Ilyas El Omari veut désamorcer la crise d'Al Hoceima à sa manière

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ILYAS OMARI
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TENSIONS A AL HOCEIMA - "Je ressens une grande douleur, face à laquelle j’ai les mains liées". C’est ainsi que Ilyas El Omari, président de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), et surtout natif de Bni Bouayach, décrit au HuffPost Maroc son chagrin face aux tensions que traverse, actuellement, Al Hoceima.

Après les arrestations ayant concerné officiellement 40 personnes, mais bien plus selon les associations, la tension dans la région a atteint son paroxysme. "Tous les jours, les familles des manifestants arrêtés viennent me voir pour demander mon soutien. Je compatis à leur douleur et j’essaie de les calmer comme je peux. Je n’ai pas le pouvoir de faire plus que de transmettre leur douleur à qui de droit", confie M. El Omari.

Forum de tous les espoirs

Pour le président de la région, l’heure est venue de relancer le dialogue qui s’est fait longtemps attendre. Le conseil de la région a, ainsi, annoncé le 29 mai l’organisation d’un forum national sur les manifestations que connait Al Hoceima dans les dix prochains jours. "Ce ne sera pas un débat, mais une ouverture de toute la région représentée par toutes ses composantes sur les événements que vit Al Hoceima", précise M. El Omari.

Syndicats, associations, partis politiques, représentants gouvernementaux, élus, Conseil économique, social et environnemental (CESE), Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), familles, comités de soutien et de défense des manifestants arrêtés… Tous sont attendus à ce forum. "Les jeunes du "Hirak", eux, ont refusé de s’y joindre", précise M. El Omari soulignant: "Je ne connais pas et je n’ai jamais entendu parler de Nasser Zefzafi avant".

Aucun regret, mais grosse déception

Pour le président de la région, ce forum aura pour principal centre d’intérêt les citoyens. "Je ne veux pas d’un débat ni de recommandations, ce forum doit aboutir à des décisions concrètes", souligne-t-il, estimant que la gestion de la région n’a pas failli à sa mission. "Je n’ai aucun regret sur la gestion de la région. J’ai essayé, bien avant, suite au drame de Mohcine Fikri, d’attirer l’attention du gouvernement sur les indicateurs de risques d’une implosion dans la région pour qu’il intervienne à temps. J’ai écrit, à l'époque, au Chef du gouvernement, au ministre de la Pêche maritime et au ministre de la Justice", confie-t-il au HuffPost Maroc.

Face à ses appels, la déception. "Le Chef du gouvernement m’avait répondu que cela ne relevait pas de mes responsabilités, alors que les deux ministres m’ont rappelé que l’affaire de Mohcine Fikri faisait l’objet d’une enquête et donc qu'il fallait attendre", affirme le président de la région. Pour ce dernier, des signes évidents laissaient entrevoir qu’une crise sociale et économique se profilait. "La mort de Mohcine Fikri a révélé les points noirs dont souffre Al Hoceima, notamment le secteur informel du commerce du poisson. Pas moins de 3.000 personnes travaillent dans le secteur, alors qu’Al Hoceima ne dispose d’aucune usine spécialisée (…) En plus, le chômage prenait de plus en plus de l’ampleur", constate le président de la région avant de souligner que ses appels pour éviter la crise se sont multipliés auprès de l’ensemble des départements du gouvernement sans succès. "Je les ai prévenus que le programme de développement spatial de la province d'Al Hoceima "Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit", qui devait apporter ses premiers fruits en 2016, comme annoncé, attendait toujours d’être exécuté. Personne ne répondait", regrette-t-il.

Resté longtemps silencieux, Ilyas El Omari a finalement décidé de passer à l’action. "Je n'ai pas voulu jeter l’huile sur le feu", dit-il au HuffPost Maroc. Dans une longue lettre postée sur sa page Facebook, il s'explique et explique les raisons de son silence arguant une volonté de s'assagir, de s'éloigner des polémiques. "J'ai l'intention de publier mes mémoires", confie-t-il.
En attendant que ce nouveau projet personnel voit le jour, le président de la région berce l'espoir que ce Forum permettra à la région de voir le bout du tunnel. "En tant que président de la région, j’ai la ferme conviction que si nous travaillons tous main dans la main, on sortira de la crise".

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