Accord de Paris: Comment le prochain président des États-Unis pourrait rattraper le retard pris à cause de Trump

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DONALD TRUMP PARIS
Kevin Lamarque / Reuters
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ENVIRONNEMENT - Le 1er juin, Donald Trump a confirmé les craintes du monde entier en retirant les Etats-Unis de l'Accord de Paris, issu de la COP21. Cette décision a immédiatement provoqué une vague de réactions consternées. Mais on aurait tort d'enterrer cet accord trop vite.

Avec ses objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre fixés pour 2050, il se place au-delà du destin d'un seul président américain. Le rejet de Trump pourrait retarder les Etats-Unis, et rater la première marque fixée pour 2025 par exemple, mais il reste plusieurs marges de manœuvre.

Avec un peu de chance, ce revirement du deuxième pollueur de la planète pourrait d'ailleurs être rangé au rayon des mauvais souvenir dès 2020.

Voici les raisons sérieuses qui permettent de croire en l'avenir de l'Accord de Paris.

1. La bonne nouvelle du calendrier

Si Donald Trump n'est pas réélu, ou qu'il ne se représente pas en 2020, la question pourrait être très vite réglée.

"L'Accord de Paris entre formellement en vigueur le 4 novembre 2020. La prochaine élection américaine, c'est le 4 novembre 2020. C'est une déclaration politique très négative qui peut, en quelques minutes, être défaite par le prochain président des Etats-Unis", a déclaré Pascal Canfin, directeur général de WWF France, ce 2 juin sur Franceinfo.

Même si l'entrée en fonction de ce nouveau président interviendra le 20 janvier 2021, on peut aisément penser que les signataires de l'Accord de Paris ne feront aucune difficulté aux Etats-Unis pour revenir parmi eux.

2. Les Américains peuvent tenter de rattraper le retard causé par Trump

Toujours est-il que les décisions du gouvernement Trump ne vont pas du tout dans le bon sens. Au vu de ses premières mesures sur l'environnement, il y a fort à parier que l'objectif fixé de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26% d'ici 2025 ne sera pas respecter.

En tout cas, si rien ne change à l'intérieur des Etats-Unis. Car Trump ne fait pas l'unanimité, encore moins sur l'environnement. L'annonce de son retrait de l'Accord de Paris a provoqué un tollé chez les chefs d'entreprises.

Elon Musk, le fondateur des voitures électriques Tesla, a rendu son tablier de conseiller présidentiel, Loyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, a dénoncé un revers, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, a renouvelé son soutien à l'Accord de Paris, etc.

"Je quitte le conseil présidentiel. Le changement climatique est réel. Quitter les accords de Paris n'est pas bon pour l'Amérique et le monde"

"La décision d'aujourd'hui est un revers pour l'environnement et pour le leadership des Etats-Unis dans le monde"

C'est d'ailleurs la chance de cet effort pour l'environnement. Si l'accord de Paris n'est pas contraignant juridiquement (aucune pénalité prévue en cas de non respect), chacun est aussi libre de s'y associer en parallèle pour tenter de réduire les émissions de CO2.

Le système décentralisé américain permet à ses différents Etats et villes de prendre de l'initiative, en dépit de la Maison Blanche. Dès l'annonce du retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris, trois Etats américains se sont alliés pour ramasser le flambeau (Californie, New York et Washington), et ils coopèrent avec 30 villes, 80 universités et plus de 100 entreprises réunis dans une alliance, comme le rapporte le New York Times.

3. Les autres pays peuvent tenter de compenser

Sur la scène internationale, les réactions tendent plutôt à isoler les États-Unis. Quasiment tous les plus grands pollueurs de la planète ont très rapidement réaffirmé leur engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Selon un document consulté par Politico, la Chine et l'Union Européenne s'apprêtent justement à affirmer vouloir aller plus loin dans la limitation de leurs émissions de CO2. Si chaque pays fait des efforts supplémentaires, le manque à gagner américain pourrait ainsi être comblé.

4. Le renfort des innovations technos et du mix énergétique

Les pouvoirs publics sont loin d'être les seuls acteurs du changement climatique. Pour commencer, le mix énergétique des Etats-Unis change à toute allure.

Grâce à l'exploitation de nouveaux gisements de gaz naturel, le charbon n'est plus depuis 2016 la première source énergétique des Etats-Unis, selon Gavekal Research. Ce gaz obtenu par fracking - une méthode décriée par les écologistes - dans le bassin permien du Texas est d'un coup de revient très faible. Sa production devrait augmenter dans les années à venir, participant significativement à la réduction des émissions de CO2 américaines.

Mais le gaz n'est pas suffisant à terme, car si son coup environnemental est bien plus faible que celui du charbon, il reste élevé. Mais en parallèle, le marché des énergies renouvelables se développe aussi à toute vitesse. Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde, les investissements dans les énergies renouvelables croissent à un rythme de 40 ou 50% par an.

Le solaire et l'éolien ne représentent pour l'instant qu'environ 15% de la consommation énergétique dans le monde, mais le prix de cette énergie est en rapide diminution. Le coût de revient du solaire a ainsi baissé de 70% en dix ans.

"Et il est tout à fait possible que la Silicon Valley apporte ces prochaines années les nouvelles innovations qui pousseront le mix énergétique américain plus loin encore des énergies fossiles. De meilleures batteries pour les voitures électriques évidemment, ou encore les voitures autonomes, qui pourraient en définitive réduire la nécessité d'en posséder une", analyse Arthur Kroeber, de Gavekal Research.

Il reste donc un peu d'espoir, même si le chemin menant à une limitation du réchauffement climatique d'ici 2050 à 2°C, voire 1,5°C, prévu par l'Accord de Paris est encore très long. Et que pour le moment, l'humanité est encore bien loin de cet objectif.

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