Al Hoceima: Les associations des droits de l'Homme dénoncent des arrestations arbitraires

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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AL HOCEIMA – "Jusqu’à ce jour, 45 familles nous ont appelés pour connaitre le sort de leur fils ou fille disparus depuis deux jours", déclare au HuffPost Maroc, la militante des droits de l’Homme Zohra Koubia, membre du comité administrative de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), également fondatrice et présidente du Forum des femmes du Rif.

À Al Hoceima et ses environs, les arrestations se multiplient et auraient dépassé, selon les associations des droits de l'Homme, le nombre de 22 annoncées officiellement ce week-end. "Dans la majorité des cas, les familles des personnes interpellées ne sont même pas informées, ce qui est une violation de la procédure judiciaire", prévient la militante des droits de l’Homme.

Répression et religion

L’AMDH, à travers sa section locale, suit l’évolution de la situation. "Nous la suivons avec une grande inquiétude. Chaque jour, nous apprenons de nouvelles interpellations. Au total, ce sont 38 arrestations que nous avons constaté, à ce jour, auprès des familles. Plus de 15 interpellés ont été transférés à Casablanca", indique au HuffPost Maroc le vice-président de l’AMDH-section Al Hoceima, Ali Benmeziane.

Selon ce dernier, il règne une ambiance de tension sans précédent à Al Hoceima. "Les manifestations se font loin du centre ville d’Al Hoceima et elles ne rassemblent qu’une centaine de personnes, à présent. Elles sont beaucoup moins importantes", constate M. Benmeziane. Ce dernier regrette que "l’État ait choisi la force pour réprimer les manifestants. Des jets d’eau ont même été utilisés pour disperser les manifestants".

Une inquiétude que le Forum des droits de l’Homme du nord du Maroc partage également. Ce dernier et l'AMDH ont publié un communiqué commun où ils "dénoncent les prêcheurs des mosquées et tout ceux ayant été à l’origine de l’utilisation de ce lieu de culte comme celui de propagande politiques". Les deux associations imputent "la responsabilité à l’État et, plus précisément, au ministère des Affaires islamiques et des Habous ayant utilisé la religion pour régler les comptes avec les manifestants". Les associations dénoncent ainsi "la politisation de la religion" et accusent l’État d’avoir mal géré "la grande crise du Rif" faisant suite à la mort de Mohcine Fikri. "L’Etat n’a pas su traiter les revendications d’un Rif en plein mutation, qui veut vivre sans peur, ni menace", estiment les deux associations, ajoutant que "la répression ne sera pas la solution".

En parallèle aux arrestations, des comités de soutien se constituent. L’AMDH annonce que plusieurs avocats du barreau de Rabat et d’Al Hoceima se sont portés volontaires pour assurer la défense des manifestants interpellés. "Ils n’ont pas réussi à rencontrer les prévenus, pour le moment", indique M. Benmeziane, ajoutant que ces derniers seront présentés au parquet d’une minute à l’autre.

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