Amnesty International et RSF dénoncent les arrestations arbitraires dans le Rif

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HOCEIMA
Moroccans take part in a demonstration against official abuses and corruption in the town of Al-Hoceima, Morocco early June 3, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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AL HOCEIMA – Après les associations marocaines des droits de l'Homme, c'est au tour des ONG internationales de réagir aux arrestations survenues ces derniers jours à Al Hoceima, dans le nord-est du Maroc.

"Depuis une semaine, les autorités marocaines procèdent à une vague massive d'arrestations, visant de nombreux manifestants, militants et blogueurs dans la région du Rif, dans le nord du Maroc, qui font suite à des mois de contestations réclamant la fin de la marginalisation des habitants et un meilleur accès aux services dans la région", déplore mardi Amnesty International dans un communiqué.

"Dans certains cas, les personnes arrêtées sont privées de la possibilité de consulter rapidement leur avocat en garde à vue. Dans d’autres, les avocats qui ont pu voir leurs clients au tribunal d’Al Hoceïma ont déclaré qu'ils présentaient des blessures visibles et avaient affirmé avoir été frappés lors de leur arrestation", poursuit Amnesty International, craignant que "des manifestants et des blogueurs pacifiques relayant les manifestations sur les réseaux sociaux ne figurent parmi les accusés, probablement pour des charges liées à la sûreté de l'État".

"Punition"

Lundi, deux membres du Hirak (ndlr, le mouvement de contestation), ont été arrêtés. Il s'agit de Nabil Ahamjik, considéré comme le numéro deux du Hirak et recherché depuis plus d’une semaine par la police. Il avait récemment posté deux vidéos sur les réseaux sociaux appelant à la poursuite de la mobilisation "pacifique". La seconde personne arrêtée est Silya Ziani, l'une des nouvelles figures du mouvement, présente dans toutes les manifestations de ces derniers jours selon l'AFP.

Elle a été arrêtée à côté d'Al Hoceima pendant qu'elle s'apprêtait à se rendre en taxi à Casablanca, avec d'autres militants.

En parallèle, une vingtaine de membres du Hirak ont été présentés ces derniers jours au parquet de Casablanca et placés en détention pour, notamment, "tentative d’homicide volontaire, atteinte à la sécurité intérieure et incitations contre l’intégrité du royaume".

"Cette vague d'arrestations ressemble fort à une tentative délibérée de punir les manifestants dans le Rif pour les mois de dissidence pacifique. Les autorités marocaines doivent respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion", a déclaré Heba Morayef, directrice des recherches pour l'Afrique du Nord à Amnesty International. "Les personnes accusées d'une infraction reconnue par la loi doivent bénéficier du droit à un procès équitable. Les autorités doivent veiller à ce que les militants pacifiques ne soient pas inculpés d'accusations forgées de toutes pièces en vue de les sanctionner pour leur participation aux manifestations dans le Rif", souligne-t-elle.

71 arrestations au moins

SI le bilan communiqué par les arrestations fait état de 40 arrestations dans les rangs des manifestants, Amnesty parle d'au moins 71. "Entre le 26 et le 31 mai, les forces de sécurité ont appréhendé au moins 71 personnes en marge des manifestations à Al Hoceima et dans les villes voisines d'Imzouren et de Beni Bouayach (...) Au moins 33 personnes comparaissent devant les tribunaux, inculpées par le procureur général du roi à Al Hoceïma. Elles sont notamment accusées d'assaut et insulte contre des représentants de l’État, jet de pierres, rébellion et rassemblement non autorisé".

De son côté, Reporters Sans Frontières a également dénoncé aujourd'hui les arrestations orchestrées dans le Rif, soulignant celles concernant les journalistes. RSF a ainsi fait savoir qu'elle a déjà recensé "deux arrestations, trois disparitions et l’expulsion d’un journaliste algérien". Parmi elles, l'ONG a cité les journalistes Mohamed Al Asrihi et Jawad Al Sabry, du média local Rif24 et Abd Al Ali Haddou, animateur de la webTV AraghiTV.

Le 2 juin dernier déjà, l'ONG publiait une tribune sur son site. L'organisation y dénonçait les "exactions" menées contre des journalistes venus couvrir les événements du Rif et appelle les autorités marocaines à libérer les journalistes qui ont été arrêtés.

“Il est essentiel de laisser les journalistes et journalistes-citoyens couvrir les événements du Rif", pour ne pas que la région devienne "une zone de non-droit pour l’information indépendante", a déclaré Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF. "Nous appelons les autorités marocaines à libérer les journalistes-citoyens marocains actuellement détenus pour avoir exercé leur droit d’informer et demandons de faire cesser les menaces et les poursuites à leur encontre".

Contrairement à Amnesty International et RSF, Human Rights Watch n'a pour sa part pas encore réagi à la vague de contestations que connait la région depuis plusieurs mois, et qui s'est intensifiée ces dernières semaines. Contactée par le HuffPost Maroc, Ahmed Benchemsi, directeur de plaidoyer et de communication de l'ONG internationale, a affirmé que cela devrait se faire dans les prochains jours, le temps de "vérifier toutes les allégations" portées dans ce sens.

"Toutes les garanties légales ont été accordées aux suspects"

Mohamed Aujjar était attendu au tournant ce mardi matin au Parlement. Le ministre de la Justice a été questionné par plusieurs parlementaires sur les événements d'Al Hoceima. Selon lui, 87 personnes ont été interpellées à ce jour par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). La majorité d'entre elles sont en détention préventive à la prison de Oukacha, à Casablanca.

"Toutes les garanties légales ont été accordées aux suspects: contacts avec les familles et avocats et examens médicaux pour les personnes qui se plaignent de maltraitance", a assuré le ministre cité par nos confrères de L'Économiste.

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