3 questions à l'ancien diplomate onusien Taoufik Ouanes pour comprendre la crise entre le Qatar et les pays du Golfe

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QATAR ARABIA
Jonathan Ernst / Reuters
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Alors que la rupture des relations diplomatiques entre le Qatar et les pays du Golfe continue de faire parler, le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de Taoufk Ouanes, expert en droit, universitaire, et ancien diplomate aux Nations-Unies afin de faire le point sur la situation.

HuffPost Tunisie: Comment expliquer l'immédiateté de la réaction des pays du Golfe, qui en quelques minutes les uns après les autres ont annoncé quasi-simultanément la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar?

Taoufik Ouanes: C'est vrai que ça s'est enchainé rapidement, mais ce n'était pas une réaction impromptue ou inattendue. Cela a été préparé.

On était dans la confrontation politique latente, là nous sommes passé à quelque chose de plus concret encore, et cela s'est probablement joué lors du Sommet de Riyad (en Arabie Saoudite).

Lors de ce sommet, il est apparu très clairement que la politique américaine vis-à-vis de l'Iran a changé par rapport à celle de l'administration Obama. Et à partir de là, il y a eu une faille, une brèche dans laquelle s'est engouffrée l'Arabie Saoudite.

Si le "conflit" actuel est circonscrit à l'Arabie Saoudite et au Qatar pour une domination régionale, plusieurs observateurs voient aussi l'Iran comme cible primordiale ce qui se passe actuellement?

Concernant le Qatar, il est considéré comme une "fausse note" dans la géostratégie des pays du Golfe, il ne s'est pas conformé à la vision politique saoudienne.

Le but de l'Arabie Saoudite est de faire un front sunnite contre l'Iran, l’isoler et lui faire un containement. Il ne faut pas oublier que l'Iran est dans le background de ce qui se passe dans certains pays de la région: Yémen, Syrie, Bahrain....

Le but est clairement d'affaiblir l'Iran.

La Tunisie doit-elle rester neutre?

Absolument neutre. C'est un conflit qui n'intéresse pas la Tunisie ni dans sa dimension politique, ni géographique, ni idéologique... La Tunisie ne doit pas s'aventurer, elle n'a pas besoin d'avoir un ennemi quel qui soit, surtout qu'on compte beaucoup sur l’aide financière des pays du Golfe y compris du Qatar.

De plus, il ne faut pas oublier la Libye. Elle risque de devenir la scène de confrontation Saoudo-Iranienne avec l'implication du Qatar, comme c'est le cas aujourd'hui en Syrie.

Nous avons intérêt à nous tenir très loin de tout ça et essayer avec bienveillance et humilité d'aider, si possible, à trouver une solution au conflit sans trop s'impliquer. Car dans ces pays, l'on fait monter au maximum les tensions pour finalement se finir en embrassade et où chacun finira par faire des concessions. Mais nous sommes entrés dans la zone de tous les dangers!

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