Flore, photographe franco-espagnole: "Le Maroc est un des pays les plus photogéniques que je connaisse"

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Flore a réalisé une grande partie de son travail au Maroc. | Anne-Frédérique Fer/Flore
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PHOTOGRAPHIE - Il y a trois ans, le livre "Une femme française en Orient", réalisé par la photographe franco-espagnole Flore, capturait la beauté de l'Orient, de l'Egypte à la Syrie, en passant par la Turquie, le Maroc, la Tunisie, jusqu'à l'Andalousie. Une grande partie de son travail a été réalisé au Maroc. Après avoir été présenté au festival Les Nuits Photographiques d'Essaouira en 2016, il est aujourd'hui mis en avant au festival Photomed de Sanary (France), jusqu'au 11 juin.

"J'ai grandi en partie à Alexandrie. Je n'y suis retournée qu'en 2006 pour réaliser un travail sur la lumière de l'Egypte, en tirage polaroïd. C'est ma série Sabah El Nour. J'y suis retournée une deuxième fois pour réaliser quelques images de plus et c'est là que j'ai pensé à faire un travail sur l'Orient", explique au HuffPost Maroc Flore.

Le travail "Une femme française en Orient" a été publié chez Poscart Edition en 2011 pour le Mois de la photo. "Sortir un livre, c'était un rêve. Petite fille, je fabriquais des livres avec des bouts de tissus et je les donnais à ma mère", raconte la photographe.

Le livre regroupe 51 photographies prises dans chaque pays. "Le titre 'Une française en Orient' est surtout un titre littéraire, il n'est pas à prendre au sens propre. De part mes origines franco-espagnoles, j'ai acquis une certaine ouverture sur le monde. Je ne me sens française que lorsque je suis hors de France. Mais quand je suis dans d'autres pays, c'est un autre regard que j'apporte. Un regard extérieur, il y a la distance du rêve. Ce travail, c'est la représentation du rêve oriental, en quelques sortes."

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"Je suis partie pour un long voyage. J'aime les voyages lents, ce qui se fait de moins en moins." En effet, la photographe a toujours pris le temps pour son travail. Pendant 5 ans, elle a travaillé en exclusivité sur la rénovation du Petit Palais, qui abrite le musée des Beaux-Arts de Paris. De 2005 à 2007, elle s'intéresse au camp de concentration de Rivesaltes.

Après Sabah El Nour, Flore parcourt le Maghreb et le Moyen-Orient de 2008 à 2012, munie de son appareil photo argentique, qui rythme son travail d'une temporalité lente et d'une atmosphère particulière. "J'ai terminé cette série au début du printemps arabe, j'ai été à Palmyre (Syrie) avant sa destruction. Je suis contente d'avoir pu témoigner de la beauté de ces régions. De plus, aujourd'hui, en France notamment, il y a une sorte de rejet, une montée d'intolérance pour ces pays. Mon travail, qui n'a pas une vocation politique, n'est tout de même pas dénué d'un certain parti pris."

Le Maroc, ce pays photogénique

Dans "Une femme française en Orient", Flore a partagé une vingtaine de photographies du Maroc. C'est d'abord parce qu'elle est liée au royaume par sa famille. Son grand-père enseignait à Port-Lyautay, l'actuelle Kenitra et parlait couramment l'arabe. Mais elle a aussi un attachement professionnel tout particulier avec le pays. "Ce n'est pas le pays où prendre les gens en photo est le plus facile, ils sont sûrement un peu lassés de ça. Mais c'est un des pays les plus photogéniques que je connaisse", souligne la photographe.

Pour Flore, le Maroc a su garder ses traditions tout en s'ouvrant à la modernité, c'est sa richesse. "La tradition vestimentaire est relativement intacte, les djellabas et les caftans sont splendides. L'artisanat est aussi toujours de qualité. On y trouve des couleurs qu'on ne trouve pas dans d'autres pays", ajoute Flore.

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Au moins deux fois par an, elle revient prendre des photos au Maroc en couleurs ou en noir et blanc: de Fès, en passant par Marrakech ou encore Essaouira. Son travail est aussi présenté à la Galerie 127 à Marrakech.

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Récemment, elle a organisé un workshop sur la photographie à Tanger. "Ici, la photographie est émergente. Il y a beaucoup de photographes talentueux. Ils apportent un autre regard, grâce à leur culture. Ce qui est plus compliqué, c'est le côté technique, la chimie, l'imprimante", souligne Flore.

La photographe a récemment terminé un travail sur l'enfance indo-chinoise de Marguerite Duras. "C'est un travail qui incarne ses textes. C'est de la fiction sur la fiction". Il sera exposé à Arles (France), avec des photographies rondes du Japon, les "tondis". "J'ai repigmenté les photographies après les tirages. Et ce travail sera, cette fois, le rêve japonais", conclut Flore.

Et pour ceux qui ne peuvent pas se rendre au festival Photomed, les tirages d'"Une femme française en Orient" et le livre sont visibles toute l'année à la Galerie 127. Le livre est aussi en vente sur Livre moi.

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