Au cœur du "mégaprojet" de Siemens en Egypte, la plus grande centrale électrique au gaz au monde

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En mars 2017 et après seulement 18 mois, Siemens a livré 4800 mégawatts (MW), la première partie d’un projet censé booster sa production électrique de près de la moitié une fois terminé en 2018. De quoi assurer l’infrastructure énergétique nécessaire à la relance économique du pays. Retour sur un "mégaprojet" et ses chiffres-records.

Pour comprendre l’importance stratégique du projet, il faut revenir 3 ans en arrière. Durant l’été 2014 l’Egypte a connu une sévère série de délestages électriques. La crise a atteint son paroxysme en septembre de la même année quand le pays a connu un "blackout" presque complet, affectant non seulement les ménages mais aussi les services publics et quelques industries.

Le gouvernement, confronté à la demande croissante en électricité en plus d’une crise économique qui dure depuis la chute du régime de Hosni Moubarak, a compris qu’il fallait pallier le déficit énergétique et rapidement. Le résultat a été la signature d’un accord pour une valeur de 8 milliards d’euros, en juin 2015 à Berlin, en présence du président Abdelfattah El Sissi, la chancelière allemande Angela Merkel et du PDG de Siemens Joe Kaeser.

Le géant allemand, actionnaire majoritaire à 62% du consortium qui compte aussi ses partenaires égyptiens El Sewedy Electric et Orascom Construction, a fabriqué trois centrales électriques à Beni Suef, à la Nouvelle Capitale et à Burullus.

D’une capacité de 4800 MW chacune, les trois stations ont pu alimenter le réseau de distribution électrique égyptien d’une première livraison de 4800 MW en mars 2017, soit 18 mois après la signature du contrat. Un record.

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La centrale éléctrique de Beni Suef (150km au sud du Caire).



"Ce qui est unique dans ce projet, c’est la mobilisation des ressources de la compagnie à travers le monde pour le réussir, avec l’aide de nos partenaires", a déclaré le directeur général du mégaprojet Siemens en Egypte, Thierry Toupin, lors d’une conférence de présentation lundi 22 mai au Caire.

Une fois livrées totalement au deuxième semestre de 2018, les trois centrales fourniront 14,4 GW, soit 45% de l’électricité générée en Egypte et assureront les besoins en énergie de 45 millions d’habitants. Il s'agit du plus grand projet à cycle combiné au gaz au monde.

Le mégaprojet inclut en outre une partie à l’énergie renouvelable. 12 fermes éoliennes d’une capacité totale de 2 GW seront construites. Siemens assurera enfin les services de maintenance du projet pendant 9 ans, notamment grâce à un programme de formation de 600 ingénieurs et techniciens égyptiens.

"10 avions A380"

Les deux sites de Beni Suef et la Nouvelle Capitale, visités le 22 et 23 mai, démontrent la grandeur du projet. La pièce maîtresse de chaque centrale, l’impressionnante turbine à gaz SGT5-8000H de Siemens, fournit 400 MW, l’équivalent en puissance de… 10 avions Airbus A380.

Chacune des trois stations contient 8 turbines à gaz associées à 4 turbines à vapeur, en plus de 12 générateurs et un système de contrôle. Le tout est disposé en 4 modules de cycle combiné produisant 1200 MW chacun, à une efficacité énergétique dépassant les 61%. Un taux qui permettra au pays d’économiser 1,3 milliards de dollars sur la consommation en carburant de l’infrastructure actuelle, selon des estimations des autorités.

nouvelle capitale

Centrale électrique de la Nouvelle Capitale.



Située sur le bord du Nil dans la ville éponyme, la centrale de Beni Suef repose sur un système de refroidissement utilisant les eaux de la rivière tandis que celle de la Nouvelle Capitale, à 40 minutes du Caire, se base sur des condenseurs de refroidissement à air.

En avance sur leurs projections de progression (Beni Suef : 83% en mars 2017 contre 83% prévus, la Nouvelle Capitale : 83% contre 80% prévus à la même date), les responsables de Siemens affichent une grande satisfaction.

"Nous sommes très fiers de pouvoir réaliser un grand projet d’une importance capitale pour le pays en si peu de temps", a affirmé le PDG de Siemens Egypte, Emad Ghaly.

Pour Thierry Toupin, la réussite du projet est en grande partie due à "l’esprit d’équipe unique" avec le gouvernement égyptien.

"Nous avons réussi à sortir vers une situation de surplus en 18 mois grâce à la très forte volonté des autorités et de Siemens", a-t-il indiqué.

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Un système de contrôle dans la centrale électrique de Beni Suef.



La relance économique égyptienne à la clé

Près de 3 ans après le "blackout" de septembre 2014 et grâce au mégaprojet de Siemens, l’Egypte semble en bonne voie de non seulement résoudre sa pire crise d’électricité depuis des décennies, mais aussi de fournir l’infrastructure énergétique nécessaire à un renouveau économique en devenir.

La construction des trois centrales électriques a non seulement créé plus de 20 000 emplois, elle a aussi fait appel au tissu industriel local. Plus de 780 sous-traitants et fournisseurs égyptiens ont participé au projet.

En plus de sa contribution immédiate en emplois et commandes, le mégaprojet de Siemens, une fois livré, assurera près de la moitié de l’électricité générée en Egypte. Soit l’infrastructure énergétique nécessaire à court et moyen terme pour accompagner des mesures économiques engagées par les autorités en Egypte depuis quelques années, comme l’augmentation la semaine dernière des taux directeurs de la Banque centrale et la mise en vente de 3 milliards de dollars en titres souverains pour attirer de nouveaux investissements étrangers.

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