La grogne des chefs d'entreprise après la majoration du taux d'intérêt directeur de la Banque Centrale de Tunisie

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UTICA
Mosaique Fm
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La récente hausse du taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale de Tunisie pour atteindre le seuil de 5% déplait aux hommes d’affaires. Une décision qui ne fait pas l’unanimité dans le monde des affaires. Rappelons que la décision prise par la BCT vise à juguler le taux d’inflation, lequel a atteint le seuil de 5% et risque d’atteindre le niveau de 5,2% en 2017 selon les dernières estimations de Fitch Ratings. "En avril 2017, l’inflation a poursuivi son trend haussier observé depuis le deuxième trimestre de 2016, en passant d’un plus bas de 3,3% en février-mars 2016 à 5% en avril 2017. L’inflation sous-jacente 'hors administrés et frais' s’est maintenue sur une pente haussière pour atteindre 5,9% en avril 2017", souligne l’analyse de l’évolution monétaire et conjoncturelle de la BCT publiée vendredi dernier.

L’UTICA a exprimé, dans un communiqué publié le 26 mai 2017, son étonnement et sa grande surprise d’autant que cette hausse est la deuxième après celle de 50 points décidée le 26 avril dernier. Cette décision, ajoute le communiqué, intervient alors que la Tunisie a enregistré les prémices d’une relance économique et d’une reprise de la croissance. L’UTICA estime qu’une telle décision risque d’avoir un effet négatif sur ce début de reprise économique. L’UTICA affirme en outre que cette décision comporte des dangers réels pour l’entreprise tunisienne et aura des conséquences négatives sur sa compétitivité. Cette mesure constitue également un mauvais signal pour les investisseurs puisqu’elle se traduira par un accroissement du coût de l’investissement. L’organisation patronale affirme que la justification de cette hausse du taux d’intérêt directeur par la nécessité de juguler la hausse de l’inflation ne résoudra pas cette problématique car l’inflation est la résultante d’autres facteurs.

"Une mesure trompe l’œil", affirme l’économiste Ezzedine Ben Hamida

L’économiste Ezzedine Ben Hamida rejoint la thèse de l’UTICA en affirmant au HuffPost Tunisie que: "Les billets et monnaies en circulation au 29/05/2017 sont à hauteur de 10.579 MDT, soit environ 10% du PIB. Ce ratio est près de 5% en France. Pour un pays comme la Tunisie, où l'essentiel des transactions se fait en liquide, cet écart est toléré. L'augmentation de 0,25 point en pourcentage du taux d'intérêt directeur de la BCT, pour atteindre ainsi 5%, est une mesure trompe l’œil et surtout contre-productive. C'est une manœuvre qui décourage les investisseurs. Rappelons au passage que le taux directeur de la Banque centrale européenne est de 0% et seulement de 0,25% pour les prêts marginaux (durée de 24h). L'inflation dans notre pays ne trouve pas donc ses origines dans la quantité de monnaie en circulation. Il s'agit d'une inflation importée et incompressible. La dépréciation du dinar en est la cause fondamentale. Il faut impérativement revoir notre politique de change!"

Dépréciation de 7,5% du dinar vis-à-vis de l’euro

En effet et selon la BCT, les tensions sur le taux de change du dinar se sont intensifiées sensiblement, depuis la deuxième quinzaine du mois d’avril 2017, en induisant une dépréciation importante du dinar vis-à-vis des principales devises. Comparativement à son niveau de fin mars 2017, le dinar a enregistré, sur le marché interbancaire, du 1 er au 22 mai 2017, une dépréciation moyenne de 7,5% vis-à-vis du l’euro et de 5,1% vis-à-vis du dollar américain, contre une dépréciation de seulement 0,6% (contre les deux devises) une année auparavant. Le 29 mai courant, L’euro s’échangeait à 2,72 dinars et le dollar à 2,44 dinars. Aujourd’hui il y a urgence de stopper cette hémorragie destructrice qui n’est autre que la dépréciation du dinar.

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