"The Lion's Share", l'exposition qui interroge la répartition de l'héritage selon le droit musulman

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L'Epouse (2016), Ymane Fakhir | Kulte
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HÉRITAGE - “L’islam octroie à l’homme deux fois la part de la femme.” Beaucoup semblent croire que l’héritage se résume à ce principe fondateur dans l'islam. L’artiste visuelle Ymane Fakhir a voulu creuser le sujet de l’héritage et sa répartition selon le droit musulman, à travers différentes oeuvres exposées, jusqu’au 10 juillet, à la Kulte Gallery à Rabat. L’exposition “The Lion’s Share” (La part du lion) a récemment été marquée par la publication d’un livre éponyme, accompagnée d'une rencontre tenue le 24 mai dernier dans la galerie.

L’égalité dans l’héritage était ainsi au coeur de cette discussion animée par l’artiste Ymane Fakhir, l’artiste Fatima Mazmouz, ainsi que l’avocate et membre du bureau exécutif de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc, Yasmine Zaki, un échange modéré par Hicham Houdaïfa, journaliste, écrivain et co-fondateur de la maison d'éditions En toutes lettres, et Yasmina Naji, fondatrice de Kulte Gallery & Editions.

L’artiste s’est imprégnée de témoignages racontant des litige entre héritiers, des histoires racontées par les femmes de la famille et le combat que ces dernières ont dû mener suite au décès d’un de leurs proches. Plus tard, Ymane Fakhir s’est lancée dans une recherche approfondie sur le sujet, en récoltant les témoignages de plusieurs femmes et en allant à la rencontre de fqih, adoul et autres représentants de loi islamique au Maroc pour mieux comprendre les règles encadrant la répartition de l'héritage selon le droit musulman.

ymane

“On était confrontés à des questions juridiques mais aussi algébriques pour comprendre la diversité des cas dans l’héritage", raconte au HuffPost Maroc, Ymane Fakhir. "Je voulais trouver un moyen pour faire comprendre ces répartitions sans passer par la question mathématique", explique-t-elle.

En prenant le cercle comme unité de mesure, et en attribuant un code couleur à chaque membre de la famille, elle a ainsi créé une expression esthétique permettant de visualiser et de mieux comprendre la répartition des biens telle que la dicte la loi islamique. Une procédure qui a abouti à des portraits sérigraphiques des défunts Hussain, Leila, Abdelkader, Lalla Zhor, Khalil et Si’ Mohammed, représentés chacun par les parts dont hériteront leurs proches.

L’inégalité est alors apparente et, pour l’artiste, l’injustice aussi. “Dans tous les cas d’héritage que l’on m’a racontés, l’homme a toujours plus de pouvoir que la femme, dit-elle. Cette injustice était quasi-présente, quel que soit le milieu social”, relève-t-elle par ailleurs.

La question de l’héritage reste polémique. En 2015, le CNDH avait publié, comme l’a rappelé l’avocate Yasmine Zaki lors de la rencontre, un rapport sur l’égalité et l’avait accompagné d’une série de recommandations dont une en faveur d’une réforme de la loi sur l’héritage. L’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane lui avait alors demandé de présenter des excuses au motif que “l’héritage relève du religieux et non du politique”.

"Pour le code de commerce, la Charia n’est pas considéré comme une source de droit", fait remarquer la juriste Yasmine Zaki. "Mais quand il s’agit d’héritage, de mariage, ou de tout autre sujet qui touche principalement la femme, là il faut absolument invoquer la religion,” ajoute-t-elle pour souligner ce rapport inégalitaire.

Les intervenants espèrent qu’un vrai changement aura lieu. “L’espoir existe, mais le débat doit sortir de la sphère religieuse", explique Yasmine Zaki qui veut y croire: "si la société civile se mobilise et s’il y a une véritable volonté politique, on pourra peut-être changer les choses”.

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