Les festivals internationaux s'intéressent de plus en plus au cinéma du monde arabe mais...(INTERVIEW)

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AHMED SHAWKY
Ahmed Shawky
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Des films sélectionnés qui remportent des prix dans les grands prétoires internationaux comme Cannes, La Mostra de Venise, La Berlinale d'un côté, et des absences flagrantes comme celle de l'Égypte, célèbre par la floraison de sa production cinématographique, aux pavillons du marché international à Cannes cette année, de l'autre côté.

Quel diagnostic porter sur le cinéma dans le monde arabe face à cette présence mitigée?

Ahmed Shawky, critique de cinéma égyptien, livre au HuffPost Tunisie son évaluation de l'état des lieux du cinéma dans le monde arabe. Ahmed Shawky est en effet un visage familier des grands festivals du cinéma arabe comme les Journées Cinématographiques de Carthage ou le Festival International de Dubai, en y assistant régulièrement.

HuffPost Tunisie: Comment vous évaluez la présence arabe lors du festival de Cannes cette année?

Ahmed Shawky: Au niveau de la participation officielle, notre présence était limitée, comparée à l'année précédente. Seulement deux films dans la catégorie "Un certains regards" de la Tunisienne Kaouther Ben Henia (La belle et la meute) et de l'Algérien Karim Moussaoui ("En attendant les hirondelles") et avec le réalisateur égyptien Mohamed Diab comme membre du jury de ladite catégorie.

Alors que lors de l'année dernière, la participation était plus grande dans la sélection officielle et parallèle. Cependant, les activités organisées en marge du festival étaient importantes; l'annonce de deux nouveaux festivals à Amman et Jouna, la première édition du "Arab Critic Awards" où des prix ont été décernés, les annonces faites à propos de la prochaine édition des JCC, etc.

Il y a une évolution au niveau de la participation dans les autres festivals internationaux?

L'évolution est incontestable, il n'y a qu'à voir les sacres des films comme "Nhebek Hédi" ou "The last of us" ou "Clash" en 2016. Les festivals internationaux s'intéressent de plus en plus à ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée même si cet intérêt a toujours existé.

Qu'est ce qui manque, selon vous, pour que le cinéma dans le monde arabe prospère davantage, en Tunisie en particulier?

Le problème réside dans l'absence du public. Je parle d'un public cultivé. Le nivellement culturel à ce niveau n'est pas seulement de la responsabilité du public lui-même mais aussi des acteurs du secteur qui doivent trouver une synthèse ingénieuse qui cible aussi bien l'élite que le grand public. Je crois qu'il y a un problème aussi au niveau du cercle de distribution qui demeure restreint. Si le public est là et la distribution est faite convenablement, l'industrie cinématographique arrivera à s'auto-financer au lieu d'être dépendante des subventions de l'État ou des bailleurs des fonds étrangers. Cette dépendance est néfaste.

Certains considèrent que le point faible du cinéma arabe réside dans l'absence de scénarios de qualité, qu'en pensez-vous?

Je ne le pense pas. Il y a toujours des scénarios excellents qui attentent d'être découverts. Ce qui est problématique, c'est que les réalisateurs s'entêtent à être les scénaristes de leurs propres films avec des textes médiocres comme si recourir à un scénariste serait une honte!

Quels sont les pays sur le bon chemin?

Je dirais la Tunisie, le Liban et l'Égypte en premier lieu. La Tunisie avec sa nouvelle génération, ouverte sur le monde, qui porte un vent de fraîcheur avec des histoires plus soignées, ce qui a porté ses fruits avec brillance dans les festivals internationaux.

Au Liban, des films intéressants sont faits, surtout les documentaires. Quant à l'Égypte, un nouveau marché cinématographique est né, en parallèle avec celui existant, contournant les travers de ce dernier et drainant le secteur. Sans oublier, les prémices d'un cinéma naissant dans les pays du Golfe ou en Jordanie.

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