Karim Duval: "Au Marrakech du Rire, on va lâcher les chevaux et se faire plaisir"

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KARIM DUVAL
Karim Duval va se produire pour la première fois sur la scène du Marrakech du Rire. | Camille Bigo
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HUMOUR - Depuis cinq ans, un humoriste à la triple origine, Karim Duval, fait salle comble en France avec son spectacle "Melting Pot". Du 28 au 2 juillet prochain, le franco-sino-marocain se produira pour la première fois au festival international de l'humour, le Marrakech du Rire. S'il confie, non sans humour, qu'il rêve de rencontrer Jamel Debbouze et Gad Elmaleh, soulignant qu'il a fait tout ça, en réalité, pour pouvoir enfin avoir un autographe, Karim Duval est ravi de participer pour la première fois à ce festival et de retrouver le Maroc où il a vécu pendant 18 ans. Entretien.

HuffPost Maroc: C'est votre première fois au Marrakech du Rire, qu'est-ce que ça vous fait?

Karim Duval: C'est un honneur pour moi d'être au Marrakech du Rire. Même si j'ai déjà joué de nombreuses fois au Maroc, et que j'ai eu la chance de le faire dans de belles salles ici comme le Mégarama ou le Studio des Arts Vivants, le Marrakech du Rire, c'est le Marrakech du Rire! C'est un des plus grands festivals francophones, voire du monde, c'est donc une véritable consécration de jouer mon spectacle ici.

Avez-vous une petite appréhension de monter pour la première fois sur cette scène?

Il y en a qui disent que le stress vient avec le talent et, malheureusement, je n'ai pas de stress quand je monte sur scène (rires). J'ai toujours 3% de stress mais je n'ai jamais ce pic d'adrénaline quelques minutes avant le lever de rideau. Après, le Marrakech du Rire ça va être spécial. Ce n'est pas que je vais stresser, mais je vais préparer ça vraiment bien parce que j'ai envie de faire honneur au festival, tout simplement. Je ne le vis pas comme une pression, on est là pour se marrer donc on va juste lâcher les chevaux et se faire plaisir. J'espère que ça sera une belle fête.

Êtes-vous heureux de retrouver le public marocain?

Le public marocain est un super public. Il donne beaucoup, il est très ouvert sur l'actualité du monde, c'est un public à qui toutes les références parlent. Mais, mine de rien, il est exigeant et j'aime beaucoup. Il n'aime pas les blagues faciles, il faut vraiment travailler. J'ai joué 4-5 fois ici, ça s'est toujours bien passé mais c'est vrai que j'y suis allé crescendo et j'ai appris à régler mes vannes peu à peu. Les Marocains sont "qashines" comme on dit: ils sont durs mais toujours bienveillants, ils aiment la qualité et on essaye de leur rendre de la meilleure des manières. Je viens toujours avec une grosse dose d'affection quand je viens ici et j'en reçois beaucoup en retour. C'est encore plus magique pour moi.

C'est donc un défi de jouer ici?

C'est toujours un défi. D'autant plus qu'on n'a pas souvent l'occasion de jouer devant le public marocain. Je n'ai pas envie de venir poser mon spectacle tel qu'il est et de repartir. Je me lance toujours le défi de trouver de nouvelles blagues. Il y en a certaines qui sont spéciales au Maroc et qui sont déjà rodées mais, à chaque fois, je viens avec du nouveau matériel: c'est un peu quitte ou double. Après, c'est finalement une question de connaissance du public. On le sent ou on ne le sent pas. Puis, forcément, quand le public rit, c'est beau et on se dit: "tiens, je dois être un petit peu des leurs parce qu'ils m'ont compris".

Pouvez-vous nous parler de "Melting Pot"?

Je raconte une histoire, mon histoire. J'étais ingénieur, je suis devenu humoriste, je suis franco-sino marocain, c'est moi, c'est ce que je suis. Mon spectacle parle aussi, un petit peu, de mon regard à la fois nostalgique et émerveillé sur le Maroc d'aujourd'hui, qui bouge, qui va vite. On sent que quand je reviens ici, je n'ai pas envie de repartir. J'ai le blues de la "briouatbi louz" comme on dit (le blues de la "douceur des briouates aux amandes").

Vous l'adaptez au public marocain?

Quand je viens au Maroc, j'ai une sorte de libération de la parole et de l'humour: je peux vraiment parler au public marocain. Il y a des blagues qu'on peut faire devant le public marocain mais pas devant le public français. Ce n'est pas forcément réciproque, le public marocain comprend les blagues de France mais l'inverse n'est pas vrai, du coup, c'est un plus. C'est une version un peu différente, avec une petite dose de darija quand même parce que j'aime bien. Et surtout, c'est un retour aux sources.

Qu'est-ce que ce métissage franco-sino-marocain vous a apporté?

J'ai appris à faire des schémas, déjà, pour expliquer mes origines (rires). Plus sérieusement, on nous regarde un peu comme des énergumènes et, bien sûr, nous on joue, j'en ai même fait un spectacle. Mais au fond, on vit dans une époque où les frontières tombent, où les rencontres improbables sont presque celles de ceux qui ne se mélangent pas.

Au Maroc, durant ma génération, il y avait très peu de Chinois à l'époque. En plus, je ne pouvais pas me cacher, j'avais la coupe de Mireille Mathieu, j'étais tout petit, j'avais des yeux bridés et, forcément, je me faisais appeler Jackie Chan ou Samsung tous les jours. Mais ça nourrit une culture de la singularité. J'étais toujours un peu l'oiseau rare, j'étais toujours l'autre. Mes parents ont aussi toujours eu une grande ouverture d'esprit. Une partie de ma famille est berbère et avec eux, je ne parlais qu'arabe. J'ai d'abord grandi dans un métissage social et ça se ressent dans mon spectacle: un gros mélange, plein de contrastes. Et l'humour vient souvent de là, du contraste et de la surprise.

Êtes-vous en train de préparer un nouveau projet?

Oui, j'écris un nouveau spectacle que je rode à la fin de mes représentations. Je ne sais pas si à Marrakech je le ferai, mais je teste beaucoup de choses quand je joue en France. Je commence à avoir une idée directrice qui sera sûrement la suite de mon histoire, ce que je suis aujourd'hui. Je n'en dis pas plus...

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