milliards de dirhams, promet de faire de la région un pôle économique attractif. M. Laftit a également précisé que ce programme répond à une grande majorité des revendications des habitants et qu’il "dépasse" même celles du "Hirak". Il a ainsi annoncé que les projets prévus au programme seront achevés à la fin de 2019.

Concernant le dialogue, M. Laftit a estimé que ce dernier impose "un cadre adéquat" basé sur des doléances "possibles" et non sur des faits "qui n’existent pas", faisant allusion au dahir militaire dont il a de nouveau réitéré l'abrogation.

Entre députés et gouvernement, le chemin de l'entente sur la crise d'Al Hoceima n'est pas encore acquis. Il ne fait que commencer.

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